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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

6 réponses à la question "Excusez-moi, est-ce que je pourrais m'asseoir s'il vous plaît ?"

Je prends les transports en commun parisiens au moins deux fois par jour. Parfois plus. J'ai très vite décidé de ne pas attendre d'avoir un ventre énorme pour m'asseoir entre mes deux correspondances (pour 15 minutes je ne dis pas, pour 50 minutes c'est une autre histoire).

 

Une femme enceinte, messieurs qui lirez peut-ête ce billet, a besoin de s'asseoir pour : éviter de vous vomir sur les pied au premier trimestre de la grossesse, éviter d'avoir des contractions désagréables ou de s'épuiser inutilement à se maintenir debout brinquebalée par les transports en commun au deuxième trimestre, éviter la fatigue liée à la station debout au troisième trimestre. Merci donc de lui céder votre place quelle que soit la proéminence abdominale qu'elle présente. 

 

Subtilité des transports parisiens et de la ligne de métro n°13, celle que tout le monde redoute d'emprunter au moins autant que le RER D, celle qui a des portes automatiques pour éviter que les gens ne tombent sur les rails sous la pression de la foule, celle sur laquelle on fait la queue jusque dans les escaliers d'accès au quai (parfois bloqués par des agents RATP inquiets d'accidents possibles), oui cette ligne 13 (et quelques autres à des heures de pointe, comme la n°9), vous impose de commencer par demander "excusez-moi Madame, je voudrais passer par-là et demander une place à quelqu'un parce que je suis enceinte". Cette étape passée (il faut expliquer aux gens que non, là, vous ne parviendrez pas à vous glisser dans les 23 cm de libre, même en biais, même en portant votre ventre au-dessus de votre tête, de toute façon), il faut poser la question fatidique "excusez-moi, est-ce que je pourrais m'asseoir s'il vous plaît, parce que je suis enceinte ?".

 

 

S'ensuit un sympathique manège qui dure généralement de 15 à 45 secondes. Les femmes regardent autour d'elles s'il y a des hommes. S'il y a des hommes, elles leur lancent des regards appuyés. S'il n'y a que des hommes, ils sont subitement absorbés par leur smartphone (jeux vidéo, livre, ce que vous voulez) et ne vous entendent pas. S'il y a une femme et qu'aucun homme ne se lève, elle va faire mine de se lever en râlant. Peut-être qu'un homme finira par se lever en 1/ rechignant et 2/ s'excusant de ne pas nous avoir entendue. S'il n'y a que des hommes et qu'ils sont tous extrêmement impliqués dans leur activité (dormir, écouter de la musique, jouer à un jeu vidéo), on en choisit un (plus ou moins au hasard avec une préférence pour 1/ celui qui nous a vue et a rebaissé les yeux en priant pour que ça ne tombe pas sur lui, 2/ celui qui a moins de 30 ans et joue à des jeux vidéo, 3/ celui qui nous a poussé pour prendre la place avant nous), on lui tapote doucement sur l'épaule et on redit (bien fort, pour que tout le monde soit indigné) : "excusez-moi monsieur, je suis vraiment désolée de vous demander cela mais je suis enceinte, pourriez-vous s'il vous plaît me laisser votre place."

Il est notable de constater que ce sont les gens debout, très mécontents de l'être et de ne pas avoir eu la place avant grosse, là, qui les a poussés pour la prendre, ou du jeune, là, même pas fatigué du haut de ses 18 ans, qui sont les plus enclins à faire un esclandre pour que la grosse ou le jeune vous laissent la place. Ils se sentiront ainsi moins seuls debout.

Ethologiquement parlant, c'est une expérience dure mais enrichissante.

 

 

Revenons-en à la question fatidique.En règle générale, les gens cèdent leur place de plus ou moins bonne grâce. Certains ronchonnent un peu, certains sont très aimables. On ne m'a pas encore dit non, c'est vrai, mais j'ai pu collecter quelques réponses assez éloquentes.

 

- sur la ligne L, un homme de 35 ans, après m'avoir toisée de la tête aux pieds : "heureusement que vous le dites, on ne s'en douterait pas." Réponse "si vous voulez, je peux vous vomir sur les pieds". Il avait des chaussures italiennes. Il s'est levé. 

 

- sur la ligne 13, un homme de 50 ans qui m'a bousculée pour prendre la place libre, alors que je demande à un jeune homme en face de lui de se lever : "Moi, malgré mon âge et mon handicap, je vous aurais laissé ma place, madame. Mais y'en a mare des petits bourgeois." Là, on n'a rien à répondre et comme on est assis, on s'en moque.

 

- sur la ligne 10 un homme d'une trentaine d'années qui sentait fortement la bière et le tabac (il devait être 17h) : "oui, évidemment, tenez, je me lève. Enfin félicitations. Enfin je ne sais pas trop ce qu'on dit dans ces cas-là mais enfin bravo, madame, hein, bravo".

 

- sur la ligne 13, un jeune de 25 ans avec un livre dans la main et un sac à dos. Il me regarde complètement interloqué. La voisine, enceinte aussi, enfourne une paille d'or framboise et lui dit "she needs to seat, she's pregnant". Son livre c'était un guide touristique en allemand. Il ne s'est quand même pas levé. Et dire qu'on nous bassine avec les Teutons qui parlent si bien l'anglais...

 

- une femme de 45 ans, debout dans la ligne 13 à qui je demande de me laisser passer pour aller demander une place parce que je suis enceinte : "et moi j'ai mal aux jambes". Ah... "et ça doit m'empêcher de m'asseoir ?" elle a fini par se pousser.

 

- sur la ligne L, un jour de grève avec un train toutes les 20 minutes. J'essaie de monter dans le wagon et je demande aux gens de me laisser une place en disant que je suis enceinte. J'entends fuser un "mais madame, quand on est enceinte c'est pas la peine de prendre le train, là, faut rester chez vous." C'était trop. J'ai même pleuré un peu.

 

 

Une prochaine fois, je vous parlerai de la carte de priorité dans les transports en commun.

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Galatée M. 18/06/2017 11:59

Vous avez un certain âge. Vous entrez dans le métro. Une personne assise vous cède sa place. Ou bien une personne (assise ou elle-même debout) vous indique une place assise libre en vous disant de vous asseoir (la place est parfois juste devant vous, vous avez des lunettes… et vous n'avez rien demandé…). Vous répondez en souriant : "Merci, je préfère rester debout."L

La personne prend alors un air stupéfait ou contrarié… ou se met à rire (et… d'autres à côté avec elle…) ! Souvent, une autre intervient comme si la première avait besoin d'être défendue (?) pour vous expliquer que "c'est gentil".

Comment faire comprendre à ces gens que "Merci, je préfère rester debout" (avec un sourire aimable et franc) n'est pas une insulte, que ça ne veut même pas dire : "Ce n'est pas gentil" ou "Je n'ai pas compris que c'était gentil ; j'ai besoin qu'on me l'explique" mais tout simplement… "Je préfère rester debout" ?

Question subsidiaire : j'ai posé cette question sur d'autres forums où on répond aux autres questions. Jamais de réponse à la mienne. POURQUOI ??????…

Bien cordialement.