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Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Permis de rouler

Le 21 février dernier, j’ai eu mon permis. Mon permis californien. Car, oui, c’est un fait, les Etats-Unis d’Amérique sont bien une fédération : chaque Etat a « son » permis et « ses » règles d’équivalence pour les étrangers ou les nationaux qui changent d’Etat. En Californie, qu’on se le dise, on a dix jours pour être en règle. Cette bonne blague !

 

Autant vous dire que ce n’était vraiment pas gagné d’avance et que sans l’acharnement de mon amie (appelons-la G.) à me soutenir et à me botter les fesses pour y aller, je serais encore probablement nouée d’angoisse à chaque fois que je croise le pare-buffle du sheriff local.

 

Je pense que mes chances étaient largement hypothéquées lorsque j’ai commis cette « critical error » au bout de trois minutes de conduite… laquelle ? j’ai amplement mordu sur la ligne du stop. Pourquoi ? Parce que les lignes sont positionnées environ 5 mètres avant les intersections et que du coup on ne voit rien. La bonne pratique, je l’ai apprise ce jour-là, consiste à marquer l’arrêt au stop puis à rouler tout doucement pour s’avancer et vérifier qu’il n’y a personne. Enfin si je réfléchis bien, mon problème c’était aussi le freinage.

En fait, je pense que tous mes problèmes ont commencé quand il s’est mis à pleuvoir. Comment ça il pleut en Californie ? Eh ! bien c’est une découverte intéressante, je vous l’accorde. Oui, il pleut en Californie, parfois. Mais quand il pleut, mes amis, quel déluge ! et surtout… quelle piscine ! les surfaces ne sont guère pensées pour l’écoulement de l’eau alors tout glisse, tout flotte, tout ruisselle… et rien ne freine (bien). C’est sûr, la pluie et cette ligne de stop 5 mètres avant l’intersection auraient dû avoir raison de mon permis.

Maintenant que j’y pense, ce problème de frein aurait pu être évité si j’avais conduit mon propre véhicule qui freine beaucoup mieux.

En Californie on passe le permis avec le véhicule de son choix, normalement celui avec lequel on apprend à conduire. Mais ma fidèle Goldie était une fois de plus chez le garagiste pour une opération à moteur ouvert. J’avais (difficilement) obtenu le prêt de son véhicule par mon mari. Et ce n’était pas tout-à-fait la même chose… D’ailleurs le problème de ce véhicule ce ne sont pas seulement les freins. Il y a aussi la direction qui tire sur la droite et l’accélération plus que poussive (option veau). Passons…

Quand deux jours avant le rendez-vous pris pour le passage de l’examen « behind the wheel » le « check engine light » de mon PT Cruiser s’est mis à briller, je me suis dit que les carottes étaient à point… j’ai appelé mon amie G. qui devait m’accompagner pour lui faire état de la situation et laisser entendre que j’allais annuler le rendez-vous. On avait eu un mal  de chien à s’organiser pour pouvoir aller au rendez-vous alors elle ne l’entendait pas de cette oreille. Je sais ce que vous allez me dire : « quoi ? à presque quarante ans tu as besoin d’une copine pour t’emmener au permis ? Allez, arrête ton char Ben Hur ! » Moi, du fond du cœur, j’adore mon amie G. mais je me serais bien passée de sa présence, rassurez-vous. Non, non, c’est l’Etat de Californie qui demande que le candidat au test de conduite soit accompagné par une personne dotée d’un permis californien en bonne et due forme. Si on réfléchit c’est logique parce qu’ici, on passe le code et si on l’a, on a un semi permis de conduire qui permet de conduire un véhicule avec, à côté de soi, une personne qui a le permis californien et qui enseigne et surveille. Ce bon samaritain (papa ou maman en général) emmène donc le candidat au permis et c’est pas plus compliqué que cela. Bref ce processus n’a pas été imaginé pour des étrangers déjà conducteurs… ce qui ne les dispense pas de devoir se présenter avec un détenteur du permis californien.

Forte de cette autorité, mon amie G. me suggère donc de réquisitionner aimablement le véhicule de mon mari (qui, non, ne s’était pas proposé de me le prêter). Deux tentatives un peu vaines ont alors raison de ma (faible) motivation : bof, c’est compliqué, j’ai pas envie de prendre un Uber pour aller bosser, et puis il faut enlever mon cache-plaque arrière, et puis il faut le papier de l’assurance, et puis il faut coller la vignette de 2018…

G. ne lâche rien : elle me propose même de me prêter sa voiture (une Audi A4 (edit, une audi A3)… non mais où a-t-elle la tête ? elle ne m’a jamais vu conduire ma Twingo dans Paris c’est certain) et de me faire conduire dans son allée pour que je me fasse au gabarit du véhicule.

Je trouve cela ridicule et je finis par dire à mon mari que je vais me débrouiller pour régler tous les points bloquants afin de pouvoir utiliser son véhicule et que lui il ira en Uber et voilà voilà. Fière de moi, j’envoie un SMS à G. pour lui confirmer que finalement on ira bien au rendez-vous le lendemain.

Il est 21h, il fait nuit, il fait froid, il pluviote, je suis sur le pas du garage avec un tournevis et la checklist des points de contrôle du véhicule.

Ah ! oui… la checklist. A bien y réfléchir c’est sans doute là que tout a commencé… quand je suis allée au premier rendez-vous pour passer le permis de conduire, accompagnée du mari de mon amie G. qui gardait mon deuxième dans une poussette pendant que je commençais le test. Le test commence par une inspection du véhicule selon une checklist qui vise à valider que le véhicule est en bon état et que le conducteur connait les commandes. C’est là que la gentille dame m’a dit qu’on ne pouvait pas faire le test parce que mon feu stop gauche ne fonctionnait pas. J’ai essayé plein de trucs, le mari de mon ami G. a tapé sur le phare mais rien n’y a fait. Impossible de passer le test. Je l’avais vraiment mauvaise, surtout que j’avais miraculeusement reussi à franchir la première barrière administrative de l’examen alors que je n’avais pas apporté les bons documents… Bref, quand ça veut pas, ça veut pas.

Me voici donc dans la nuit avec ma checklist. Je pars faire quinze minutes de road trip avec la voiture pour la prendre un peu en main. Quand je reviens pour me coucher, mon mari me dit « tu sais il faudra que tu fasses la pression des pneus demain. Et les essuie-glace sont en très mauvais état mais tu dois juste montrer où ils sont donc ça ne posera pas de problème. Bonne nuit. » C’est cela, oui, bonne nuit…
Nuit atroce. Les enfants qui se réveillent tour à tour et sans aucune raison. A l’aube (enfin il fait encore nuit), j’ai dû dormir quatre heures, mon mari qui est aussi réveillé mais reste dans son lit me dit « tu vas rire, il va pleuvoir aujourd’hui ! du coup je pense qu’il faut que tu changes les balais d’essuie-glace. » Je n'ai pas ri. 

C’est ainsi qu’après avoir essayé de survivre à une matinée de grosse fatigue, après avoir emballé une lunch box, habillé deux enfants récalcitrants et mis tout le monde dans la voiture (de mon mari), je me suis retrouvée à Autozone (une sorte de Speedy local) pour acheter des balais d’essuie-glace et à la station Chevron la plus proche à faire la pression des pneus (75 cents quand même).

J’ai attendu la baby-sitter puis je suis partie pour l’examen. Le rendez-vous le plus tôt que j’avais pu reprendre après mon premier échec administratif était à proximité de San Francisco (autant dire bien loin de chez nous, à quarante-cinq minutes de route). Quand je suis arrivée et que j’ai retrouvé mon amie G. qui avait ses deux marmots avec elle, super fatigués pace que c’était l’heure de la sieste et que nous devions faire attendre avec moi dans la voiture fermée et sans rien faire, je me suis demandé si c’était vraiment une bonne idée. Au moins cette fois j’avais les bons papiers et le véhicule était strictement conforme.

Devant moi il y avait quatre candidats qui attendaient sous le soleil. Quand mon tour est arrivé, l’examinatrice a descendu la checklist de contrôle du véhicule puis s’est installée à côté de moi pour commencer. Elle m’a demandé d’aller tout droit puis à droite. J’ai commencé à rouler et à ce moment-là, un déluge d’eau s’est abattu sur nous. Ensuite, j’ai mordu sur la ligne de stop. Puis je me suis rabattue dans la voie de droite après avoir tourné à gauche (apparemment ici ça ne se fait pas). Puis j’ai collectionné les petites erreurs de ce type.

A la fin de l’examen, cette dame extrêmement désagréable et froide m’explique que j’ai fait énormément d’erreurs et me demande si je vais m’entrainer. « Sure I will » car que répondre d’autre ? J’en avais marre… j’étais épuisée. Nuit sans sommeil, yeux rouges et qui pleurent, vieux pull plein de cambouis d’essuie-glace et de pneu, cheveux gras, amie avec ses enfants qui hurlent sur le parking, quarante-cinq minutes de route, pluie, voiture vraiment pas récente ni reluisante ni rien du tout… Elle me tend un papier, descend du véhicule et par la fenêtre entrouverte crie à mon attention « go to window 15. » J’essaie de comprendre ce qui est inscrit sur le document et comme je n’obtempère pas elle revient et hurle jusqu’à ce que je sorte de ma voiture pour retourner dans le bâtiment faire la queue au guichet 15. Je patiente environ 5 minutes puis, toujours pétrifiée, tend mon papier à la préposée. Elle me regarde avec un grand sourire et dans un accent asiatique mais néanmoins très local me gratifie d’un grand « congratulations ! you will receive your drivers licence within 15 days. Next, please. »

 

Les émigrants volontaires en Californie qui souhaitent passer leur permis (bref tout le monde de plus de 16 ans), pourront trouver toutes les informations utiles sur le site du DMV californien : ici. Comme en France, il y a un examen théorique (le code) et un examen pratique (la conduite). Le coût total de l’opération est de trente-cinq dollars pour trois essais (oui c’est la seule chose réellement moins chère qu’en France que j’ai trouvée sur place).

Pour passer le code, il faut se rendre sur un site physique du DMV. Tous les sites du DMV sont listés sur le site web du DMV californien. Il n’est pas obligatoire de prendre RV mais c’est vraiment plus pratique car sinon on peut faire jusqu’à deux heures de queue dehors sous le soleil. Si on a pris RV, on attend 15 minutes à l’intérieur.

La liste des documents nécessaire est fournie sur le site web du DMV mais pour les étrangers de plus de 18 ans il faut : le I94 le plus récent, le passeport avec le visa, le numéro de SSN si vous en avez un et sinon pas besoin du numéro de SSN, deux justificatifs de domicile (j’ai pris mon bail de location et mon relevé bancaire).

Sur place il faudra remplir un formulaire dont la seule originalité est de demander votre taille en feet et en inches. Le reste est très standard.

Une fois le document rempli et muni de vos justificatifs, vous serez appelé à un guichet pour enregistrer votre demande de permis et vous faire passer un test de vision. Il y a une plaque avec des lettres à 3 mètres derrière la guichetière, on a tout le temps de les apprendre par cœur pendant qu’elle remplit le dossier, on masque un œil, on lit, on masque l’autre œil, on lit et c’est fini. On paie (pas de carte de crédit, uniquement débit ou cash). Puis on change de guichet pour préparer le futur permis de conduite. Quelqu’un prend l’impétrant en photo puis assigne un ordinateur pour passer l’examen théorique.

L’examen se compose de 35 questions (on peut faire le test en français si on veut). On peut avoir trois erreurs. Il est possible de zapper jusqu’a trois questions auxquelles on ne sait pas répondre et d’avoir une autre question. Les réponses fausses sont signalées au fur et a mesure de l’examen. Il n'y a pas de durée précise, chacun peut aller à son rythme. Quand on a fini, on se présente au guichet « correction » et on a la confirmation qu’on a réussi. Le guichetier remet un document qui correspond à un permis de conduire pour apprenti qui donne le droit de conduire avec une personne munie d’un permis californien et qui saura nous apprendre à conduire et pourra, le cas échéant, prendre la main sur le véhicule.

Le lendemain on peut se connecter au site web du DMV californien pour trouver un rendez-vous pour l’examen pratique (behind the wheel). Les dates proposées dépendent des lieux sélectionnés. On ne peut pas rechercher par date donc il faut passer en revue toutes les dates possibles pour les lieux que l’on peut rallier facilement.

Le jour dit, on se présente au DMV auquel on a rendez-vous accompagné d’une personne ayant un permis de conduite californien. Sans faire toute la queue, on se rend directement au guichet des tests « behind the wheel ». On présente les papiers du véhicule (le document sur lequel est collée la vignette annuelle de la voiture), ainsi que l’assurance et le permis de conduire de la personne accompagnatrice. On ressort de là avec une liasse de documents attachés par un trombone, on pose le tout en évidence sur le tableau de bord et on range son véhicule dans la queue.

Lorsque son tour arrive, l’examinateur procède à un contrôle du véhicule : phares, feux, vitres, etc. En fait il descend une checklist pour vérifier l’état du véhicule et votre connaissance de votre voiture : comment mettre le dégivrage, où actionne-t-on les essuie-glace, le klaxon, les warnings.

 

Il demande également de montrer les signes manuels pour indiquer que l’on tourne à droite ou à gauche ou qu’on s’arrête.

 

Si la checklist est validée, l’examinateur monte dans le véhicule et on commence à conduire. Si le test est concluant (15 points de faute au maximum sans erreur éliminatoire ou critical error), alors le permis est acquis. On gare son véhicule, on retourne à l’intérieur, on fait la queue, on présente sa fiche de score et on entend    « congratulations. » On repart seul au volant de son véhicule avec un permis provisoire en papier en attendant de recevoir le sien par la poste sous deux semaines.

 

Roulez jeunesse !

 

 

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