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Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Le capitalisme est-il moral ?

Jeudi soir, c'était enfin à nous de juger sur la deuxième chaîne du service public. Arlette Chabot avait invité afin de décider ce que nous avions à craindre de l'économie actuelle, Elisabeth Guigou, Christine Lagarde et Laurence Parisot.

Première réflexion que pouvait inspirer ce casting : les Anglais n'ont pas tort lorsqu'ils jugent la politique française à l'heure du voyage officiel quand ils se demandent « où sont les boudins ? » de la politique française...

Deuxième constat, la classe politique actuellement au pouvoir se rengorge jour après jour des excellents chiffres du chômage de type 1 qui serait en net recul. Tellement net, nous disait alors Laurence Parisot, que pour la première fois depuis bien longtemps nous pouvons rêver d'atteindre le plein emploi... y ‘a pas à dire, c'est beau l'progrès. On passe évidement sur la précarisation des travailleurs qui, s'ils sont plus nombreux à bénéficier d'un contrat de travail, sont également plus nombreux à travailler trop peu pour subvenir à leurs propres besoins. Enfin bon, on ne va pas chipoter tout de même, le plein emploi justifie certainement les largesses que s'octroient les patrons des grandes entreprises.

J'en profite pour m'indigner de deux choses corollaires : Guillaume Pepy a remplacé Anne-Marie Idrac à la tête de la SNCF. Monsieur a fait un caca nerveux, appelons un chat un chat, pour se faire adouber calife à la place du calife et récupérer ainsi le fruit du travail de L . Gallois et de A.-M. Idrac dont les efforts ont permis de dégager un bénéfice de 170 millions €. Je ne trouve pas normal 1/ de remercier quelqu'un de performant de la sorte ; 2/ de n'avoir pas rencontré dans la presse ou l'avis général de condamnation explicite de ce remplacement. A l'heure de la parité, c'est un peu limite, non ?
Deuxième réflexion, j'ai lu dans Marianne que le bénéfice engrangé par la SNCF n'était pas louable car l'objectif d'un service public n'est pas le profit mais le service rendu au public. Je me permets de rappeler à l'auteur que les recettes engrangées par le service public permettent d'investir dans son développement sans creuser le déficit budgétaire de l'Etat. Evitons donc de tirer sur l'ambulance et revenons-en à nos moutons.

Alors que c'était à nous de juger, donc, Laurence Parisot et Christine Lagarde, empêtrées dans un verbiage visant à aliéner le téléspectateur, noyer le poisson et dédouaner le patronat, ont sorti l'argument qui fait mouche : enfin, réjouissons-nous tout de même d'évoluer en France dans une sphère économique construite autour d'entreprises citoyennes respectueuses d'une indéniable éthique et pourfendeuse de la morale universelle.
« Ah ! non, c'est trop facile », pérorai-je en me redressant tout de go dans mon fauteuil.
Je traversai prestement le salon et tendis à mon mari le dernier livre lu en la matière Le Capitalisme est-il moral de André Comte-Sponville. J'aime beaucoup la couverture de l'édition de poche : un patron (enfin je devine que c'en est un) fume un barreau de chaise roulé dans un billet de banque. Je ne connaissais pas du tout l'auteur. Je pensais qu'il arriverait à la conclusion que oui, le capitalisme peut être moral. Et puis en tournant les pages de cet ouvrage, ni plus ni moins que les notes des conférences qu'il a réalisé sur ce thème, je me suis rendu compte qu'il était véritablement ulcéré par cette idée d'une entreprise morale, qui semblait plus un alibi qu'une solution. A la fin de cet opus figurent les questions posées par les auditeurs et les réponses du conférencier. C'est le meilleur de l'ouvrage mais pour les apprécier, il faut lire la propédeutique. On y découvre toute une myriade de patrons en colère devant ce refus d'admettre que leurs entreprises (et donc le capitalisme) sont morales. Eh ! bien moi, je suis bien contente que certains mettent ainsi les pieds dans le plat. Honnêtement, est-ce bien le rôle d'une entreprise d'être morale ? je ne crois pas.
Je le crois d'autant moins que la moralité des entreprises citoyennes qui nous entourent constitue essentiellement un alibi pour :
- demander aux salariés de se lever plus tôt
- demander aux salariés d'aimer leur emploi et d'y être heureux plutôt que d'accepter qu'ils viennent y chercher un salaire
- demander aux salariés de travailler plus « à l'œil »
- demander aux salariés de mettre en œuvre une flexibilité que l'entreprise n'a pas à leur égard
...

Au final, qu'en a-t-on à faire de savoir si le capitalisme est moral ou non ? Pas grand-chose, je vous l'accorde. Le capitalisme reste le capitalisme, un système de production de la richesse parmi d'autres, il faut s'en souvenir. La morale doit avoir un autre champ d‘exercice. Elle ne doit pas être l'otage d'une pudibonderie économique qui aurait peur d'appeler les choses par leur nom. Le capitalisme est un système inégalitaire mais jusqu' à présent, c'est le seul à avoir fait ses preuves. Je dis jusqu'à présent car je ne désespère qu'une autre forme d'organisation économique puisse émerger, grâce à la mondialisation, grâce à la société civile, grâce à la circulation de l'information qui constitue souvent l'antichambre de l'indignation populaire.

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