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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Comment j’ai encore accouché sans péridurale

Comment j’ai encore accouché sans péridurale

C’était une évidence. Quand j’ai su que j’étais à nouveau enceinte, je ne me suis pas posé une minute la question de la péridurale. Il était évident que je ne la demanderai pas puisque le deuxième accouchement était réputé pour être plus rapide, donc, dans ma compréhension, plus simple.

Ma grande préoccupation est alors devenue de trouver une position d’expulsion qui préserverait mon périnée puisque j’avais quand même vécu la petite déchirure spontanée survenue lors de mon premier accouchement comme un mini échec personnel. Cette quête s’est révélée semée d’embûches et totalement infructueuse, c’est ce que je vais vous raconter ici.

La bonne personne

Je suis persuadée que mon premier accouchement s’est formidablement déroulé grâce à la présence bienveillante, encourageante, enrobante de mon obstétricien. Je le revois m’encourager, me masser gentiment le bras, féliciter mes efforts et calmer la sage-femme novice qui voulait me retourner dans toutes les positions gynécologiques les plus inconfortables pour faciliter son travail à lui, ce dont il n’avait visiblement pas besoin. Quand je lui avais parlé pour la première fois d’un accouchement sans péridurale il s’était montré circonspect, puis nos discussions l’avaient convaincu que j’en étais capable et que j’étais déterminée (oui, c'est à la patiente qu'incombe la charge de la preuve), que ce n’était pas une posture mais un projet. Car oui, dans pareil cas, la charge de la preuve incombe à la parturiente… Lorsqu’il m’a annoncé pour ma deuxième grossesse qu’il ne pratiquait plus les accouchements, j’ai ressenti une grande déception (« ah ! bon, nous n’allons pas remettre ça ensemble ? ») doublée d’une immense inquiétude (« mais qui pourra vous remplacer en me comprenant si bien ? en m’accompagnant dans mon projet de naissance physiologique ? qui me massera le bras affectueusement ? »). Il m’a tout de suite rassurée :

« je vous envoie chez l’obstétricien qui s’est occupé des accouchements de ma fille.

- oui mais ta fille, là, elle a pondu en mode poulet de Bresse avec une péri ou pas ? »

Ca, c’est que j’aurais voulu répondre mais je me suis contentée de « ah ! très bien » et c’est comme ça que je me suis retrouvée ailleurs, seule, avec un sms de recommandation (du genre « personne sympathique mais illuminée qui veut accoucher sans péridurale mais supporte relativement bien les contractions. »).

Le premier contact avec l’accoucheur a été un peu froid, un peu mitigé. Un beau cabinet, un homme sympathique assis derrière un Mac, des gestes doux. L’examen se passe bien. La revue des antécédents médicaux aussi. Il a failli tomber de son fauteuil de cuir quand je lui ai indiqué vouloir me passer de la péridurale. Visiblement il n’avait pas lu le sms de recommandation. Ou pas entièrement. Ou pas bien. Ou alors il avait préféré ne pas y croire. Et pourtant j’étais là, en face de lui à réitérer ma demande. J’ai présenté ça sous l’angle du « je peux comprendre vos réticences et c’est pour cela que j’ai besoin de m’assurer que vous allez bien me suivre dans cette démarche. » Vu sa tête, j’ai gardé pour beaucoup plus tard le « et sinon pour l’épisiotomie, on est d’accord, hein, on n’en fait pas ? enfin pas sur moi ? ». Finalement il m’a sorti plusieurs arguments :

- Quel dommage de souffrir alors que ça peut être indolore !

- Et s’il y a besoin d’une extraction instrumentale ?

- Et dans le cas d’une césarienne en urgence on perdra au moins 15 minutes et vous serez sous anesthésie générale.

Pour conclure qu’on ferait sans si j’y arrivais.

La bonne position

Une fois remportée cette petite victoire sur l’adversité (tout ça parce que l’assurance de la pratique obstétricale coûte un bras et que plus le praticien est vieux plus la prime augmente et que mon premier obstétricien avait vraisemblablement basculé du côté non rentable de l’âge… quand je pense que je travaille pour un assureur…), j’ai commencé à repenser aux positions. Tout le travail du premier accouchement c’était fait dans des positions variées et exotiques mais essentiellement à genoux ou en prière mahométaine. C’est au moment de l’expulsion du bébé que je m’étais retournée sur le dos, en position gynécologique (c’est mal, je sais), parce que je n’en pouvais plus et que, sur le coup, cela m’avait semblé une bonne idée. En fait non, puisque je restais persuadée que c’était cette expulsion sur le dos qui m’avait causé cette fameuse déchirure.

Lors des cours de préparation avec ma formidable sage-femme (la même que pour ma première grossesse, appelons-la M.), nous avons abordé les positions et j’ai trouvé que celle en décubitus latérale qui était supposée préserver le périnée intact devrait me convenir puisque c’était à peu près celle dans laquelle je dormais, enceinte. Je suis donc retournée voir mon nouvel obstétricien pour lui parler de cette position, après avoir lu sur le site de ma maternité que toutes les sage-femmes avaient été formées aux différentes positions d’accouchement. Il a dit : « oui, si vous voulez sauf s’il y a un problème au moment de l’expulsion et qu’il faut vous mettre dans une position qui me convient d’intervenir facilement (comprendre : depuis mon tabouret et sans me casser le dos à regarder la tête en bas ce qui se passe). »

La cerise sur le gâteau

De rendez-vous en rendez-vous il semblait devenir de plus en plus conciliant (ou franchement lassé, je ne sais pas) donc j’ai fini par abordé la question de l’épisiotomie. C’était le seul rendez-vous auquel mon mari ait assisté. Je l’avais bien briefé (attention : 8 points de sutures, dommages irréversibles, sexualité en berne) et il s’est révélé un vrai soutien sur le sujet. J’ai demandé d’une petite voix « et sinon des épisiotomies vous en faites beaucoup ?

- Uniquement quand c’est nécessaire, par exemple pour un forceps. Mais cela fait longtemps qu’on ne les pratique plus systématiquement.

- Ah. Et quand vous la faites vous prévenez ?

- Si j’y pense.

- … (argh).

- Il faut m’y faire penser.

- Bon, alors mon mari vous y fera penser (coup de coude à l’intéressé qui opine du chef) Vous voyez, je pense que je serai plus à l’aise si vous me dites que vous allez en faire une que si je le découvre après au moment des points.

- Très bien. »

Le troisième larron

Quand on doit accoucher en août, il faut se préparer à ce que ce ne soit pas avec son obstétricien. Ce qui est assez frustrant quand on fait le choix d’une clinique privée où l’argument est qu’on accouche avec l’obstétricien de son choix. Bon, c’est comme ça et donc l’obstétricien recommandé par mon obstétricien d’origine au motif qu’il avait fait accoucher sa fille m’a recommandée à son remplaçant pendant ses deux semaines de congés. Avant qu’il ne m’expédie d’une poignée de main, entre la porte capitonnée de son bureau et celle blindée de son cabinet j’ai juste eu le temps de m’enquérir « Mais votre Dr P., là, il sera d’accord pour un accouchement sans péridurale ?

- oui.

- en décubitus latéral ?

- certainement.

- et pour éviter l’épisiotomie ?

- oui.

- bon. Alors bonnes vacances. »

Une fois face au Dr P. pour la visite de routine (en gros pour faire connaissance avant de se retrouver en salle d’accouchement sans péridurale), je repose donc mes questions habituelles. Premier changement, ce médecin est JEUNE. C’est la première fois que je me retrouve face à un gynécologue obstétricien de moins de 60 ans (sauf l’interne de l’hôpital Bichat mais il ne m’avait pas fait grande impression). Deuxième changement, il expédie les questions en répondant franchement. Donc oui c’est possible sans péridurale, oui c’est possible en décubitus latéral mais ça n’a pas de sens de demander une position comme ça, il faut en fait adopter la position antalgique, propre à chacun, au moment du travail et de la poussée, d’accord pour prévenir en cas d’épisiotomie. Il m’explique aussi que si le travail se déclenche entre son départ en congés et le retour de mon obstétricien, c’est le Dr C. qui me prendra en charge (mais à ce stade je ne m’en soucie même plus). Ca fera 100 euros, merci. Je repars et stocke dans un coin de ma tête le « ça n’a pas de sens de demander une position comme ça ».

Le jour J

Après avoir enchaîné les monitorings à partir de la 39ème semaine, alors que j’étais certaine d’accoucher avec quinze jours d’avance comme pour le grand frère, il a fini par se passer quelque chose. Probablement les deux séances d’acupuncture réalisées dans cet objectif par ma formidable sage-femme et l’examen un peu poussé de la sage-femme de garde lors du dernier monitoring ont-ils légèrement accéléré la cadence… toujours est-il que lorsque je suis arrivée à la maternité au jour exact du terme, une heure vingt après ma dernière séance d’acupuncture, il était 16h50, j’étais à 6 (les initiés comprendront) et j’ai trouvé que les contractions étaient plutôt fortes. On m’a laissée me préparer à ma convenance, avec le vêtement que je voulais. On m’a laissée libre de mes mouvements, accroupie au pied de la table de travail en train de vocaliser. On (l‘autre formidable sage-femme qui m’a accompagnée pendant tout l’accouchement, appelons-la P.) a réussi à me poser un cathéter veineux entre trois contractions et j’en suis encore admirative. On m’a laissé choisir des positions jusqu’à ce que l’on se dise, après avoir rompu la poche des eaux (à ma demande, après une longue réflexion de 20 minutes, sinon je pense que j’y serais encore) que le bébé tardait à s’engager. Là, l’obstétricien n°2, revenu de vacances le matin même m’a proposé de passer en décubitus latéral. J’étais intellectuellement satisfaite (ah ! chouette, c’est ce que j’avais demandé) mais mon corps, lui n’a pas du tout apprécié. Et mon intellect a aussitôt retrouvé quelque part dans ma mémoire le « ça n’a pas de sens de demander une position comme ça ». Dans cette position, les contractions étaient absolument insoutenables. Pour moi. P. a donc proposé que je me remette à genoux et a soufflé avec moi sur toutes les contractions (« on prend de l’air par le nez et on souffle on souffle on souffle vers le bas on continue on continue on continue » en mode répétition pendant une heure) qui ont accompagné l’engagement et la descente du bébé. Et puis l’obstétricien m’a demandé de m’allonger sur le dos et j’ai rempli ma part du contrat, j’ai obtempéré parce que presque tout s’était passé dans les positions de mon choix et sans médication (pas de péridurale, pas de synto, pas de perf d’hydratation, rien de rien). Au lieu de la position gynécologique, je me suis mise bien à plat, les bras en extension arrière, et j’ai légèrement soulevé les fesses (comme conseillé par B. de Gasquet). J’ai poussé en soufflant, cinq fois et à 18h50, j’avais un cadet et une nouvelle déchirure spontanée et rikiki, à un autre endroit.

Bref, j’ai fait tout ce que l’on m’avait appris pour préserver mon périnée et ça n’a pas marché. C’est mon karma.

Après la délivrance (pour laquelle l’obstétricien m’a invitée à m’appuyer sur le ventre au moment d’une contraction et j’ai bien senti le placenta descendre), j’ai eu le droit à mes trois points réglementaires sous (faible) anesthésie (très) locale. Je suis restée deux heures en observation, avec mon fils dans les bras. Il a goulument tété et nous avons parlé des choses de la vie. Puis on m’a emmenée dans ma chambre où j’ai fait l’admiration du personnel d’étage puisque deux heures après l’accouchement, je pouvais me lever seule et refusai de prendre les anti-inflammatoires proposés (je ne sais même plus dans quel but).

Le jour d’après

Après une nuit très tranquille (avais-je finalement eu le bébé qui fait ses nuits en sortant de la maternité ? moi qui crie à tue-tête depuis trois ans que ces mères sont mythomanes ?), j’ai commencé à avoir plutôt mal à la cicatrice et à réaliser qu’un doliprane serait le bienvenu. Je me suis alors souvenu que pour mon premier accouchement, j’avais pris sans rechigner les anti-inflammatoires car j’avais eu un hématome et une luxation du coccyx, lesquels avaient fait passer ma déchirure pour du pipi de chat. Par comparaison, puisque je n’avais aucun autre dommage, cette petite couture me causa beaucoup plus de gêne que la première fois ! N’était-ce ces trois points, j’étais en pleine forme et insistai lourdement auprès du personnel soignant, du pédiatre et de l’obstétricien pour être relâchée le plus vite possible. Ce qui fut fait au bout de deux jours et demi.

Lorsque je me présentai au service des sorties de la maternité pour acquitter ma facture, je fus amusée de constater qu’elle portait mention de l’intervention de l’anesthésiste pour un montant de 600 euros. La préposée a dû le contacter par téléphone pour valider avec lui que non, il ne m’avait rien fait du tout ce samedi-là et que oui, on pouvait bien émettre une nouvelle facture sans cette ligne. Tout de même, 600 euros !

Avant de partir j’offris à P. et au personnel du bloc de naissance une grosse boîte de macarons car sans son aide, je ne suis pas sûre que j’y serais parvenue… P. m’a gentiment fait remarqué que la péridurale était une avancée pour les parturientes, certes, mais surtout pour le personnel médical car 48 années plus tôt, quand elle commençait sa carrière et que les accouchements se passaient dans des salles communes, les cris, de son propre aveu, étaient insupportables pour les sages-femmes qui avaient la tête farcie…

Je dois aussi un grand merci à mon mari qui m’a tenu la main et le coude pendant tout l’accouchement, s’est fait broyé les phalanges et plus ou moins mordre l’épaule. Il m’a assuré que j’avais été courageuse et digne (en toutes circonstances… ).

De retour à la maison, ma formidable sage-femme M. est venue faire les visites de suite de couches. Je lui ai raconté le résultat de nos séances d’acupuncture mais lui ai dit que dans mon souvenir, le premier accouchement (même si plus « traumatique » pour mon corps) avait été plus facile à gérer, au niveau des contractions. « C’est normal, le deuxième accouchement va plus vite… mais les contractions sont décuplées ! » Si j’avais su…

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