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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

L'allaitement pour les nuls, la suite

Dans mon dernier article sur l’allaitement, je vous ai donné des clefs (celles que j’ai utilisées) pour comprendre comment fonctionnait ce phénomène à la fois très naturel et très inconnu. Je vous livre aujourd’hui mes trucs et astuces pour qu’il se passe au mieux.

Avant toute chose, je me dois de vous avertir que si j’allaite toujours mon bébé de six mois et demi, je n’aurais jamais cru il y a six mois de cela, tenir aussi longtemps ni y trouver tant de contentement. Ce n’est pas du plaisir. Dans de nombreux ouvrages sur l’allaitement on vante le plaisir partagé de la tétée mais je dirais qu’il s’agit davantage d’un ravissement. Le ravissement béat de la mère et de l’enfant qui se fondent l’un dans l’autre, dans la même expérience, dans la prolongation de leurs relations originelles. Ce n’est pas une satisfaction physique mais pas non plus intellectuelle. C’est probablement du niveau instinctif, cette part d’animalité qui reste un peu en nous, que l’on retrouve à l’accouchement. C’est un peu devenu une drogue, je ne sais pas quand je pourrai arrêter. Quand mon enfant aura des dents ? Quand mon enfant aura un an ? Quand mon enfant et moi en aurons assez ?

Une fois revenue de la maternité, je me souviens que les premières tétées relevaient davantage du pensum, voire à un certain moment de la torture, que de cette satisfaction. Lorsque bébé pleurait et qu’on l’approchait de moi, assez naturellement je rentrais ma poitrine à l’intérieur de mon torse en pensant « oh ! Non, le piège à loup, le piège à loup, le piège à loup… » Le paroxysme ayant été atteint lorsque j’ai eu une lymphangite. Mais malgré cela, malgré la douleur, malgré les crevasses, j’ai continué. Je ne sais pas pourquoi. Par défi sans doute, par conviction aussi un peu, par envie de lui donner le meilleur (de moi et de la vie) et par crainte surtout de le nourrir avec un lait industriel dont je n’aurais pas voulu pour moi-même.

A sa naissance, mon bébé était très petit et ne tétait ni bien ni vite. Les tétées étaient donc douloureuses, longues et fréquentes. J’ai recherché beaucoup d’informations, de documentation, de retours d’expérience d’autres mères sur le sujet afin d’améliorer ma condition. Finalement, sur le conseil avisé de ma mère (« fais-le à l’instinct »), j’ai fini par trouver mes propres solutions et ce sont elles que je veux partager avec vous. Loin des conseils de la Leche League que je considère comme une source intéressante d’information pour qui est capable de faire la part des choses, je ne vais pas vous dire que le bébé doit être incliné de tant de degré sur la gauche, ni que son oreille et sa hanche doivent être alignés. Mes conseils seront à la fois plus pratico-pratiques et plus saugrenus.

Tout d’abord, une bonne installation

Faire téter son enfant, particulièrement lorsqu’il est petit, dure assez longtemps (quatre heures par jour au moins). Votre corps vient d’être relativement malmené par la grossesse et l’accouchement, il y a de fortes chances que vous soyez fatiguée par des nuits écourtées (ou inexistantes). Il est essentiel de s’installer le plus confortablement et le plus pratiquement possible. Cela vous permettra aussi de mettre à profit le temps de tétée pour vous reposer.

Allaiter, ça donne soif ! Juste au moment où se produit le réflexe d’éjection du lait vous allez avoir très envie de boire. Assurez-vous donc d’avoir une boisson à disposition à proximité de vous. Détail pratique : placez votre boisson du côté de votre main libre en fonction du sein auquel vous placerez votre bébé. Je bois soit de l’eau riche en calcium (Contrex), soit de la tisane d’allaitement (attention à ce que ce ne soit pas trop chaud, on n’est jamais à l’abri d’un accident).

Allaiter, ça peut faire mal au dos. Si vous allaitez assise, munissez-vous de coussins pour vous caler. Vous pouvez utiliser votre coussin de maternité en vous en entourant l’abdomen : il vous cale les lombaires et permet de poser bébé à la bonne hauteur de sorte que vous n’ayez pas à vous pencher en avant pour lui enfourner le mamelon dans le bec. Personnellement je ne suis pas fan, je préfère utiliser des coussins classiques. Si vous êtes assise sur une chaise, utilisez un cale-pied afin que vos genoux forment un angle-droit, ce sera plus confortable. Vous pouvez aussi vous installer dans un fauteuil, plus bas. Ou dans votre canapé. J’aime beaucoup allaiter assise en tailleur sur mon canapé, avec des coussins sous les coudes et un coussin sous mon bébé pour le mettre à la bonne hauteur. En calant les coudes et la nuque, on évite les crispations des épaules qui rendent l’allaitement difficile. La nuit je m’installe dans un fauteuil, j’étends les jambes sur un pouf à la bonne hauteur et je me cale la nuque et les épaules avec un oreiller. Bébé est bien installé sur moi, entre les accoudoirs, il ne peut pas tomber et moi je peux somnoler.

C’est important car, souvenez-vous, en fin de tétée, votre corps produit cette hormone au nom de compositeur russe (la cholécystokinine) qui endort bébé et vous endort aussi. Il vaut donc mieux prévoir la chute dans les bras de Morphée…

Bon, si on le souhaite, on garde aussi à portée de main son téléphone (bin oui, les ondes c’est mauvais pour le cerveau mais…), un livre ou un magazine (oui, c’est mieux de discuter avec bébé mais parfois on a le droit d’en avoir assez), la télécommande (il faut s’autoriser un peu de détente surtout au début quand bébé tète 30 minutes toutes les 1h30), quelque chose à manger (c’est ce que ça creuse, cette histoire).

Vous êtes bien installée ? Allez, on installe bébé.

Installer bébé, c’est le poser sur vous, contre vous, de manière à ce qu’il puisse prendre le sein. Puis c’est aussi réussir à lui positionner le mamelon dans la bouche de manière à ce qu’il tète le plus efficacement possible. Vous lirez souvent dans tout un tas de publications assez sérieuses et d’ouvrages tout à fait recommandables que si bébé est bien positionné, vous n’aurez jamais mal. Et que toutes les douleurs de l’allaitement (crevasses, pincements, tiraillements, etc.) sont dues à un bébé qui prend mal le sein. Leurs auteurs vous proposent alors tout un plan d’actions pour apprendre à positionner bébé. On vous conseille donc :

  • D’installer bébé dans la position de la madone ou du ballon de rugby
  • De veiller au correct alignement oreille / épaule / hanche
  • D’être nombril contre nombril et donc de tenir fermement le dos du bébé vers soi en exerçant une légère pression
  • De lui faire ouvrir grand la bouche. Ici il faut préciser que pour ouvrir grand la bouche, un enfant ou un adulte vont abaisser la mandibule (la mâchoire du bas), ce dont est incapable un bébé qui, pour ouvrir grand la bouche, va devoir mettre la tête en arrière. Rien ne sert donc de tirer sur son menton, il faut au contraire lui laisser toute latitude de basculer la tête. La Leche League conseille de regarder bébé et de lui intimer gentiment mais fermement « ouvre grand ». Je suis au regret de vous annoncer que cela n’a jamais fonctionné avec mon bébé. Soit je ne suis pas assez ferme, soit il est sourd.

Ouvrir grand la bouche doit permettre au bébé d’avaler la totalité du mamelon et une grande partie de l’aréole. C’est en effet la succion de l’aréole qui provoque l’éjection du lait. Si la bouche n’est pas grande ouverte, c’est donc compliqué. Pour pallier les petites ouvertures de bouche ou les petites bouches, on peut utiliser la technique dite du petit sandwich. On sert son aréole et son téton entre l’index et le majeur de manière à former un petit sandwich plat que l’on enfourne le plus loin possible dans la bouche petitement ouverte.

Il faut aussi que les lèvres inférieures et supérieures de bébé soient retroussées autour de l’aréole, cela vous évitera une affreuse sensation de morsure… Une fois que vous avez inséré votre petit sandwich dans la bouche petitement ouverte, vous pouvez retrousser vous-même les lèvres de bébé autour de votre sein. Effet ventouse garanti.

Si j’ai vraiment essayé de m’appliquer au début, j’ai vite lâché cette histoire d’alignement, d’inclinaison de la tête et de maintien du dos au profit d’une approche très personnelle de l’allaitement, du type biological nurtering. En gros, je m’installais confortablement (vautrée dans mes coussins, à demi allongée sur un lit, etc.) et j’approchais mon bébé du sein et je le laissais s’installer comme il le voulait, en me concentrant sur l’ouverture de bouche. Ca peut donner des positions assez étranges, avec un bébé qui a la tête tournée ou en arrière, les pieds plus hauts, un bras en haut et un bras en bas, une main sur la tête et l’autre dans mon dos. Dans certains cas il était posé sur moi qui était allongée sur le dos, dans d’autre j’étais plutôt au-dessus de lui assise en tailleur et puis nous nous faisons parfois face, allongés sur le côté.

Bébé tète : aïe, aïe, aïe !

On a beau respecter à la lettre les recommandations des professionnels et bien positionner bébé, il arrive que malgré tout, on souffre horriblement en allaitant.

Première remarque : tous les professionnels vous diront que les douleurs sont « normales » les premiers jours mais doivent disparaître rapidement et que les crevasses sont le signe d’une mauvaise installation de l’enfant. Oui et non : un enfant peut être bien installé mais ne pas téter aussi bien qu’il le faudrait pour que l’on n’ait pas mal. Les douleurs peuvent perdurer au-delà des premiers jours et vous pouvez y remédier autrement qu’en travaillant sur la mise au sein de votre enfant : quand on est fatigué de se contorsionner, de le retourner dans tous les sens en disant « ouvre grand », il reste des solutions.

Deuxième remarque : de ma propre expérience et après en avoir très largement parlé autour de moi, la plupart des femmes qui souffrent lors de l’allaitement souffrent pendant les 6 premières semaines puis tout rentre à peu près dans l’ordre. Il y a sans doute une amélioration due à une meilleure pratique, ainsi qu’une acclimatation à cette fonction nutritive que notre corps ne connaissait pas encore. En gros, on s’habitue et les seins deviennent moins sensibles.

Pour les femmes dont les crevasses sont telles qu’elles songent à abandonner l’allaitement, et au-delà des soins à apporter aux seins abimés, des solutions existent, notamment avec l’utilisation de bout de sein en silicone. J’imagine déjà la bronca des ayatollahs d’un allaitement parfait : les bouts de sein en silicone ça réduit la lactation de 60%, ça empêche le bébé de développer une bonne succion et surtout les retours arrière sont quasiment impossibles. Oui mais les crevasses, soyons honnêtes, ça ne vaut pas mieux. Et si le retour arrière n’est pas possible, eh ! bien quoi ? bébé tètera son silicone et puis c’est tout. Quand à la réduction de la lactation, je ne peux pas me prononcer car je n’en ai pas souffert .Au contraire, cela m’a aidé à maîtriser un réflexe d’éjection fort pénalisant pour l’alimentation de l’enfant qui risque de s’étouffer à chaque succion.

Bref, vive le silicone (chanson), ce qui m’amène souvent à chanter à bébé « chez les XXX, y’a pas d’sein en bois. Y’a qu’du siliconeuh mais ça n’se voit pas. La meilleure façon d’téter, c’est encore la tienneuh. C’est d’boire un sein après l’autre et d’recommencer. » Sur l’air de la jambe de bois.

Si vous ne pouvez vous résoudre à adopter, même temporairement, ces petites prothèses bien pratiques, sachez que varier les positions du bébé permet de solliciter le mamelon de manières différentes et donc de laisser les zones endommagées ou douloureuses se reposer un peu. Par exemple vous pouvez installer bébé assis sur votre cuisse, face à vous (moi je ne suis pas très à l’aise avec cette position car je trouve que bébé ne tient pas assez son dos et il faut que je me penche trop en avant). Vous pouvez aussi utiliser la position « en ballon de rugby ». Enfin, ma préférée pour les coups de mou, la position allongée. On regarde bébé qu’on cale avec des coussins, en chien de fusil, face à soi, dans la même position. Il faut prévoir un coussin entre les genoux pour que cela ne tire pas trop le dos et les muscles fessiers et un coussin sous la nuque pour ne pas avoir la tête qui pend et risque le torticolis. Cette position permet aussi (surtout…) de dormir. Elle est très reposante quand l’enfant a un certain âge mais je n’ai pas vraiment réussi avant ses trois mois.

Et comment je sais que bébé tète ?

Plusieurs solutions : si vous avez opté comme moi pour la prothèse en silicone, il est facile d’y voir le lait s’écouler. Sinon, vous saurez que le lait coule, et donc que bébé tète assez efficacement, lorsque vous sentirez vos seins picoter (en général on sent davantage sur le sein qui n’allaite pas). En fait, les premières succions du bébé amorcent la pompe et libère un liquide très aqueux et sucré, pour le faire patienter. Le vrai lait arrive plus tard et on le sent bien monter.

Une fois qu’il est repu, bébé se décroche normalement lui-même de votre sein, ou s’endort dessus (c’est normal, c’est même hormonal). Il y a souvent une petite goute de lait qui lui perle à la commissure des lèvres. Bébé a un sourire satisfait : aucun doute n’est permis, il a bien mangé. D’ailleurs vos seins sont bien plus légers, presque vides et mous… jusqu’à la prochaine fois !

On l’aura compris, allaiter un enfant au sein n’est pas une science exacte. A chacune de faire ses expériences avec les informations qu’on lui donne et les idées qu’elle a. Sachez de toute façon qu’un enfant ne se laisse pas mourir de faim, que vous avez assez de lait, que l’allaitement, même quelques jours seulement, est toujours bénéfique pour lui et pour vous.

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