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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

De l'éducation positive à l'accompagnement bienveillant : pourquoi et comment élever ses enfants dans la joie et le respect !

Education bienveillante, ou positive… on en entend parler à longueur de journaux, d’émissions, de talk shows. C’est apparemment la nouvelle panacée en matière d’éducation, avec les écoles alternatives. Je trouve dommage de ne pas voir clairement le lien avec le maternage proximal parce que de mon point de vue, tout part de là. En tout cas c’est ainsi que je suis venue à cette éducation bienveillante, ou, en tout cas, que le père de mes enfants et moi-même essayons chaque jour de progresser dans cette direction.

 

Education ? positive ? bienveillante ?

Beaucoup de mots qu’il faut questionner avant d’aller plus loin. Education est un mot qui me semblait inconditionnel, sans contradiction, avant que je n’ai moi-même des enfants. J’ai désormais tendance à trouver qu’il rappelle davantage le dressage que l’accompagnement (terme que je lui préfère) et, en cela, je ne le trouve pas très positif. D’ailleurs, quand on parle d’éducation positive, utilise-t-on le terme « positive » par opposition à une éducation fondée sur le « non » ou en référence au positivisme, cette philosophie qui érige la science en vecteur absolu de la connaissance ? Je penche pour la deuxième solution car les tenants de l’éducation positive corrèlent systématiquement leur approche plutôt bienveillante envers les enfants au développement de leur cerveau et à leur maturité intellectuelle et émotionnelle. C’est un peu étonnant et déroutant parfois car au lieu de faire appel à notre empathie, cette approche « positiviste » de l’éducation fait appel à notre froide intelligence en postulant que c’est parce que l’enfant à tel ou tel stade de développement n’est pas capable de comprendre telle ou telle injonction qu’il faut adopter une autre attitude pour le mener où l’on souhaite (vers le calme et la sérénité en général). Si on s’en tient à cette approche, je ne fais toujours pas la différence entre éducation et dressage. Pour être positive, cette éducation fondée uniquement sur une approche neuroscientifique n’est pas à proprement parler, bienveillante. Pour le devenir, elle doit faire appel à notre empathie et surtout nous enjoindre à renoncer à tout adultisme, ou la tentation de mal traiter un enfant parce que nous sommes adultes et qu’il est enfant.

 

Accompagner ? coopérer ?

Dans de nombreux cas il faut admettre que l’enfant ne va pas obéir mais que son envie va rencontrer (ou pas) notre attente de parent. Dans l’accompagnement bienveillant, le parent va donc être amené à développer avec son enfant une relation de coopération, comme avec n’importe quel autre adulte qu’il côtoie quotidiennement dans sa vie personnelle ou professionnelle, plutôt qu’une relation de soumission dans laquelle il ordonne et l’enfant obéit.

Il est encore très difficile pour les parents de ma génération d’accepter ce mode de fonctionnement car nous reproduisons de manière extrêmement inconsciente les schémas éducationnels qui nous ont fait grandir. Les parents qui arrivent à cheminer vers la bienveillance sont le plus souvent ceux qui ont eux-mêmes connu une certaine bienveillance de la part de leurs parents ou ceux qui ont reconnu avoir été malmenés ou violentés physiquement ou psychiquement et qui parviennent à se désolidariser de ces pratiques (non, vous n’avez jamais mérité d’être puni, ni frappé, ni insulté, ni moqué, ni humilié et votre enfant ne le mérite pas non plus). Autant que cela est possible, il peut être très utile, quand l’enfant paraît, de questionner ses propres parents en toute simplicité, honnêteté et sans reproche ni regret, pour comprendre / savoir comment s’est déroulé sa propre enfance. Dans C’est pour ton bien ! , la psychanalyste allemande Alice Miller présente une brève histoire de la « pédagogie noire » et explique comment l’enfant devenu parent reproduit une pédagogie agressive et non respectueuse. Avant deux ans, l’enfant pardonne tout à ses parents. Ensuite, il intègre qu’il a mérité ce qui lui arrive. Le cheminement personnel qui aboutit à comprendre que nos parents nous ont fait du mal (de manière plus ou moins involontaire) et à nous désolidariser de ces pratiques pour l’accompagnement de nos propres enfants est long, difficile mais salutaire. Si les parents nous ont fait du mal, c’est aussi parce que l’éducation des enfants suit une sorte de dialectique hégélienne et peut-être qu’un jour à force d’interdire les châtiments, de condamner les humiliations, de « former » les parents, nous parviendrons à la fin de l’histoire, à la synthèse complète : ce jour-là , tous les parents respecteront leurs enfants.

On n’en est pas là… et quand je dis aux gens que je ne demande jamais à mes enfants d’obéir dans des situations classiques, mais de coopérer, je récolte souvent des petits sourires narquois (« mais ma pauvre, tu vas te faire manger tout cru… »). Et quand je m’oppose aux partisans des punitions, même les plus minimes (mise au coin, légère humiliation), j’ai carrément le droit à des soupirs de désespoir (« ça n’a jamais tué personne… ce n’est même pas violent. »). Mon mari rétorque toujours « et alors quoi, on n’a pas un perroquet qui répète ce qu’on lui dit. On a un enfant. »

Voilà, comme dit Bertrand Betsch dans cette chanson que j’adore, les mots ont leur importance.

 

Au début de mon chemin…

Les lecteurs de ce blog ont bien compris, avec le temps, que j’ai développé pour mes enfants le maternage le plus proximal possible. Pour moi, avec mes contraintes, mes capacités et mes envies. Deux ouvrages ont été fondateurs dans toute mon approche des petits enfants c’est « attendre bébé… autrement » et sa suite « élever son enfant… autrement » aux Editions La Plage. Ce sont les anti-Laurence Pernoud. Même s’il y a plein de choses très intéressantes et justes dans les Laurence Pernoud !

Très rapidement j’ai choisi une naissance physiologique, un allaitement exclusif et le plus long possible, un sommeil partagé, un portage en écharpe, des couches bio ou lavables associées à l’hygiène naturelle infantile. Mon premier enfant était souvent insatisfait, pleurait beaucoup, tout le temps dès qu’on ne le portait plus. L’endormissement était plus que problématique (parfois 2h de tétée avec des berceuses sans résultat), il braillait littéralement dès qu’on le reposait et l’ostéopathie, la suppression du gluten et du lait de vache, la veilleuse dans le noir, les massages, la surélévation du matelas, j’en passe et des meilleurs n’y firent rien. J’étais souvent à bout de nerfs. Je me voyais de temps à autres crier sur mon nourrisson en lui disant « non mais tu ne te rends pas compte qu’il est 3h du matin, que tu vas réveiller ton père et que j’ai une réunion demain ! »

Dans une librairie « alternative » rue Saint-Lazare, du genre à vendre des quartzs roses (la pierre de l’amour de soi) et des jeux de lettres rugueuses Montessori, j’ai trouvé un livre intitulé Mon bébé comprend tout. Je n’ai pas vraiment lu le résumé, je l’ai pris en fondant de grands espoirs dessus. Je n’ai pas été déçue. Dans cet ouvrage, Aletha Solter (qui est en fait super connue), explique que l’enfant a besoin de pleurer et que le consoler (en vue de le faire taire) ne sert à rien. Qu’il faut au contraire l’accompagner dans sa détresse et la reconnaître et rester avec l’enfant pendant le temps où il a besoin de pleurer. Qu’il ne s’agit pas de caprice ni de colère mais de frustration et d’angoisse et que l’enfant doit être rassuré. Je me suis ainsi mise à écouter activement mon enfant pleurer, parfois 45 minutes d’affilé, sans essayer de le faire taire, juste en lui disant « je suis là, je vois que tu ne vas pas bien et que quelque chose te contrarie. C’est très frustrant d’être contrarié et il est normal que tu pleures pour me le dire. Je t’ai bien compris et je reste avec toi le temps qu’il faut pour que tu réussisses à te débarrasser de cette frustration. » Ensuite, il se calmait d’un seul coup, prenait sa tétine et son doudou et se rendormait comme une pierre. C’est ainsi que j’ai commencé à me dire que l’accompagnement me convenait mieux que le dressage…  et à lui aussi.

SI on réfléchit bien, laisser un enfant pleurer seul en le disputant c’est un peu comme si votre conjoint venait vous voir pour vous dire (il sait parler, lui) « je suis en pleine détresse, aide-moi » et que vous lui répondiez « tu m’ennuies avec tes problèmes, va te morfondre seul sur ton lit et fous-moi la paix. » Il n’est pas certain que votre couple en sortirait victorieux.

Au fur et à mesure qu’il grandissait, nous avons fait, mon mari et moi, d’autres découvertes. Elles étaient en lien avec la maturation et le fonctionnement du cerveau des petits enfants d’une part et d’autre part avec le développement d’une relation respectueuse avec notre enfant.

 

Premières mises en pratique

Internet pullule de vidéos explicatives du fonctionnement du cerveau du petit enfant donc je ne vais pas m’étendre sur le sujet. J’ai lu quelques ouvrages et puis j’ai pioché ici et là ce qui me permettait de résoudre des problèmes existants avec mon fils : Neurosciences, psychothérapie et développement affectif de l’enfant (Dir. J. Monzée), Bien comprendre les besoins de votre enfant (Aletha Solter), le cerveau de votre enfant (D. J. Siegel et T.P. Bryson), J’ai tout essayé (I. Filliozat)…

                Parler positif

Un problème que nous avions souvent était que lorsque nous demandions de ne pas faire quelque chose, notre fils le faisait systématiquement, et en riant, en plus ! Du type « ne jette pas doudou par terre sinon il va être sale ! » et là, bim, doudou finissait par terre dans un grand éclat de rire. Tout parent normalement constitué ramasse le doudou et s’énerve « non mais tu te moques de moi en plus, bon alors doudou est confisqué jusqu’à ce que tu comprennes qu’il faut obéir. » Là, le parent qui se respecte est plutôt fier de lui, non mais, c’est lui le chef quand même, il doit faire respecter son autorité. L’enfant, lui, est complètement désarçonné. Il y a fort à parier qu’une grosse crise de larmes va suivre. Pourquoi ? Parce qu’il a fait exactement ce qu’on lui a demandé, c’est-à-dire de jeter doudou par terre. Et en plus il se fait disputer… c’est à n’y rien comprendre ! Car, oui, votre enfant a compris qu’il fallait jeter doudou.

Avant deux ans, deux ans et demi, son cerveau est INCAPABLE de formuler une idée et en même temps sa négation. Il ne sert donc à rien de lui interdire de faire des choses car tout le monde sera frustré : l’enfant qui croit bien faire et le parent qui croit que l’enfant se moque de lui. C’est au parent d’adapter son mode de communication et de devenir POSITIF (tiens, comme dans éducation positive aussi, non ?). On ne dit pas « ne jette pas doudou par terre » mais « garde bien doudou avec toi ». Et, miracle, ça fonctionne !

                Le fromage cassé

Chez la plupart des auteurs concernés, on parle plutôt de biscuit cassé mais notre fils ne mange pas de biscuit et nous avons vérifié cette réalité avec du fromage « cassé ». Tout va bien, le repas se poursuit tranquillement et notre fils nous demande du fromage. Mon mari le coupe et là, la petite tranche de chèvre se brise en deux. Gros sanglots, grosse angoisse, enfant inconsolable parce que le fromage s’est cassé. La première fois on lui dit que ce n’est pas la peine de faire tout un cinéma pour ça. Et puis renseignement pris, on comprend qu’en fait il a accumulé des frustrations toute la journée, qu’il a encaissé des déceptions depuis le matin et que là, en pleine confiance avec ses parents, les figures d’attachement, les adultes auxquels il sait qu’il peut tout faire endurer sans perdre leur amour, l’enfant craque devant ce bout de chèvre émietté. Il n’y peut plus rien.

Alors que nous, nous y pouvons quelque chose. Tout d’abord, en fervent partisan de l’analyse transactionnelle nous préférons éviter la survenue des symptômes plutôt que d’avoir à les traiter donc, nous nous appliquons à ne pas émietter le chèvre, voire nous achetons du chèvre qui ne s’émiette pas. Ensuite nous expliquons à notre fils qu’il y a un risque que le fromage s’émiette et qu’il vaut peut-être mieux en choisir un autre plus solide pour éviter la déconvenue. Et si malgré tout il choisit le chèvre et que nous le coupons mal, nous avons encore la latitude de le « recoller » ou d’en recouper une autre tranche, toujours en reconnaissant à haute voix que « oui, c’est pas de chance ce chèvre qui se coupe mal, c’est vraiment décevant après une longue journée. »

                Le repas dans le calme

Beaucoup de parents que nous connaissons se plaignent de repas acrobatiques avec leurs très jeunes enfants. Notre fils a toujours mangé à table avec nous. Parce que nous nous sommes adaptés, avons élargi notre champs de tolérance et avons accompagné ses découvertes.

Tout d’abord il est essentiel de ne jamais forcer un enfant à manger quoi que ce soit. Qu’il s’agisse d’un type de nourriture ou d’une quantité de nourriture. Ensuite il convient de respecter son approche de l’alimentation : quoi ? il veut manger son fromage et ensuite ses épinards ? ou alors juste son fromage et pas ses épinards ? et ça vous défrise ? il va falloir composer avec sinon vous risquez une guerre sans fin. Le « si tu n’a pas faim pour tes épinards, alors tu n’as pas faim pour ton fromage / dessert » est à la fois une bêtise crasse (ça ne vous arrive jamais à vous de penser que non, les épinards, ça ne va pas être possible, on va passer au fromage ? ah ! mais j’avais oublié, vous êtes un adulte vous, vous avez déjà subi tous ces mauvais traitements alimentaires qui vous autorisent désormais à sauter la case épinards en obligeant votre enfant à se priver de fromage / dessert et, dans le pire des cas, à ne même pas manger les fameux épinards), une violence indue et un comportement dangereux (votre enfant risque de développer des comportements alimentaires angoissés).

Il faut aussi respecter le besoin de l’enfant de se nourrir seul. Eh ! oui, bébé grandit. Effectivement ça salit partout et ça prend du temps mais c’est le chemin de l’autonomie. Un des crédos de l’approche Montessori mais aussi Freinet c’est « apprends-moi à faire seul ». Donc, à partir de 8 mois, notre fils a mangé assis dans sa chaise avec le repas complet devant lui où il pouvait choisir à loisir ce qu’il voulait et le manger comme il l’entendait. Avec ses doigts ou avec une cuiller (en bois, ce n’est pas dangereux). Tout était dans des bols en bois qui ne sont pas dangereux, pas brulants, pas cassants et qui peuvent finir par terre sans état d’âme. L’enfant lui-même est protégé par un très grand bavoir qui s’attache dans le dos et lui couvre le buste et les épaules. Et si le bavoir est sale ? eh ! bien c’est sa vie de bavoir, non ? Et pour boire ? une timbale en argent. In-ca-ssable. Et tellement mieux qu’une tasse à bec en plastique qui n’apprend pas à boire…  et si ça déborde ? J’ai une éponge…  vous aussi non ?

Aujourd’hui notre fils mange dans la joie, de tout, avec une fourchette. A trois ans et demi nous l’emmenons souvent au restaurant : italien, japonais, grillade, restaurant gastronomique, tout y passe et tout se passe bien. Il ne mange aucun fruit ni rien de sucré parce qu’il n’aime pas ça. Et alors ? il dévore le merlan, les brocolis et les yaourts de brebis (avec du parmesan dedans, ça arrive…).

             S’habiller le matin

Quand l’enfant grandit, il veut forcément faire des choses seuls. « Non maman, c’est moi qui fait tout seul ». Bon, pour s’habiller c’est parfois compliqué mais il est essentiel qu’il décide et agisse par lui-même et pour lui-même. Donc nous donnons systématiquement le choix « le pantalon avec les avions ou avec les bateaux ? » et « tu mets le slip ou les chaussettes en premier ? ». Puis nous le laissons s’habiller lui-même lorsqu’il le souhaite. Cela implique de prendre le temps : détacher des boutons, boutonner un gilet, enfiler un slip à l’endroit… mais aussi de choisir les vêtements adaptés à un habillage par de petites mains enfantines : pas de jean, pas de slim, pas de chaussures à lacet. Des jogging, des pantalons en jersey avec une taille élastiquée, des pulls avec des gros boutons, des chaussures à scratch.

Et puis, le plus important, c’est de respecter son style à lui. Quoi ? un pantalon à carreau avec un tee-shirt imprimé avion ? hors de question de le laisser partir à l’école comme ça. Pourquoi ? Oui, tiens, vous êtes-vous demandé pourquoi c’était hors de question ? Vous ne serez pas à l’école aujourd’hui, avec lui, donc ça ne va pas vous piquer les yeux… laissez-le s’habiller à sa guise.

 

            Eviter de monter dans les tours

Plus mon fils aîné grandit, plus les occasions de se disputer apparaissent. Il fait de la résistance : même quand on lui donne à choisir entre deux, même quand on transforme les corvées en jeux. Il me dit « non c’est moi qui décide. Les règles, c’est pas pour moi. » Si j’ai mal dormi, si on est en retard, si, si, si… alors je perds patience et je crie. Et là, il n’est pas du tout intimidé, il n’a pas peur de moi, il ne se passe rien si ce n’est qu’il crie « tu cries pas, maman ! c’est mal de crier. » Et il part en claquant une porte (autre gros point sur lequel nous devons collectivement progresser).  Ca se termine souvent en crise de larme et moi qui crie encore plus fort et puis mes enfants sont terrifiés, pétrifiés mais ils ne font pas ce que je voulais donc tout le monde est perdant. Je suis fatiguée et honteuse, ils sont tristes et apeurés. Déboussolés.

La technique de base quand on sent la colère monter, c’est de s’isoler pour éviter de s’en prendre à l’enfant. Bon, le mien me poursuite et a même cassé la porte que j’avais fermée donc j’ai dû trouver autre chose. Il m’a été suggéré, au lieu de crier, de me mettre à parler de plus en plus doucement. Donc quand la colère monte, je chuchote. Mon fils ne crie pas. Il est un peu interpelé. Il ne fait pas forcément ce que je demande mais au moins on ne s’énerve pas et on passe à autre chose. On reviendra plus tard mais calmement à la situation problématique (s’habiller, se brosser les dents…).

Je me suis aussi demandé d’où venait ce comportement qui me poussait à crier quand j’étais dépassée par mon fils. Ma mère m’a alors courageusement avoué, et je l’en remercie sincèrement, que quand j’étais petite, elle criait beaucoup pour se faire obéir. Maintenant que je le sais, je peux essayer de m’en éloigner.

 

Bon, mais des punitions ?

Eh ! bien non, pas de punition. Comme nous ne regardons pas la télévision, nous ne privons pas notre fils de dessin animé. Comme nous considérons qu’il est essentiel d’aimer la lecture pour apprendre du vocabulaire et se cultiver plus tard, nous ne privons pas nos enfants d’histoire le soir. Comme nous n’aimerions pas qu’on nous confisque notre iPhone parce que nous n'avons pas mis la table, nous ne confisquons pas les jouets de nos enfants.

En revanche il nous arrive d’envoyer le grand dans sa chambre le temps qu’il se calme et comme cela ne marche jamais nous restons systématiquement avec lui dans la chambre pour l’aider à se calmer. Il nous arrive aussi de retirer des jouets ou des objets de la circulation lorsqu’ils sont mal utilisés (non, le maillet de ce jeu ne peut pas servir à frapper le chat donc je l’enlève). Il nous arrive régulièrement d’appuyer sur les conséquences naturelles des actes : tu ne veux pas mettre ton manteau alors qu’il neige ? Grand bien te fasse, sors comme ça et tu verras par toi-même (bon, en général je prends le manteau dans mon sac et quand on le sort parce que "quand même, maman, il fait vraiment froid", on a une discussion sur les conseils avisés des parents en termes de météo) ; tu ne veux pas t’habiller ? alors je vais appeler mamy pour lui dire que tu ne pourras pas aller chez elle puisqu'on ne peut pas y aller en pyjama.

On fait bien attention à ce que notre réaction soit immédiate (on ne reprend pas un enfant quatre heures après une bêtise, sinon il ne comprend pas) et en lien direct avec le problème (on ne confisque pas un jouet parce qu’il refuse de s’habiller).

Nous ne punissons pas parce que la punition est plus souvent une vengeance sans rapport avec le problème (est-ce que votre enfant va vraiment comprendre qu’il faut vous tenir la main pour traverser la rue si vous lui interdisez de regarder un dessin animé ? j’ai un doute… ça va surtout lui apprendre que c’est VOUS le chef et qu’il vaut mieux avoir PEUR de vous sans trop réfléchir sinon, pas de Peppa Pig…). Nous devons toutefois faire attention, encore, à certains de nos comportements qui peuvent être des punitions déguisées (si tu ne te couches pas maintenant, on n’ira pas à la fête demain car tu seras trop fatigué (et aussi ça t’apprendra à ne pas m’écouter mais ça je ne te le dis pas)).

 

Et dans la vraie vie ?

Quand je lis sur internet les expériences de certains parents en matière de parentalité positive, je suis la plupart du temps choquée parce que :

  • Ça a l’air d’être une technique infaillible qui marche à tous les coups,
  • Ca a l’air d’avoir radicalement changé leur vie qui est devenue un voyage apaisé dans l’amour au quotidien (avec des petites fleurs et de l’encens partout),
  • Ca a l’air de rapporter pas mal d’argent puisqu’on vous présente un tuto (un tuto pour accompagner ses enfants ça me semble étrange… on est presque dans le do it yourself ou les cours de maquillage) et les suivants sont payants…

Dans ma vraie vie à moi, je ne vais pas vous mentir, ça ne se passe pas ainsi. D’abord, il y a encore souvent à la maison des cris et des larmes parce que ça ne fonctionne pas à tous les coups. Je dirais que dans 75% des cas, nous nous en sortons brillamment avec mon mari et mes enfants pour rester dans la coopération et le respect. Le quart restant est plus problématique : la crise survient malgré tous nos efforts conjoints. Et dans un cas de crise sur deux, ça part carrément en sucette : on se crie dessus, on se lance des noms d’oiseaux, on finit en larme (sauf mon mari, of course, c’est un vrai homme).

Au début, cette situation m’attristait profondément et me faisait ressentir mes efforts comme inutiles. J’avais l’impression d’un échec cuisant, d’être une mauvaise mère, une mère violente et non respectueuse, obligée de crier sur ses enfants et de les brimer par vengeance.

Après une discussion avec ma cousine R. qui élève ses enfants « dans la joie », j’ai compris que ce n’était pas le cas. Que la parentalité bienveillante n’est pas une méthode infaillible et que les gens qui essaient de vous revendre des tutos 100% garantis sont des escrocs. C’est comme la microéconomie et la théorie de la firme : postuler qu’un agent économique est forcément rationnel est une incongruité sans nom.

Au final, ce qui me semble essentiel dans cet accompagnement de mes enfants, c’est de les respecter. A chaque fois que je fais quelque chose, je me demande « et si moi, en tant qu’adulte, telle que je suis aujourd’hui, on me faisait cela, comment je le prendrais ? » Par exemple si on me forçait à manger dans un ordre précis des choses que je n’aime pas ? ou par exemple si on me forçait à m’habiller dans des vêtements qui ne me conviennent pas ? ou encore si on m’envoyait au coin pendant une réunion parce que j’avais fait une blague qui n’aurait fait rire que moi ? ou si mon chef me tapait sur la main parce qu’il ne voulait pas que je touche à son stylo posé sur son bureau ? ou si ma mère me criait dessus parce qu’elle voulait que je dise « bonjour monsieur » à son voisin en le croisant ? Ou si mes collègues m’interdisaient de parler à table ou ne m’écoutaient jamais ou me coupaient tout le temps la parole parce que mes propos n’étaient pas intéressants ?

Eh ! bien je le prendrais mal. Je ferais sans doute une dépression. Je me renfermerais sur moi-même. Je ne dirais plus rien, je mangerais du bout des lèvres, je regarderais mes pieds en croisant les voisins. Et personne ne se dirait « ah ! quelle personne bien élevée » mais au contraire tous penseraient « mon dieu ! quelle femme neurasthénique. »

Alors oui, parfois je crie et parfois j’ai envie de dire à mes enfants « vous allez m’obéir, oui ?! c’est moi qui décide ! », parfois je pleure dans ma salle de bain fermée à clef, parfois je suis débordée et je ne sais plus comment faire. Mais la plupart du temps mes enfants sont épanouis, surprenants et indépendants. La plupart du temps ils me regardent avec amour et non avec angoisse. Et quand ils font quelque chose, ils le font de leur plein gré, pas parce qu’ils ont peur de moi.

 

Crédit illu : Pomme d'Api ici, à l'ire avec intérêt aussi : http://www.pommedapi.com/Pour-les-parents/Education-bienveillante-petit-guide-a-l-usage-des-parents

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