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Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

L'homme sans qualité

Pour Noël et à sa demande, mon ami B. a offert à sa mère les deux premiers tomes de l'Homme sans qualité  de Robert Musil. Je dis les deux premiers tomes car je crois désormais savoir qu'il en existe un troisième, qu'il s'agit de toute façon d'un roman inachevé et qu'il est essentiellement composé de plus de 120 chapitres brefs.

Cet achat de Noël m'a beaucoup intriguée.
Je n'ai pas lu L'Homme sans qualité et je ne connais pas Robert Musil mais cet achat m'a beaucoup intriguée et j'ai décidé de parler ici de ce livre que je n'ai pas lu d'un auteur que je ne connais pas.

La première fois où j'ai entendu parler de L'Homme sans qualité  c'était dans un ouvrage de Pierre Bayard très justement intitulé Comment parler des livres que l'on n'a pas lus. Tout au long de sa démonstration, l'auteur utilise un certain nombre d'ouvrages plus ou moins connus (plutôt plus que moins) pour émailler sa réflexion : Changement de décor et Cie de David Lodge, Le Nom de la Rose  d'Umberto Eco et L'Homme sans qualité de Robert Musil. Je ne me souviens pas d'un traitre mot de ce que j'ai lu à propos de ce livre et ce dans un ouvrage qui expliquait comment parler des livres que l'on n'a pas lus. Grace à mon ami Google, je me rappelle ce que cet homme sans qualité  vient faire au milieu de tout cela : il y est question d'un bibliothécaire qui prend connaissance non des ouvrages de la bibliothèque mais de l'intégralité des catalogues.

La deuxième fois que j'ai entendu parler de L'Homme sans qualité, c'était sur une table de librairie il y a trois semaines de cela. J'ai juste noté que l'ouvrage était exposé, mais pas trop en vue et qu'il existait bien. Cela m'a vaguement rappelé quelque chose, une référence à ce qui devait, pouvait avoir été lu et oublié, entre l'ouvrage de Pierre Bayard et la référence à Lire les classiques d'Italo Calvino.

La troisième fois ce fut lorsque mon ami B. me dit qu'il cherchait ce livre pour l'offrir à sa mère. Je dirai que je l'ai retrouvé assez facilement sur la table du libraire. Je pense que c'était le même exemplaire que quelques semaines plus tôt. Je crois que c'est le genre d'ouvrage dont le stock s'épuise lentement.

Dès la caisse j'ai voulu comprendre pourquoi / comment quelqu'un pouvoit souhaiter lire ce livre qui me poursuivait un peu. Ce qu'il renfermait. Ce qu'il disait. Ce qu'il m'apprendrait. Sans le connaître, je le classai d'emblée dans la catégorie initiatique, avec Le Loup des steppes d'H. Hesse, Les Chemins de la liberté  de J.-P. Sartre, La Chute de Camus, la trilogie USA de Dos Passos (42° Parallèle, L'An premier du siècle, La grosse Galette). Il s'agit forcément d'un livre où, à défaut de trouver des réponses, on trouve beaucoup de questions pour nous faire avancer. Une sorte de roman maïeutique.

Au fond  il y en a peu qui sachent encore, au milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver à ce qu'ils sont, à leurs distractions, leur conception du monde, leur femme, leur caractère, leur profession et leurs succès ; mais ils ont le sentiment de n'y plus pouvoir changer grand-chose. On pourrait même prétendre qu'ils ont été trompés,  car on n'arrive jamais à trouver une raison suffisante pour que les choses aient tourné comme elles l'ont fait; elles auraient bien pu tourner autrement; les événements n'ont été que rarement l'émanation des hommes, la plupart du temps ils ont dépendu de toutes sortes de circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes, ils leur sont simplement tombés dessus à un moment donné. (...) Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est accroché à eux, ici agrippant un poil, là entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillotés jusqu'à ce qu'ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne corresponde que de très loin à leur forme primitive.



J'ai lu quelque part qu'il fallait, pour le lire, le lire vraiment, de solides références et un certain courage. En serais-je capable ?


Crédits : photo de Robert Musil par le Leo Black Institute
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A
Marrant, L'homme sans qualités est un de mes livres préférés que je n'arrête pas de lire..je l'ai lu à 16 ans, mais il y a trois-quatre ans, j'ai voulu le relire en français. Mais je ne veux pas le finir, du coup je m'arrête pendant des mois et des mois et je reprends. Enfin, je ne sais pas jusqu'à quand ça va durer..
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A
<br /> pareil pour moi. Je fais de grandes pauses...<br /> <br /> <br />