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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Les courses californiennes

 

Voici environ deux mois que nous sommes installés, en famille, dans notre nouvelle vie californienne. Tout le monde, de l’autre côté de l’Atlantique, attend, extatique, nos nouvelles ensoleillées. Mais qui est vraiment prêt à entendre nos difficultés ? Quand le soleil est au rendez-vous tous les jours et qu’on habite au pays du rêve américain, se plaindre relèverait vraiment de la mauvaise foi, non ? et pourtant…

 

Mon principal motif d’angoisse est l’accès à une nourriture saine et de qualité, principalement pour mes enfants qui sont si jeunes, en pleine période de croissance et pour lesquels j’espère une nourriture plus nutritive et une planète plus propre. Chercher à bien s’alimenter, dans le respect de son corps, conduit forcément aussi à respecter les producteurs et leurs moyens de production, au premier plan desquels il y a notre bonne vieille planète. Car comme le dit grand-maman Papinachois, "la nature nous pourvoit de tout ce dont nous avons besoin". Dans l’objectif de faire grandir sainement mes enfants sur une planète propre, j’ai donc essayé de remplir mon garde-manger californien.

 

Comme dans une équation à résoudre, plusieurs variables (intangibles)

En premier lieu, nous ne mangeons pas d’OGM. C’est un principe. Pourquoi donc modifier des trucs qui ont fait leurs preuves depuis des milliers d’années ? A part enrichir une multinationale et éventuellement nous rendre malade à long terme et complètement finir de ruiner notre planète, je ne vois pas d’explication rationnelle.

Ensuite nous mangeons autant que possible des produits biologiques. Parce que c’est mieux pour notre corps (moins de produits chimiques qui perturbent son fonctionnement et particulièrement ses fonctions de reproduction) et que c’est mieux pour la planète et la biodiversité. Ce qui veut dire que oui, quand je fais de la pâte à sel avec mon fils, je mets aussi de la farine bio plus cher, parce que l’idée c’est aussi de préserver la terre… même si je ne mange pas la pâte à sel. Pour ce qui concerne les produits animaux que nous mangeons, nous choisissons toujours un élevage respectueux et autant que possible un abattage propre (vous verrez, on a des surprises…).

Enfin nous essayons de manger local, pour réduire au maximum une emprunte carbone qui a dû quadrupler avec notre installation dans la Silicon Valley (vive le tout essence) !

Allions-nous trouver de quoi satisfaire notre mode de consommation ?

 

Et une inconnue urbanistique

Nous habitons une très grande ville, très étendue. Elle a un centre « historique » où nous nous sommes un peu promenés mais qui ne propose pas de boutique alimentaire au sens européen du terme. Que ce soit au centre ou en périphérie, donc, il semblerait que les courses soient intégralement faites dans les supermarchés. Pas de boulangerie, pas de boucherie, pas de poissonnerie. En tout cas pas là où nous habitons. Ces deux derniers mois, j’ai donc cherché et testé plusieurs enseignes qui vendent de la nourriture afin d’établir ma routine d’approvisionnement : Target (oui, on y trouve des produits alimentaires pas si mal), Safeway (on m’avait dit que ce n’était pas terrible mais tout est relatif), Sprouts’ farmers market (c’était le graal pour moi), Trader Joe’s (un bon conseil), Whole Foods (dernière étape de ma quête). Je ne dis pas que ce sont les seules enseignes disponibles, juste que ce sont celles que j’ai testées soit par proximité géographique (les deux premières) soit par affinités de ravitaillement (les trois dernières).

 

Derrière les étiquettes

Au fil de mes pérégrinations dans les allées des supermarchés et pour y voir plus clair, je me suis renseignée sur l’étiquetage et les labels. L’étiquetage me semble ici beaucoup plus léger que chez nous. On sent que ce n’est pas l’information du consommateur pour un choix éclairé qui motive les troupes dans les divisions « packaging ». On a toutes les informations sur les allergènes, fruits à coque, gluten, lactose, etc. Mais pas ou peu d’information sur les OGM. En fait la législation américaine ne contraint pas, à l’inverse de la législation européenne, à étiqueter le produit comme contenant un OGM (64 pays dans le monde y compris ceux de l’UE rendent obligatoire cette information. Le Canada et les Etats-Unis, non). C’est très déroutant. Deux labels sont intéressants pour éviter de ne rien acheter du tout : USDA Organic et Non GMO Project Verified.

USDA Organic est un label attribué par le National Organic Program. Il propose trois niveaux : « 100% organic », « Organic », et « Made with certified organic ingredients » qui apportent chacune des garanties différentes au niveau de la composition du produit (pourcentage des ingrédients issus de la bio). Aucun produit labelisé USDA Organic, quel que soit le pourcentage, ne peut proposer d’OGM, de radiations ionisantes, de molécule ou de substance de synthèse.

100% organicorganicorganic ingredients 
100%95%70%au minimum des ingrédients sont issus de l'agriculture biologique. (selon étiquette)

 

Mais le gouvernement a aussi des positions qui peuvent nous paraitre un peu… surprenantes. Par exemple sur la totalité des produits qui sont produits sans antibiotiques il est précisé « the FDA states that no significant difference has been shown between milk derived from rBST-treated and non rBST-treated cows »…

 Le Non GMO Project Verified est une initiative issue de la société civile qui vise à identifier clairement dans les rayonnages les produits qui ne contiennent aucun OGM. C’est pratique dans la mesure où l’USDA semble considérer de manière fréquente que les OGM ne constituent aucun problème de santé publique et que le principe de précaution est vraisemblablement inexistant alors que de très nombreux produits de consommation courante comprennent finalement des OGM (huile, sucre, farine, épaississant, ramollissant,…). Les OGM autorisés dans l’agro-alimentaire aux Etats-Unis sont les suivants (du plus classique au plus surprenant) : le soja, le maïs, le colza (rapeseed et canola), le coton, la pomme de terre, la betterave à sucre, la tomate, la papaye, le potiron, la betterave rouge, la luzerne, le riz, la rose, le lin, les pommes, les prunes, la chicorée et le tabac. Voilà voilà voilà…

https://gmo.geneticliteracyproject.org/wp-content/uploads/2016/02/gmo-crops-1.jpgsource : ici, https://gmo.geneticliteracyproject.org

Concrètement comment cela se répercute sur l’alimentation de ma famille ?

  • Soja : nous n’en consommons que pas ou peu mais il y a beaucoup de produits qui en contiennent, notamment le chocolat sous forme de lécithine.
  • Maïs : un poids lourd de nos menus pour réduire le gluten (on n’est pas trop régime Seignalet…). Donc la polenta, la fécule de maïs, la farine de maïs, les tortillas, le pain de maïs, le maïs en salade… c’est compliqué.
  • Colza : dommage, une bonne huile équilibrée. Bye bye.
  • Coton : il me semble que dans « Le Monde selon Monsanto » la parole est laissée à des agricultures indiens qui cultivent du coton OGM et disent toute le mal qu’ils en pensent. Ca motive vraiment pour acheter des vêtements en coton bio… en même temps 90% des vêtement que j’ai vus dans les rayonnages de Target sont composés à 70% de polyester ou autre fibre synthétique (de temps en temps issue du recyclage) et parfois d’un peu de coton…
  • pomme de terre : alors là, grosse surprise et surtout grosse déception. D’abord avec la quantité de variétés de pommes de terre qui existent, certaines hybridées pour résister à tout, je ne comprends pas l’utilité du truc. Ensuite comme tous les Français nous en faisons une consommation plutôt … courante ! soupes, purées, galettes, fécule, en robe des champs, en salade… bref de nombreuses fois par semaine. Du coup, c’est un peu le drame. Il faut acheter des pommes de terre bio qui coûtent dans les 3,5 dollars la livre… on en mange nettement moins. On passe à la patate douce…
  • betterave à sucre (et rouge) : bon, comment dire ? je ne m’y attendais vraiment pas. Mais finalement j’ai acheté du sucre sans OGM sans le savoir dans un magasin de grande consommation.
  • tomate : il n’y a pas encore beaucoup de tomates sur les étales. Mais j’ai acheté deux pieds de tomates que nous avons plantés dans le jardin, garantis sans OGM.
  • Riz : je découvre ça en écrivant l’article ! quand je pense que nous avons vidé, la première semaine, une boite d’Uncle Bens’…
  • Le reste : on n’en consomme que peu ou pas mais c’est bon à savoir, notamment pour des produits plus manufacturés qui les utiliseraient et c’est là que le label Non GMO Verified est très utile. Il est parfois apposé sur des produits surprenants (ah !? bon, il pourrait y avoir des OGM dans ma boîte de cœurs d’artichaut ? peut etre dans le liquide de conservation…).

 

Créer sa routine

Riche de toutes ces informations et de mes nouvelles habitudes j’ai ainsi pu me constituer une petite routine de course et choisir les magasins en fonction de mes besoins, envies, affinités.

Lorsque je vais chez Target ou Safeway, c’est pratique c’est à 5 minutes de voiture (sinon dans les 18 minutes à pieds donc, tout de même pas la porte à côté vu de chez nous) donc on ne crame pas deux GA d’essence pour acheter trois pommes.

Chez Target, j’aime : les produits « Simply Balanced », la marque de distributeur bio de Target. C’est pas mal, surtout leur fromage blanc et leur poisson surgelé (on a du mal à en trouver du frais) ; quelques produits moins chers qu’ailleurs comme la marque Applegate Natural ou Organics. J’utilise toujours le self check out, super pratique. J’apprécie le côté « Monoprix » généraliste avec des fringues (licences Disney et Marvel, mais aussi Cat & Jack la marque enfant de Target), des jouets Melissa & Doug pour les petits (c’est chouette), des bouquins (Harlequin et les « best seller « du NY Times), un rayon activités créatives  (toute la gamme pas du tout bio crayola, des cure-pipe, des ciseaux, de la glitter glue), des articles de sport (une pompe à vélo, des rustines), de la déco (une lampe licorne, un miroir en pied pour 5$). Bref il y a tout ou presque chez Target à l’exception de boissons alcoolisées, d’un rayon frais pour la viande et le poisson et de suppositoire paracétamol nourrisson (mais en fait, ça y’en a nulle part).


 Safeway a aussi sa propre marque distributeur de produits bio, « Organics ». Ils ont un fromage blanc excellent, de la viande bio mais halal (mais pourquoi ??? -> d’où ma remarque antérieure sur les surprises liées au bio et à l’abattage), du vrac très largement sans OGM ou bio (riz, riz arborio, thé, muesli, lentilles, couscous, amandes, diverses noix, quinoa, fruits secs…). A la différence de Target ils ont une partie traiteur et des postes frais pour la boulangerie, la viande et la poissonnerie. J’achète souvent du pain bio cuit sur place (ça vaut ce que ça vaut et franchement ce n’est pas si mal à part le sac en plastique dans le sac en papier qui l’emballe) mais aussi tous les samedis matins une douzaine de bagels / donnuts / viennoiseries (qui n’en ont que le nom : non mais qui a déjà vu un pain au chocolat à la frangipane ?) pour le petit déjeuner en famille. Il y a aussi des gâteaux américains pleins de crème et de pâte à sucre et de colorants (probablement OGM). On a juste goûté un cheesecake tout-a-fait agréable. Au niveau de la viande je n’en ai jamais pris au détail car je ne suis pas très inspirée… je me contente du tout petit rayon qui propose des produits bio ou raisonnés avec des conditions d’élevages décentes (humanily raised, pastured fed). Par contre le poisson ce n’est vraiment pas possible, même frais. D’abord il est hors de prix (je le redis, nous sommes à 45 minutes de la côte), le peu que nous avons goûté était vraiment « pas terrible » et le saumon qui nous semblait une valeur sure est systématiquement « color added », histoire de bien flasher en orange.

LOGO Sprouts-farmers-marketSprouts’Farmers’ Market a été mon premier rayon de soleil dans ce triste horizon alimentaire… parce qu’on ne peut pas manger des Tee-shirts Marvel avec des donuts au blé enrichi à longueur de semaines… Les allées sont larges, claires, il y a un peu de bois, de la lumière, le rayon de vrac est immense, les fruits et légumes occupent tout le centre du magasin et il y a un vaste comptoir traiteur (mmm les meatballs à la tomate), un beau rayon viande / poisson à la coupe mais aussi de la viande en rayon frais tout à fait honorable. Ceci dit ce n’est pas un magasin bio comme pourrait l’être Naturalia ou Biocoop donc on retrouve aussi les mêmes produits naturels ou bio grands publics que Safeway et Target à des prix beaucoup plus élevés. ET parfois aussi des choses surprenantes comme du Nutella (un grand classique de l’alimentation saine et bio. Non ? ah…) ou du ketchup Heinz. L’intérêt c’est surtout le vrac, les légumes, la viande et le rayon ménager avec des détergents, du savon, etc. Attention toutefois car comme ce n’est pas bio par principe, dans le vrac il y a de la polenta non bio et non estampillé Non GMO, idem pour le riz ou autre. Donc bien penser à lire les étiquettes. La dernière fois que j’y suis allée il y avait du maïs en épi, 10 épis pour 5$. Wahou ! mais c’était du conventionnel… et Safeway faisait la même promo.

Trader Joe's logo, wordmarkJ’ai ensuite découvert Trader Joe’s. Le merchandising est très chouette avec de belles étiquettes écrites à la main, une belle mise en scène des produits, des caisses en coffrage bois. Mais ce n’est pas non plus un magasin bio. C’est un magasin qui propose du bio ou du sans OGM, qui a sa propre marque à tous les rayons mais ce n’est pas forcément bio. Les produits de la marque Trader Joe’s que nous avons essayés sont vraiment bien notamment pour le chocolat. Nous en sommes gros consommateurs et avions du mal à en trouver sans lécithine de soja ni OGM à un prix inférieur à 5$ la tablette. J’ai aussi trouvé du ketchup bio (bon, sans piment d’Espelette mais on va s’en accommoder). Du produit pour le lave-vaisselle écologique et qui ne coûte pas un quart de mois de salaire par lavage (les produits « Seventh Generation » sont vraiment chouettes mais vraiment chers aussi). Mais là aussi grosse déception sur la viande et le poisson : pas de rayon « à la coupe » et le frais était aussi soit halal pour la viande, soit color added pour le saumon. Je suis donc repartie de là avec, encore une fois, des cuisses de poulets humainly raised et vegetarian fed… J’ai aussi flashé sur une bouteille d’Orangina. Je me suis dit « chouette, un peu de la France avec nous ». En la buvant, on a trouvé que c’était plus sucré que d’habitude (on a coupé avec de l’eau) et en lisant l’étiquette on a vu que la boisson contenait des OGM. What ? dans mon Orangina (sur le mode « quoi, il a craché dans son yop !? ») ? J’ai écrit à Orangina WorldWide sur sa page FB pour savoir pourquoi. Aucune réponse… de leur part. Mais il m’a été répondu par un copain que tous les sodas US sont fabriqués avec du sirop de maïs concentré à la place du sucre et que c’est ce qui explique qu’ils soient à la fois plus sucrés et plus OGM. So sad… on n’en rachètera pas.

Dernière découverte : Whole foods. On m’avait dit « tu vas y laisser toutes tes économies. » Eh ! bien pas du tout. D’abord j’ai vécu une belle expérience shopping, comme on dit, ensuite ça ne m’a pas coûté beaucoup plus cher que d’habitude, surtout vu les produits achetés. D’abord, quand on arrive sur le parking on voit un espace spécial pour recharger son véhicule électrique. Comme ça, le décor est posé. Quand on rentre, on arrive pile sur l’immensissime rayon de vrac. Là, j’ai trouvé de la polenta sans OGM, du riz, des lentilles, des céréales, de la farine bio enrichie en rien du tout (la plupart des farines ou des préparations à base de farine sont enrichies en fer, acide folique, riboflavine, niacine et thiamine). Il y a même une machine qui fabrique du beurre de cacahuète à la demande à partir de l’un des trois types de cacahuètes choisies. Effet wahou garanti. Ensuite il y a un beau rayon cosmétique / hygiène dans lequel j’ai trouvé du dentifrice Weleda pour enfant et une brosse à dents qui sauve des ours polaires (comme chez Naturalia. Youpee !) Et puis il y a un rayon farines avec de la farine de maïs sans OGM, du tapioca (une grande victoire… je ne sais même pas si les gens d’ici connaissent ça en fait), de la farine de riz, etc. Des vraies farines ! A mon goût il n’y en a cependant pas assez pour faire du pain avec une machine à pain (il manque du seigle ou du sarrasin ou de l’épeautre ou…) mais c’est un bon début. J’ai aussi trouvé des tortillas 100% maïs bio, un excellent pain avec une vraie croûte et une vraie mie. Un grand rayon fromage (bon, là, on a essayé de me faire croire que le triangle blanchâtre Président était du Brie… et que le Provolone et l’Edam étaient des fromages français mais ça partait d’une bonne intention. C’était proposé avec du champagne, de toute façon, alors ça en dit long sur la gastronomie locale). A la fin de mon tour, je suis tombée en amour devant les dix mètres linéaires de boucherie- poissonnerie. Enfin ! enfin j’avais trouvé du poisson et de la viande. FRAIS. Je me suis approchée pour voir ça de mes yeux. Aucune étiquette sur le saumon. Je pose donc ma question « Is it color added ? » Le gars a failli mourir et m’a regardée genre « pas de ça chez nous ». J’en ai pris une belle tranche qui a nourri 3 personnes et m’a coûté 8$. J’ai aussi pris un rôti de bœuf (noté 4/5 en termes de condition d’élevage-abattage) qui a fait 3 repas pour 3 et m’a coûté 13$. Bref, pas plus cher que dans mes courses de mon ancienne vie.

 

Le problème principal reste que je ne peux pas me rendre dans tous ces magasins toutes les semaines. Trop de temps à passer, trop d’essence à brûler. Donc il faut que je fasse une liste précise, une rotation précise, un remplissage précis en quantité, etc. Il faut que j’optimise ma tournée, comme on dit dans la logistique… Mais je sais maintenant que je peux trouver du poisson fraichement péché (45min de la côte quand même), de la viande bien élevée, de la farine non enrichie, du maïs bio et du dentifrice gentil pour mes gencives. Ca va un peu mieux.

La prochaine fois, je vous parler de l'approvisionnement en fruits et légumes : marché local, supermarché, "veggie box" livrée à domicile...

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