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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Burn out et business blues

Burn out et business blues

Comme tout un chacun sans doute, les attentats du 13 novembre 2015 m’ont énormément affectée. Pour trois raisons très sensiblement différentes.

Tout d’abord j’ai été choquée par la violence de l’attaque, c’est très banal, mais aussi inquiète pour mes proches vivant à Saint-Denis et pour quelques connaissances de mon entourage que je savais pouvoir être au Bataclan. En deuxième lieu, j’ai été contrariée de ne pas pouvoir donner mon sang parce que j’avais un rhume (eh ! oui, c’est comme ça). Enfin le 15 novembre 2015 devait être le premier jour du pilote du grand projet digital que je dirige depuis deux ans, qui devait voir 35 utilisateurs de mon entreprise, répartis dans toute la France, se connecter pour la première fois à une nouvelle application sur un nouveau matériel. Pour garantir cette mise en production, nous devions mobiliser des collaborateurs des services informatiques tout le long du week-end, leur demandant d’utiliser les transports en commun pour se rendre au cœur de Paris.

Mon samedi 14 novembre 2015 fut donc rythmé par l’attente de bonnes nouvelles pour mes cousins dionysiens (en fait, dormant comme des bienheureux ils avaient uniquement été réveillés par des hélicoptères insistant au-dessus de leur tête), la déception de ne rien pouvoir faire pour les victimes déclarées (puisque mon sang enrhumé ne pouvait prétendre sauver des vie) et l’organisation d’une mini cellule de crise avec la direction générale de mon entreprise pour décider de repousser de deux jours le lancement du pilote afin de ne pas contrevenir aux consignes de sécurité de la Préfecture de Police et ne pas demander à nos collaborateurs de se déplacer pendant le week-end.

Dans les jours suivants, j’ai dû me justifier auprès de collaborateurs mécontents du décalage inopiné du projet puis assurer le service après-vente sur tout ce qui ne fonctionnait pas bien lorsque le pilote démarra réellement, soigner mon gros rhume et continuer de vivre parce que c’est ainsi que les terroristes ne gagneront pas.

A la mi-décembre, j’étais très fatiguée : grosse pression sur le projet mais également pour le reste des sujets que mon équipe doit traiter, nombreux déplacements en région pour suivre l’utilisation de l’application, annonce d’un changement de directeur de rattachement, une sensation également de harcèlement à mon égard de la part de collègues peu bienveillants… bref, j’en avais réellement ras-le-bol. Je ne me souviens pas très bien ce qui a mis le feu au poudre mais, devant une bière dans un café de Saint-Lazare, j’ai déclaré à mon nouveau directeur pas encore en fonction : « finalement je vais prendre deux semaines de congés à Noël, je suis trop épuisée, je suis trop stressée, je crois que je suis au bord du burn out. Je vais me reposer et ça ira mieux en janvier ». Il avait l’air de trouver que c’était tout à fait approprié et professionnel…

C’est donc avec un plaisir non feint que le 21 décembre 2015, en ce premier jour de congés, j’ai déposé mon fils chez ma mère et suis partie, absolument SEULE, profiter d’un grand soin dans un spa du coin. Il a profité plusieurs jours de ses grands-mères qui, me voyant épuisée, se sont relayées pour l’accueillir en journée afin que je me repose.

Lundi 4 janvier 2016, je l’ai déposé à la crèche et je suis partie au boulot, encore fatiguée mais pleine de sages résolutions pour ne pas retrouver le stress d’avant la fin d’année. D’abord j’ai décidé de ne plus courir dans la rue, dans le grand tunnel de Saint-Lazare, pour attraper un train, arriver à une réunion, acheter un sandwich… de toute façon je sentais que mon corps ne voulait pas courir, qu’il était mou et las, qu’il vivait une sorte de vie sans moi… Malgré le repos, je restais très énervée et irritable, pleurant le soir en rentrant, assommée de fatigue. Je mangeais des marron’suiss et des kinder country. Bref, la grosse déprime qui me semblait être un vrai, beau, burn out. C’était certain. Je me demandais comment j’avais pu en arriver là, moi, le modèle de résistance au boulot et à la maison, la fille combative et qui avance quoi qu’il arrive, comment était-ce possible ? Avais-je atteint mon degré d’incompétence ? Etais-je déjà arrivée au bout de mes capacités ? Je le savais depuis le début, que je n’aurais jamais la ressource nécessaire pour être manager d’équipe… Pourquoi diable avais-je accepté ce poste alors que mon fils ne faisait toujours pas ses nuits et qu’après deux ans et demi de sommeil haché, j’accusais sérieusement le coup ? J’étais réellement désemparée. C’était donc ça, la vie horrible des executive mothers ? Hors de question que cela continue, plutôt hiberner un grand coup… d’ailleurs je commençais à ressentir clairement les effets de ce laisser-aller : les sucreries ingurgitées toute la journée m’empêchèrent assez vite de fermer mon jean et j’étais de plus en plus essoufflée en arrivant à mon bureau au 4ème étage. Comme Bridget Jones, j’avais l’impression de que j’allais mourir seule dans mon bureau, sous un tas d’emballage de kinder country et de reportings accablants sur la gestion de mon projet et que mon équipe me découvrirait là un beau matin…

Le 12 janvier j’ai malgré tout trouvé assez d’énergie pour sortir un calendrier et compter les jours qui me séparaient de mes dernières règles. Je me suis dit que six semaines, même en cas de cycle irrégulier, c’était peut-être un peu beaucoup. J’ai acheté un test de grossesse et l’ai foutu dans un coin en attendant d’avoir le temps de le faire. Oui car mes matins ressemblent en général à ça :

" - elle est où ma chemise qui va avec la cravate rose ?
- Maman, des coquillettes pour le petit déjeuner !!!
- T’as pas vu mes clefs ?
- Maman, des coquillettes pour le petit déjeuner !!!
- Bon j’y vais mais j’ai pas eu le temps de donner des croquettes au chat.
- Maman, elles sont où mes coquillettes pour le petit déjeuner ?
- Il est bien mis mon col ?
- Miaouuuuuuuuu... "

Du coup, me laisser 35 secondes pour faire pipi à jeun et seule et trois minutes pour regarder un résultat de test de grossesse n’est pas exactement dans leurs priorités… Le 14 janvier, avec une féroce envie d’aller aux toilettes et sans avoir mangé, j’ai donc dans l’ordre mis la main sur la chemise, fait bouillir une casserole d’eau, retrouvé les clefs, versé des coquillettes dans l’eau bouillante, rabattu un col, servi des croquettes, égoutté des coquillettes, servi des coquillettes (« il est où mon parmesan ? ») avec du parmesan râpé puis filé aux toilettes sans grande conviction. Oui parce que quand on a mis trois ans pour faire le premier, on ne se dit pas que que l'on va passer à côté du second aussi niaisement. Eh ! bien si, trois minutes plus tard, le résultat du test semblait tout à fait positif. Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir outre mesure : il y avait des coquillettes partout et le chat n’en pouvait plus de se faire tirer la queue. J’ai habillé ce qui devait encore l’être, rangé ce qui pouvait l’être et nous sommes partis à la crèche puis au bureau. Vers 15h j’ai trouvé trois minutes de répit entre deux réunions, deux questions, deux idées et 200 mails, pour appeler le secrétariat de mon gynécologue et prendre un rendez-vous un peu surréaliste du type « bonjour je crois que je suis enceinte, enfin j’ai fait un test de grossesse et je crois qu’il est positif, enfin je crois qu’il faut que je voie le Dr T***. » J’ai attendu quelques jours avant d’en parler à mon mari et puis la date du rendez-vous médical est arrivée.

Le Dr T***, plutôt spécialisé dans l’accompagnement PMA, a un cabinet bien équipé. Il m’a écouté, a noté la date de mes dernières règles et m’a fait une échographie. On a tendance à vite oublier ce qui s’est passé trois ans avant mais quand j’ai vu sur l’écran que la longueur de l’embryon était de 5 cm, j’ai eu une sorte d’angoisse (« oh ! mon Dieu, il n’est pas normal… ») alors que mon médecin m’a fait un grand sourire en m’annonçant une belle grossesse spontanée de onze semaines d’aménorrhée et un futur bébé en pleine forme.

Onze semaines ? mais pas du tout, j’avais eu des règles sept semaines avant ! « Oui, que voulez-vous, cela arrive…
- Ah ! bon ? je pensais que c’était un peu une légende urbaine… les femmes qui ne se rendent pas compte qu’elles sont enceintes et les règles qui persistent…
- Non, pas du tout, cela arrive même plutôt fréquemment. Pour notre dernier, ma femme s'en est rendue compte à quatre mois et demi alors vous savez... »

Un peu abasourdie, mais tout à fait joyeuse je tiens à le préciser, j’ai repris le métro pour rentrer chez moi. Et j’ai laissé les pièces du puzzle s’imbriquer les unes aux autres. Tout prenait tout à coup un sens nouveau et logique. Je ne faisais pas un burn out, j’étais « juste » enceinte depuis le 14 novembre 2015. La fatigue qui ne me quittait pas, l’irritabilité persistante, les fringales, le jean qui ne fermait plus, les crises de larmes le soir, le mal être à partir de 17h qui étaient en fait des nausées compensées par des kinder country, les envies de marron’suiss, c’était « juste » une nouvelle grossesse !

Quelle nouvelle infiniment meilleure !

Quel diagnostic réjouissant !

Quelle histoire !

Quelle surprise… et quelle joie de penser que le 14 novembre 2015 alors que j’étais triste de ne pas avoir pu donner mon sang, nous avons mis en marche ce qu’il fallait pour donner la vie. Quel pied de nez aux terroristes ! Quelle belle preuve que la vie continue !

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