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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Je donne mon lait !

Et j’espère qu’il sera accepté et utile ! Le lait est, au même titre que le sang et les organes humains, la propriété de sa productrice qui ne peut toutefois pas en disposer exactement comme elle le souhaite. Sous certaines conditions, comme pour le sang, les femmes allaitantes peuvent toutefois donner leur lait qui sera collecté puis analysé, conditionné, stocké et redistribué par un des lactariums du réseau français.

 

Pourquoi donner son lait ?

Le lait humain, c’est comme le sang. Cela fait partie des choses que la science n’a pas réussi à synthétiser. Et le lait humain, c’est comme le sang, c’est nécessaire à la survie des tout petits bébés (malades et / ou prématurés) car non, on ne peut pas leur donner du lait de vache maternisé (du coupa ça remet quand même pas mal en question la totale innocuité de ces mélanges pour les enfants à terme et en bonne santé). Donner son lait, c’est donc sauver des vies. Des vies toutes neuves ! Et puis c’est aussi contribuer à soulager des mères et des familles effondrées par une naissance compliquée. Mais donner son lait on ne peut pas le faire tout le temps au contraire de donner son sang. Pour donner son lait il faut être soi-même allaitante (ou en tout cas avoir une lactation en état de fonctionnement) et, selon les lactariums, que l’enfant principalement allaité ait un âge limite (au-delà des six mois de l’enfant, la composition du lait change et le mode de production aussi).

On apprend souvent après coup que l’on peut donner son lait, quand il est trop tard : l’enfant est trop âgé, on a repris le travail, on a sevré l’enfant donc la lactation s’est éteinte, etc. Il est donc essentiel d’indiquer à toute femme qui vient d’accoucher qu’elle peut donner son lait. Et les maternités n’ont pas toutes l’air de faire la même retape sur le sujet ! Dans la maternité où j’ai accouché, on explique à peine aux mamans qu’elles peuvent allaiter leur propre enfant (je caricature) donc il est évident qu’on ne m’a jamais parlé du don de lait pour la naissance de l’aîné. Mais j’avais une cousine qui le faisait et je m’étais promis de donner mon lait, si possible, en cas de deuxième enfant. Ce qui fut fait (le deuxième enfant et le don de lait).

 

Comment procéder pour donner son lait ?

En fonction de l’endroit où l’on habite, il faut prendre contact avec le lactarium du coin (voir la carte ici) et on vous déroulera la liste des indications et contre-indications. En gros, mais c’est juste pour donner une idée, les contre-indications principales sont :

  • une hygiène de vie pas en adéquation avec la santé des nourrissons (consommation de tabac, alcool, produits stupéfiants),
  • des antécédents médicaux particuliers (neurochirurgie, transfusion sanguine, insémination artificielle sans contrôle du donneur, transplantation, maladie neurovégétative, relations sexuelles à risque, IST, prise d’hormone de croissance)
  • et des voyages (voyage ou séjour au Royaume-Uni supérieur à un an cumulé entre 1980 et 1997, voyage en Guinée, Sierra Leone ou Liberia, contact EBOLA.

Le lactarium remet de toute façon une ordonnance pour réaliser une analyse de sang afin de se prémunir contre la plupart des risques médicaux infectieux.

Attention également : si vous n’avez pas de congélateur (et non, un freezer ne fait pas l’affaire) vous ne pouvez pas donner et si votre congélateur est petit, ça va être compliqué car le lait se stocke quotidiennement, dans un bidon dédié, au congélateur, pendant X jours.

Comme j’habite en région parisienne, je dépends du Lactarium de l’hôpital Necker. Je les ai donc contactés par téléphone puis me suis entretenue une vingtaine de minutes avec l’assistante du service. Elle s’assure qu’on remplit les indications et qu’on évite les contre-indications, évalue la motivation en rappelant tout ce qui doit être fait (nettoyage, stérilisation, expression, étiquetage, stockage) et si on ne s’est pas enfuit, elle donne les coordonnées du collecteur dont on dépend en fonction de la commune d’habitation.

Le collecteur, c’est le lien humain entre la mère donneuse et le lactarium. En fonction des lactariums il vient chercher le lait à des fréquences différentes. En ile de France, c’est toutes les trois semaines, mais on peut s’arranger. En fait le collecteur se déplace pour récupérer au minimum 1,5l de lait. Donc en cas de grosse production et de petit congélateur, le collecteur peut venir davantage, c’est à convenir avec lui. C’est le collecteur qui remet le matériel mis à disposition par le lactarium pour réaliser tout le processus de don (kit de stérilisation, tire-lait et accessoires, bidons de stockage, étiquettes autocollantes). C’est le collecteur qui explique comment procéder (stériliser le tire-lait, laver les mains et les seins au savon doux, ne pas essuyer avec des serviettes ou torchons mais uniquement avec des essuie-tout ou mouchoirs jetables), quand exprimer le lait (en général après que son propre bébé a bu, le soir avant de se coucher pour dormir « plus souple » ou quand le sein est trop gonflé pour le détendre), quand ne pas exprimer le lait (on ne peut pas stériliser ou laver, on prend des médicaments incompatibles avec l’allaitement), que faire quand on prend des médicaments (s’ils sont compatibles avec l’allaitement, on note sur l’étiquette autocollante qu’on apposera sur le biberon avant de le stocker le médicament pris). C’est le collecteur qui explique ce qu’il advient ensuite du lait (il est analysé donc en cas de doute ou de présence de germe, toute la récolte est jetée ; puis il est pasteurisé, mélangé à d’autres laits, conditionné et stocké dans un congélateur avant d’être redistribué). C’est aussi et surtout le collecteur qui vient, toutes les trois semaines dans mon cas, collecter le lait au domicile de la donneuse.

 

Et concrètement ?

Concrètement, après que mon collecteur, appelons-le B***d, soit resté chez moi une petite heure un jeudi matin pour m’expliquer tout le protocole et me livrer le matériel (sauf le tire-lait car j’utilise le mien, un tire-lait manuel Avent), j’ai pu me lancer.

D’abord, trouver un endroit pour stocker le matériel, à l’abri des enfants et du chat. J’ai opté pour un grand sac de course réutilisable tout propre, posé au-dessus du sèche-linge, lui-même au-dessus de la machin à laver (aucun risque qu’il soit accessible). Le matériel à stocker c’est : des bidons (ils se vissent sur le tire-lait fourni par le Lactarium et il en faut un par jour minimum, soit 21 bidons…), des pastilles de stérilisation, une ordonnance, un dossier médical à faire valider par un médecin ou une sage-femme, de étiquettes autocollantes d’identification du lait.

Ensuite, j’ai préparé mon « espace stérilisation ». La stérilisation se fait à froid avec des pastilles « Milton ». Il faut ½ pastille pour 2,5l d’eau par période de 24h. La solution doit être contenue dans un récipient en verre ou en plastique (surtout pas en métal) et qui reste fermé (film étirable, couvercle mais pas en métal, etc.). Attention en choisissant le récipient : il doit permettre de plonger intégralement dedans les éléments à stériliser. Faut pas que ça dépasse ! sinon c’est pas stérilisé… du coup je vous conseille un récipient plus haut que large, type tupperware pour stocker des spaghetti. J’ai aussi prévu une pince à cornichon pour sortir le bazar du récipient et le remonter sans y mettre mes mains pleines de doigts et une boîte de mouchoirs en papier pour si ça goûte trop. Précision : ce qui ressort de la solution de stérilisation sent fort le chlore. Ce n’est pas grave, dixit B***d, ça va s’évaporer. Il ne faut surtout pas l’essuyer même avec un mouchoir jetable. Personnellement je le secoue au maximum.

Au moment où j’ai voulu procéder à la première généreuse expression de mon lait pour le Lactarium, j’ai donc sorti le tire-lait de la solution de stérilisation et l’ai remonté. Puis j’ai lavé mes mains et lavé le sein à partir duquel j’allais procéder. Là encore, attention : on n’essuie pas avec une serviette mais avec quelque chose de propre, jetable et à usage unique, on ne remet pas son tee-shirt, on laisse le sein à l’air jusqu’à ce qu’on utilise le tire-lait.

A la fin de l’expression, sans attendre, j’ai transvasé ma récolte dans un bidon stérile.

Ces bidons sont livrés sous emballage. J’attends toujours le dernier moment pour les sortir de l’emballage et les déboucher en prenant grand soin de ne pas mettre mes doigts à l’intérieur du bidon ni de son bouchon, de bien poser le bouchon retourné sur mon plan de travail. Je verse vite et je referme. Ensuite je colle l’étiquette d’identification du lait (en cas de problème, elle permet de savoir que c’est moi qui ai fourni ce lait et de me prévenir car je peux être malade ou autre sans le savoir, avec un risque pour mon bébé également) et je stocke au réfrigérateur puis au congélateur.

 

En général je procède à deux expressions dans la journée. Une en fin de matinée après que mon bébé a mangé et quand il dort et l’autre avant d’aller me coucher le soir. Il est possible de mélanger les deux récoltes dans le même bidon et de le conserver jusque 24h au réfrigérateur avant de placer ce dernier au congélateur. Le lait maternel s’y conserve jusqu’à quatre mois sans problème (mais votre collecteur passera bien avant cela vous faire un petit coucou).

Bilan après trois semaines d’expression

A la louche (ah ! ah !) je dirais que le don de lait me prend 45 minutes par jour, essentiellement occupé par le montage / démontage / lavage / stérilisage (ation) du matériel. L’expression en elle-même est très rapide (mon record personnel  est de 120ml en 2’36’’). Le conditionnement et l’étiquetage également (le lactarium de Necker fournit des étiquettes pré-remplies, il ne reste qu’à ajouter la date et la quantité contenue dans le bidon).

Je pense aussi que, mine de rien, je me suis rajoutée une « tétée factice » dans la journée pour exprimer le lait uniquement en vue du don. Mon bébé est toujours prioritaire mais il n’y a pas de conflit, il a bien sa dose quoi qu’il arrive. Rappelez-vous en effet que la production de lait suit la loi de l’offre et de la demande : plus le bébé tête, plus le sein fabrique. Donc plus je stimule ma lactation avec mon bébé et mon tire-lait, plus je produis. Je suis dans un groupe Facebook d’échange autour de l’allaitement et du don de lait : certaines femmes donnent jusqu’à 20 litres par période de 3 semaines. L’une signale qu’elle a fournit 96 litres en six mois… et puis il y a cette surprenante histoire qui fait le tour du web : cette femme dont l’enfant perdu à 5 mois de grossesse lui a permis de produire plus de 100l de lait. Moi qui n’en suis qu’à 3,5 litres en 3 semaines, je suis tout de même très satisfaite !

Allez les filles, donnez !

 

 

 

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