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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

La première fois où j'ai voté... sans mon père

Comme une vieille habitude qui devait durer toujours, croyais-je, j’ai immuablement depuis 1999 voté avec mon père ou par ses soins. Avec lui nous allions en famille au bureau de vote déposer nos bulletins. En général après avoir débattu des enjeux, des propositions, des candidats. Nous n’étions pas toujours d’accord mais le plus souvent tout de même.

Le premier scrutin auquel j’ai participé portait sur l’élection des parlementaires européens, le 13 juin 1999. Je finissais ma première année d’études à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg et j’ai été interviewée par la chaîne franco-allemande Arte pour une émission qui décrivait les attentes des jeunes Européens qui voteraient pour la première fois de leur vie à l’occasion de ce scrutin. Je me souviens que j’avais des lunettes, une permanente et que je fumais beaucoup. Ma grand-mère, la mère de mon père, avait enregistré cette performance sur cassette VHS. Comme le temps passe… j’ai les cheveux courts, je ne fume plus, ma grand-mère est morte et on ne trouve plus de magnétoscope pour lire les cassettes VHS.

La deuxième fois que j’ai voté, c’était par procuration (pour tout savoir sur le vote par procuration, c’est ici), donnée à mon père évidemment. Il s’agissait du référendum sur le quinquennat présidentiel qui s’est déroulé le dimanche 24 septembre 2000. Je venais juste d’arriver à Bradford, une cité surprenante du West Yorkshire, au nord de l’Angleterre, pour y passer mon année Erasmus et ne pouvais donc rentrer pour voter. Je me souviens que j’ai fait voter « NON ». Je ne sais plus ce que mon père a voté mais j’étais sûr de mon choix. D’ailleurs je suis de plus en plus convaincu que si on avait expliqué aux gens les tenants et les aboutissants du OUI, on n’en serait pas là aujourd’hui. Je veux dire qu’on n’en serait pas à utiliser des scrutins locaux pour manifester son mécontentement à l’endroit du gouvernement. Il ne faut pas confondre les scrutins locaux avec des enjeux locaux pour lesquels on peut être amené à voter pour des personnes en fonction de leurs actions de terrain et non pour des partis. Bref, un quinquennat présidentiel dont le calendrier est calqué sur la législature fait que le peuple n’a plus aucun moyen de censurer la politique nationale en cours de mandature… à l’époque on nous avait vanté le modèle américain (n’était-ce pas déjà Sarkozy qui commettait cette comparaison ?) en oubliant de préciser aux Français non familiers des divers droits constitutionnels occidentaux que le renouvellement partiel du Congres permet bien aux électeurs américains de sanctionner la politique nationale à mi-parcours. Nous, nous avons un long tunnel de cinq ans ponctué de scrutins locaux… on voit ce que cela donne.

La troisième fois que j’ai voté, c’était pour les élections municipales et cantonales de 2001. Je ne sais plus très bien si j’ai voté par moi-même où si j’ai donné procuration à mon père.

La quatrième fois que j’ai voté, c’était aussi par procuration donnée à mon père pour les élections présidentielles du 21 avril 2002. Je ne vais pas vous refaire le film, il se passe de commentaire. Je me souviens de deux choses : le père de mon copain de l’époque nous avait seriné qu’au premier tout on choisit et au deuxième on élimine. Il était très fier d’avoir voté pour Christiane Taubira (candidate du PRG) à l’époque alors que nous nous étions rabattu sur Lionel Jospin dès le premier tour. J’avais bien essayé de le convaincre mais en vain. Il nous laissé le 21 avril au soir un message téléphonique lapidaire « triste jour pour la démocratie ». J’entends encore sa voix et je revois ces résultats : les votes en faveur du PRG, qui manquaient à Jospin pour nous éviter ces scores scandaleux. La deuxième chose c’est que nous avons manifesté toute la soirée du 21 avril puis une bonne partie de la nuit. L’IEP était sens dessus dessous le lundi et lorsque j’ai réalisé que le mardi matin j’avais un partiel de droit communautaire et le mardi après-midi l’examen du code de la route, j’ai dû faire un arbitrage. Conclusion j’ai eu une bien mauvaise note en droit (3/20 je crois) ainsi qu’au code (7 fautes). Que de mauvais souvenirs. Je ne compte pas le deuxième tour comme la cinquième fois où j’ai voté, bien que je me souvienne que je me sois déplacée pour glisser moi-même mon bulletin dans l’urne.

La cinquième fois, donc, que j’ai voté, ce fut pour les élections législatives qui suivaient, grâce à la réforme constitutionnelle instaurée par l’adoption du quinquennat présidentiel. Encore une fois j’ai regretté que les électeurs n’aient pas davantage de culture en droit constitutionnel car les résultats nous donnèrent une assemblée très ancrée à droite, la plupart des votants ne comprenant pas qu’il était possible de voter pour un président de droit et un député de gauche, de sorte à installer une nouvelle cohabitation. Il me semble d’ailleurs que les périodes de cohabitation, quoi que politiquement plus dures, ce sont révélées souvent assez efficaces. Cet avis n’engage évidemment que moi.

La sixième fois que j’ai voté, en 2004, c’était pour les élections régionales et les européennes. Je me souviens que c’est à ce moment-là que j’ai pensé que je « perdais » toujours, aux élections. Aucun de mes bulletins n’ayant jamais été du côté des vainqueurs (bon, d’accord, aux européennes de 2004 j’avais voté pour le parti de l’Espéranto, mais bon)… mon père me disait que ce n’était pas une raison pour ne pas voter, qu’il fallait continuer à voter même pour être dans le camp de l’opposition puisqu’en France le vote blanc n’était pas pris en compte. Je me suis accrochée… j’avais encore de belles années d’opposition et de solitude devant moi.

La septième fois que j’ai voté c’était en 2005 pour le référendum sur la constitution européenne. Bon, évidemment, j’étais pour et c’est le non qui l’a emporté. J'avais passé avant ce scrutin un week-end chez ma soeur. En me ramenant à l'aéroport, dans sa voiture, elle me posa plein de questions pour bien en comprendre les enjeux. Je me souviens notamment lui avoir expliqué pourquoi il n'était pas utile ni important que chaque pays ait au moins un commissaire européen de sa nationalité (la commission représente les intérêts de la Communauté européenne et non des Etats qui eux sont représentés par le Conseil de l'UE).Rétrospectivement je me demande encore pourquoi je voulais voter "oui". Je deviens très dubitative sur la construction européenne qui, au début de mes études me paraissait une évidence et me semble aujourd’hui une abomination économique pétrie de libéralisme, loin de l’humanisme qui prévalait, paraît-il, dans l’intention de ses pères fondateurs.

La huitième fois que j’ai voté, c’était pour les élections présidentielles de 2007. Je n’ai même pas envie d’en parler, à peine puis-je vous dire que mon père m’a assuré qu’il – Sarkozy l’avait « bien battue, pas de quelques centièmes. »

La neuvième fois que j’ai voté, c’était pour les élections législatives de 2007. Je n’en ai pas un grand souvenir mais cela a dû se jouer comme en 2002.

La dixième fois que j’ai voté, c’était en mars 2008 pour les cantonales et les municipales. Ces élections étaient particulièrement intéressantes parce que j’avais décidé en décembre 2007 d’accompagner mon père au congrès fondateur du MoDem. Il m’avait convaincue que ce serait quelque chose de très chouette à vivre, que de voir de l’intérieur comment se « crée », s’organise un parti politique. Nous nous sommes donc rendus à Villepinte par le RER B le 1er décembre 2007 et avons voté à main levée tout un tas de dispositions fondatrices. C’était un peu comme l’applaudimètre de TF1… je me souviens qu’à un moment donné mon père reconnaît une intervenante sur la scène : « oh ! me dit-il, la charcutière de la Chaussée-St-Victor !

- Celle qui faisait de bons rillons ? » .

Un bon rillon est un rillon dont le gras reste bien blanc. La discussion s’est arrêtée là… Mon père s’est ensuite lancé dans les élections municipales dans sa ville, sous les couleurs du MoDem avec d’autres visionnaires alto-séquanais, cherchant à en finir, entre autre, avec les Pasqua & Santini Connexion. Peu nombreux encore, ils étaient à la recherche d’une personne ne souhaitant pas être inscrite sur la liste présentée aux électeurs mais assez impliquée pour devenir leur mandataire financier. Ce fut moi et c’est ainsi que j’acquis mon premier code électoral et me penchai sur les problématiques de financement de la vie politique. J’ai ouvert un compte à La Banque Postale, signé des chèques pour des tee-shirts orange, encaissé des dons, émis des reçus, trié des factures dans des chemises, fait certifier les comptes par un comptable qui avait l’air aussi mal-à-l’aise que mon chien avec les chiffres et remis mes comptes de campagne à la CNCCFP. Je fis sans doute bien mon travail puisque toutes les parties-prenantes financières furent remboursées conformément aux dispositions légales. Entre temps, mon père et quelques autres avaient fait sécession (pour d’obscures mais probablement très légitimes raisons dont je n’ai pas souvenir), furent excommuniés du MoDem (pardon, exclus par le bureau politique du parti mais c’est pareil) et rejoignirent la liste de l’ancien maire de la ville. Par solidarité et sans doute aussi par admiration pour ce petit combat politique (un collègue de l’entreprise où je travaillais alors, qui votait dans le même bureau que moi, avait reconnu mon nom –celui de mon père en fait, sur une des listes en jeu), je décidai ainsi de voter contre le candidat dont j’étais mandataire financière (garantissant ainsi pleinement l’opposition de fonction nécessaire à garantir mon indépendance dans la reddition de compte).

J’ai voté pour la onzième fois en juin 2009 à l’occasion des élections européennes. J’étais tentée par le fédéralisme du MoDem puis je me suis souvenue de ce qu’il convenait de regarder en fait pour ce scrutin : eu niveau du parlement européen, les élus français vont se regrouper dans des macro-partis et ceux de droite dont très à droite. J’ai donc à nouveau dû voter pour un parti n’ayant aucune chance d’avoir un siège, même à la proportionnelle.

La douzième fois que j’ai voté c’était pour les élections présidentielles de 2012. Je n’étais pas franchement emballée par le personnage de François Hollande. Je me souviens du matin de mai 2011 où nous sommes partis prendre l’avion, B. et moi, pour les Etats-Unis. Un voyage de 10 jours qui commençait par un flash info « breaking news : FMI’s Director under arrest ». J’ai pensé alors que c’était cuit pour l’alternance en 2012. Mais il y a eu le discours du Bourget (j’ai pleuré en touillant ma soupe qui cramait au fond de ma casserole, tant j’étais inspirée par ce ton emprunté à Mitterrand) et le « moi, président ». Au soit du deuxième tour, j’ai échangé des sms avec mon père. Je disais « on a gagné, là ?

- oui, il semblerait."

Voilà, pour la première fois de ma vie, j’avais mis dans l’urne le bulletin gagnant. La dernière élection partagée avec mon père…

Les municipales de 2014 furent ainsi le premier scrutin où mon nom seul figurait sur la liste des votants. Pour la première fois je n’ai pas vu le sien, je n’ai pas vu sa belle signature, j’ai été la seule à reprendre le président du bureau de vote qui écorchait notre nom (enfin, mon nom), je n’ai pas eu honte qu’il demande que l’on soulève la règle pour parapher la liste, je n’ai pas été gênée qu’il s’agenouille pour signer parce que c’était plus pratique ni qu’il salut complaisamment tout le personnel du bureau de vote d’un signe de la tête. Je me sentis très seule dans ce préau d’école, le même depuis seize ans que je votais avec lui.

La première fois où j'ai voté... sans mon père

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