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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

L'ENA pour les nuls, et na !

 

La semaine dernière, mettant à profit ma disponibilité professionnelle actuelle et comme je m’y étais engagée auprès d’un certain nombre de mes lecteurs, j’ai usé mes fonds de culotte sur les chaises en plastique moulé de l’espace Champerret, à plancher sur les épreuves d’admissibilité du concours externe de l’Ecole Nationale d’Administration.

 

Evidemment il est, de prime abord, des façons plus réjouissantes de passer ses vacances. D’ailleurs je n’avais aucunement ressenti le besoin de m’y frotter ces dix dernières années qui ont suivi l’obtention de mon diplôme en sciences politiques. En mon temps, j’avais bien consacré quelques après-midi au concours de secrétaire général des affaires étrangères, cadre d’orient. J’étais alors la plus jeune concurrente, du haut de mes 22 ans.

 

Pourquoi être ainsi rattrapée à 32 ans par des envies de fonction publique ? Comme souvent les paris les plus fous, cette tentative est le fruit d’une rencontre avec la stagiaire ENA qui a travaillé quelque temps dans mon service à l’été 2011 et qui avait aussi attendu dix ans avant de passer le concours.

Après réflexion j’ai décidé de présenter une candidature libre, c’est-à-dire de ne bénéficier d’aucune préparation officielle (ni même officieuse, je vous rassure), en vue des épreuves du concours externes avec l’objectif d’obtenir une moyenne de 5/20.

 

Comme tous les concours de la fonction publique, celui de l’ENA est décidé par décret publié au journal officiel. C’est à compter de cette date de publication que les inscriptions sont ouvertes, en général mi-mars et cela jusque à la fin mai. Le concours est gratuit et accessible en externe à toute personne qui peut justifier d’un diplôme sanctionnant trois années d’études supérieures, sans limite d’âge ni restriction de nationalité, ce qui devrait a priori favoriser la pluralité des candidatures. Il n’en est évidemment rien !

 

Les cinq épreuves d’admissibilité, trois matières obligatoires et deux dont le choix est optionnel, se déroulent tous les après-midi de 13h30 à 18h30 pendant cinq jours.

Très rapidement, en arrivant au centre d’examen, on prend la mesure de l’uniformité des candidats, en tout cas externes. La plupart semblent avoir entre 22 et 25 ans, viennent en bande et sont habillés de manière identique. Ayant tous suivi un cursus préparatoire sévère, qu’il s’agisse d’une « prep’ENA », d’un master de sciences po ou d’un double diplôme avec une école de commerce, ils savent exactement à quoi s’attendre. Ce qui n’était pas mon cas, évidemment. Ils savent tous qu’il n’est pas autorisé de garder sa trousse sur sa table (ils ont des pots à crayon), qu’il est toléré d’avoir des moyens de subsistance (la plupart du temps dans des boîtes transparentes), que les copies à l’en-tête de l’ENA sont dépourvues de lignes (ils ont tous des « feuilles lignées » en réserve dans une pochette évidemment transparente et une paire de trombones pour tenir la feuille lignée dans l’axe car la copie de l’ENA est de dimension 29x32, ce qui n’est pas le cas de la feuille lignée). Avant le début de l’épreuve, ils sortent qui son petit réveil de poche, qui ses boules Quies, enlèvent leurs chaussures, se versent une rasade de café de leur thermos. Moi qui venais là en dilettante, je me retrouve confrontée à de véritables professionnels.

 

Pour autant, la culture de l’examen reprend le dessus et mes trucs d’étudiante se rappellent à moi : c’est ainsi qu’à ma grande surprise je me retrouve à découper chaque feuille de brouillon en deux pour ne pas pouvoir écrire de phrase longue qui, à mon sens, pénalisent la réflexion.

Les cinq dernières minutes avant le top départ, les sujets sont distribués, face imprimée vers la table. Si la feuille est positionnée sur une copie vierge ou sur un brouillon, on peut deviner par transparence ce qui est y écrit à l’envers. Des interjections discrètes fusent… je suis stupéfaite que mes compétiteurs soient à une minute près ! Et puis l’épreuve commence « vous avez cinq heures » et dans un bruissement généralisé, les sujets se dévoilent.

 

Lundi la composition portait sur le droit public. Déjà, étudiante, ce n’était pas la matière dans laquelle je brillais particulièrement. Je me souviens, non sans nostalgie, de mon oral de droit administratif de juin 2000 : « Mademoiselle D***, vous êtes la honte des étudiants français. Qui ne connaît pas cet arrêt ? L’arrêt … ? L’arrêt … ? L’arrêt Nicolo, Mademoiselle. L’arrêt Nicolo. »

Douze ans, deux mois et sept jours plus tard, je me demandais encore à quoi, déjà, avait servi cette jurisprudence lorsque je découvris le sujet à traiter : « les collectivités territoriales dans la République ».  En gros et à mon avis, toute la problématique du sujet tournait autour de l’antagonisme entre l’indivisibilité constitutionnelle de la République à laquelle répondait l’organisation centralisée de son administration et l’émergence nécessaire de pôles d’organisation locaux, depuis les préfets jusqu’aux injonctions bruxelloises de subsidiarité. A quoi s’ajoutent, dans ma compréhension de la situation, des problèmes de moyens à disposition des collectivités avec un impact fort sur l’égalité des citoyens devant l’Etat lorsqu’il délègue ses compétences. Enfin il me paraissait intéressant de voir comment les collectivités résultaient en France d’une construction volontariste en vue de déconcentrer le pouvoir alors que dans les Etats où ces systèmes fonctionnaient le mieux, l’histoire était allée dans l’autre sens avec une fédération des niveaux les plus locaux.

 

Mardi l’épreuve portait sur un sujet d’économie. Franchement terrifiée par ce que j’avais lu dans les annales (quels prix pour quels marchés ?) et angoissée à l’idée de me retrouver à nouveau en butte à des théories de micro-économie que je ne comprenais ni n’approuvais, j’ai été soulagée de découvrir la question : « efficacité des mesures de sauvegarde de l’emploi en période de crise ».

J’ai choisi d’exposer les moyens d’actions à disposition (action sur la demande de travail, intervention sur les plans de suppression d’emplois, formation des travailleurs en adéquation avec les besoins économiques, réduction du coût du travail par défiscalisation ou création de zones franches), au regard de leurs coûts, avec l’idée que l’efficacité de ces mesures ne se percevrait que sur le long terme et sous caution d’un endettement accru de l’Etat qui devrait être compris comme un investissement lui évitant les coûts de gestion et de reclassement de ses chômeurs tout en maintenant sa compétitivité dans l’économie mondiale. En conclusion j’ai comparé le traitement de la crise de 1929 via l’instauration du New Deal par F.D. Roosevelt, à la réponse apportés aux récessions dues aux chocs pétroliers par les administrations Reagan et Thatcher.

 

Mercredi, je pensais bénéficier d’un léger répit, en m’attelant à la culture générale. Il n’en fut rien, le sujet provoquant une véritable interrogation dans la salle : « l’individu est-il encore la mesure du siècle ? »

Face à une telle question, et quand on ne connaît pas la citation de Protagoras qui dit que « l’homme est la mesure de toute chose », il n’y a qu’une solution : décortiquer chaque terme du sujet en prêtant attention à l’adverbe « encore » qui doit toujours, à l’heure où j’écris ces lignes, hanter l’esprit des candidats…

Dans une première partie, j’ai développé le basculement au fil des siècles de l’intérêt pour l’individu à l’individualisme. J’ai parlé de l’émergence de la notion d’individu qui serait (dans mon souvenir) une création de la modernité et de l’aliénation progressive dont il est le sujet au fur et à mesure que s’industrialise la société : taylorisme, régimes totalitaires, bureaucratie vide de sens…  jusqu’à aboutir au glissement de l’existentialisme à l’individualisme qui taraude nos sociétés actuelles, de l’abandon de l’Etat-providence à la multiplication du conditionnement individuel des produits agro-alimentaires (il faut savoir faire feu de tout bois). Dans une deuxième partie, j’ai cherché à montre que l’individu qui avait pris le pas sur l’histoire avait été rattrapée par elle à l’occasion de l’entrée dans le XXIème siècle, que j’ai arbitrairement datée au 11 septembre 2001, ces évènements tragiques ayant en effet forcé la société occidentale à comprendre le poids et la force des communautarismes qui annihilaient l’individu pour faire avancer une cause. La crise financière amorcée en 2007 a contribué à ébranler cette vision du monde avec une révolution comportementale des individus qui ont compris qu’ils doivent s’unir pour être puissants (class action, manifestations, …). Enfin au siècle actuel l’individu, qui était l’atome de la société et de l’histoire, a cessé d’intéresser progressivement la science au profit de l’infiniment grand, de la conquête de l’espace aux révolutions génétiques. Alors que j’ai vu sur quelques copies alentours des références à Stefan Zweig ou aux philosophes des Lumières, je ne vous cache pas que je m’en suis tenu à Kafka, Musil, Ray Bradbury et G. Orwell…

 

Jeudi, après trois jours sur la même chaise, nous avons quasiment tous changé de place pour la première épreuve « optionnelle ». Le dossier de questions relatives à l’Union européenne (c’était ça ou questions sociales) devait permettre de rédiger une note à l’attention du cabinet du ministre des Affaires étrangères, sur le contenu de l’accord commercial anti-contrefaçon et les débats qu’il avait suscité afin de proposer une position à adopter par la France en attendant que la Cour de Justice de l’Union européenne, saisie en l’espèce par la Commission européenne, statue sur la conformité de la convention à la charte des droits fondamentaux.

Les trente-trois pages ne se sont pas lues d’un trait et j’ai franchement perdu du temps à reprendre les extraits des traités sur l’Union européenne rappelant les mécanismes décisionnels à l’œuvre (un accord mixte = une procédure d’avis conforme, en gros). Le problème était surtout que je ne savais pas du tout ce qu’un Etat était en droit de faire en pareille situation. Je me suis donc imaginée rédiger une énième note pour mon chef, sans trop me préoccuper des conséquences juridiques.

Dans une première partie je suis donc revenue sur le contenu de la convention (une prolongation des accords ADPIC hors du cadre de l’OMC prenant en compte l’environnement numérique et supposée cibler le crime organisé et les contrefaçons commerciales) et les réactions associées à sa publication (la crainte des partenaires commerciaux sur l’acquisition de semences ou de médicaments génériques, l’amalgame (volontaire) du texte entre les marchandises commerciales contrefaites et la protection du droit d’auteur sur internet, l’atteinte aux droits et libertés individuelles avec la substitution des entreprises privées au juge, l’instrumentation des fournisseurs internet à une police privée et l’utilisation de données personnelles a priori protégées). Dans une deuxième partie, j’ai d’abord insisté sur le fait qu’il y avait de grandes chances, que la CJUE ne reconnaisse pas la conformité du texte aux principes de l’Union pour ses aspects de forme (respect de la procédure d’avis conforme sujet à controverse) comme ses aspects de fond (jurisprudence « SABAM »). J’ai ensuite estimé qu’une prise de position française pourrait s’avérer utile afin de ne pas perdre davantage de temps sur la mise en œuvre de mesures importantes pour la préservation de la compétitivité commerciale européenne (délai de réflexion de la CJUE souvent supérieur à un an) et que la solution pourrait être de suggérer comme l’autorise le titre 24 (ou 42) de l’accord, de renégocier le texte, notamment en fixant un moratoire sur l’environnement numérique le temps que la Cour statue, ce qui permettrait au reste du texte de s’appliquer.

 

Vendredi, je commençais à être sérieusement entamée pour aborder la dernière épreuve, science politique et administrative. Le sujet m’a paru tout à fait intéressant, quoi qu’à la limite du marronnier, et relevait presque d’une mise en abyme : « le poids des technocrates dans la vie politique ».

J’ai axé ma réflexion sur la sécurité que représentaient les technocrates experts au regard des politiques et de la démocratie plus aléatoires, plus lyriques, plus dangereux. Dans une première partie je suis revenue sur l'invention des technocrates au lendemain de la première guerre mondiale, la mise en place de la fabrique des technocrates (l’ENA) et l’avènement de l’Europe donnant toute sa caution à la technocratie. J’ai ensuite exposé que les écoles de la technocratie (on peut inclure polytechnique) avaient permis l’émergence d’une nouvelle élite politique qui a remplacé les anciennes à compter des années 1980 provoquant au sein de la société civile un sentiment croissant de dépossession des sujets politiques accentuant la perte de sens. Dans une deuxième partie, je me suis attachée à montrer la remise en cause progressive du tout technocratique et de ses travers (évaluation permanente, obsession du chiffre, tentation de la quantification dans une optique de gouvernance et d’efficience ayant un impact fort sur la vie locale en termes de modification de services publics) par la montée en puissance d’autres pôles de pouvoirs (associations de consommateurs, d’usagers, de parents d’élèves, etc.) et la tentation de plus en plus grandes des élites technocrates de se faire également plébisciter par le biais de scrutins locaux ou nationaux afin de justifier leurs actions dans la vie politique.

 

 

Cette dernière épreuve m’a semblée tout à fait à propos.

Comment ne pas s’interroger, au dernier soir du concours, sur la portée des évaluations que le jury fera du travail fourni ? Ce que je veux dire par là, c’est que l’Ecole Nationale d’Administration fabrique sa propre raison d’être d’année en année, en recrutant et en formant de futurs hauts fonctionnaires sur des critères qui me semblent discutables. Sur les 621 candidats encore présents à la dernière épreuve, on comptait peut-être 5% d’hurluberlus dans mon genre, dont la moitié à peine a dû passer ce concours sérieusement. A grosses mailles les 590 candidats restant ont toutes les chances d’emporter l’une des quarante places disponibles.

 

Et alors, me direz-vous ?

Et alors, cela ne me laisse pas indifférente de penser que, justement, l’élite politique française était dans cette salle, ces adolescents tous habillés pareils, avec tous les mêmes conversations et les mêmes références. Car je ne m’attends nullement à avoir de bons résultats, je ne m’attends à aucune surprise, j’ai compris que les copies ne devaient pas briller par les questions qu’elles soulevaient et la capacité de tout un chacun à mobiliser des connaissances variées issues d’une expérience riche.

Les copies doivent : présenter la problématique attendue, la résoudre selon le plan attendu, être émaillées des références convenues. Tout semble très convenu. Il est convenu qu’en citant S. Zweig, on doit mieux s’en sortir qu’en citant R. Bradbury. Mais est-il convenu qu’une personne citant S. Zweig plutôt que R. Bradbury aura mieux compris le sens de la question « dans la vraie vie » ? Comment peut-on prétendre, à 22 ans, avoir un bagage suffisant, une expérience suffisante, pour avoir des idées innovantes et pertinentes en vue de résoudre les problèmes du pays. Je n’en ai aucune idée. A tel point que je n’aurais jamais pensé, à 22 ans, à me présenter à ce concours.

 

Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que je suis très heureuse de ces vingt-cinq heures de réflexion passées à l’espace Champerret. Je suis fatiguée. J’ai très mal au majeur et au pouce droits (en dix ans de traitement de texte professionnel, on perd vraiment l’habitude de l’écriture manuscrite) mais je suis satisfaite d’avoir traité tous les sujets et d’avoir eu des choses pertinentes à répondre aux questions.

J’éprouve une grande satisfaction d’avoir malmené ma mémoire, mes souvenirs, mon raisonnement pendant ces cinq jours car il est gratifiant de se rendre compte de ce que l’on est capable de faire. J’ai lu quelque part que les lauréats du concours de l’ENA étaient empreints d’érudition. C’est sans doute le cas pour quelques uns mais je peine à le croire pour la majorité. Je pense qu’il est davantage question de bachotage et de vernis superficiel. Pour autant, je ne pense pas que le fait d’avoir perdu ce vernis en huit ans de vie professionnel fasse de moi quelqu’un de moins intelligent et de moins compétent. Bien au contraire ! La culture, a-t-on coutume de dire, c’est ce qu’il reste quand on a tout oublié : je suis assez fière de moi.

Enfin j’espère que je ne suis pas la seule à regretter ce mode de sélection car il fait passer la France a côté de nombre de ses potentiels. La lecture des successifs rapports du jury de l’ENA montre ainsi la crainte de l’uniformité et du peu d’expérience des candidats recrutés. Les évaluateurs semblent séduits par les personnalités issues du « troisième concours », fortes d’une vie professionnelle plus abouties et d’expériences diverses. Il est regrettable que sur les quatre-vingts postes environ ouverts au concours, quarante le soient aux externes, trente aux internes et à peine dix aux autres. Il ne tient qu'à eux que cela change mais sont-ils prêts à remettre en cause leur propre méthode fabrication, celle dont ils sont issus ?

 

 

 

 

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Mick 22/10/2015 00:50

Hello, merci pour ses précieuses informations qui m'ont été très utiles. au vue des développements partagés concernant les sujets que tu as eu l'année de ton passage du concours, je trouve cela épatant compte tenu du fait que tu es allée sans préparation. Je ne sais pas si tu consultes toujours ce blog mais j'aurais voulu savoir quelles ont été tes notes. Es tu devenu énarque depuis,?

Maxime 05/04/2015 03:41

« Les copies doivent : présenter la problématique attendue, la résoudre selon le plan attendu, être émaillées des références convenues. Tout semble très convenu. »

Le job de haut fonctionnaire me semble, a moi qui suis informaticien, très convena également.

« Comment peut-on prétendre, à 22 ans, avoir un bagage suffisant, une expérience suffisante, pour avoir des idées innovantes et pertinentes en vue de résoudre les problèmes du pays. »

Ce n'est, justement, pas le but de l'épreuve ! Ni le travail qui leur sera demandé plus tard ! Pour ça, il y a les partis politiques. Certes, on y retrouve trop souvent les même gens, mais c'est la prédominance des (hauts) fonctionnaires dans les partis politiques qui posent problème, pas le mode de recrutement des hauts fonctionnaires !

Alice 22/10/2015 08:55

L'ENA a pour vocation de recruter des hauts fonctionnaires. Ce sont un peu l'équivalent des cadres supérieurs des grandes entreprises. Tu noteras qu'il est assez rare que l'on confie dans les entreprises des postes de cadres supérieurs a des personnes de 23 ans fraîchement émoulues de leur école. Ce n'est pas impossible mais la voie classique reste tout de même de se frotter à la vraie vie d'abord.
Le rôle des partis politiques c'est de rassembler des courants de pensée et de contribuer au débat, de proposer de grandes orientations, de soulever des problèmes. Il faut des gens pour décrire des solutions réalistes mais ambitieuses. Ce sont les hautes fonctionnaires. Ils connaissent le rouage de l'administration publique, les règles de fonctionnement. Les partis fourmillent de gens qui sont à la recherche d'un mandat, d'une vie publique. Les hauts fonctionnaires, même si une partie de la classe politique est issue de l'ENA, sont avant tout, normalement, des serviteurs de l'Etat.
D'une manière générale, la plupart des citoyens se font de fausses idées sur le rôle reel des hautes fonctionnaires, de ceux qui ne cherchent pas un mandat politique.

bouseux-scpo 21/06/2013 20:01

Intéressant! Je viens un peu après l'averse, mais des remarques :

- droit public : si je comprends bien, tu as écrit ta dissertation sans parler de la liberté d'administration reconnue par la Constitution, des deux vagues de décentralisation, de la disparition du pouvoir de contrôle "par opportunité" du préfet sur les collectivités au profit du pouvoir d'élus locaux ?

- culture générale : sujet dur, je trouve que tu es trop dans les évènements de détail. Le 11 septembre est surtout un évènement médiatique. Je pense que ce sujet est intéressant, en tant qu'il disqualifie pas mal toutes les références convenues, du genre S. Zweig, P. Manent, P. Rosanvallon & Cie. Du moins, le "encore" invite à distinguer un temps "passé" où l'on peut développer les Lumières, "oser juger", le temps de la vérité individuelle, des grands hommes, des figures polyvalentes et des touche-à-tout de l'Encylopédie, d'un "siècle présent" où le savoir, le travail, sont cumulatifs. Les travaux de Latour sur la dimension conventionnelle des énoncés scientifiques sont très intéressants, à ce titre. Entre les deux temps, il y a le XXème siècle; siècle où l'on a vu de grands individus et aussi de grandes masses. C'est curieux et je ne saurais pas comment le traiter. Le rapport du jury, qui demande des références européennes (S. Zweig est-il une référence européenne?) et internationales, ne m'aide pas beaucoup dans la réflexion.

- dossier, rien à dire, tu as visiblement bien le coup de main.

- économie : je pense que tu es passé bien à côté du sujet, puisque les "mesures de sauvegarde de l'emploi", surtout dans le contexte de septembre 2012, ne sont pas toutes les "politiques de l'emploi". Cela invite plutôt à poser la question des mesures transitoires comme l'interdiction des licenciements boursiers, le contrôle fort de l'Etat sur les licenciements en général, bref toutes les mesures qui par le statu quo évitent que le salarié ne soit viré. Il y a une grande opposition entre la dimension positive de la destruction de l'emploi (cela libère de la main d'oeuvre pour d'autres secteurs qui marchent, ie. socialement utiles) et sa dimension négative (s'il y a un déséquilibre général, et il y a toujours un risque déséquilibre général à partir du moment où le marché du travail n'est pas parfait, à cause du SMIC, alors il y a un risque de chômage de longue durée, qui entraîne déperdition du capital humain ; en outre, des emplois peuvent être détruits pour des raisons conjoncturelles comme un manque de liquidité, alors que l'activité est utile à LT, comme dans le cas de la sidérurgie par exemple où l'on sait que la prochaine fois que l'Europe aura besoin de faire une grosse guerre elle aura besoin d'acier).

Voilà. A ma connaissance, d'ailleurs, c'est dommage : nulle part on ne trouve de commentaire, de corrigés ou pseudo-corrigés par des professeurs... c'est vraiment un concours pour initiés :) Bonne soirée.

bouseux-scpo 22/06/2013 13:43

Oui tu as tout à fait raison :) mais on ne peut pas non plus demander à des jeunes gens de 22 ans d'avoir à la fois des "savoirs généraux indispensables", comme le demande le jury, et d'avoir une longue expérience professionnelle... Enfin, bonne chance pour le troisième concours si tu le passes, et pour ton enfant.

P.S. : je ne sais pas si le concours que tu veux repasser est similaire au concours externe, mais si tu vises l'admission, tu ferais mieux de passer questions sociales à l'écrit et questions européennes à l'oral, car l'épreuve d'oral est sans dossier et requiert du coup plus de connaissances. si tu as des connaissances en QE, tu les valoriseras mieux à l'oral qu'à l'écrit.

alice 22/06/2013 11:16

Merci pour ces remarques ! plus qu'un concours pour les initiés je dirais que c'est un concours en vase clos dont l'objectif n'est pas d'expliquer au plus grand nombre comment mettre les chances de son côté. Voir ma réflexion sur le sujet de sciences politique et administrative.
Comme tu le soulignes dans ton commentaire, mes connaissances factuelles comme théoriques datent de près de quinze ans. J'ai tenté le concours en dilettante, sans aucune préparation. Je n'ai pas lu la presse plus que d'habitude, je n'ai pas ressorti mes vieux cours. J'y suis allée les mains dans les poches, avec mes souvenirs et le monde tel que je le vois et le comprends aujourd'hui.
Le dossier, je l'ai réussi parce que tant que tu n'as pas travaillé pour de vrai dans une vraie entreprise avec un vrai chef qui te pose un vrai dossier sur ton bureau en te disant vraiment que pour demain il veut connaître les tenants et les aboutissants et que tu lui prépares un argumentaire en faveur de sa position (celle que tu veux mais il en faut une avant demain 8h30), tu as du mal à saisir à quoi sert le dossier et tu te concentres sur tes connaissances périphériques au lieu de te concentrer sur le dossier.
Au final je trouve que les notes qui m'ont été attribuées sont plutôt bonnes, vu mes connaissances résiduelles ! Je pense que cette école gagnerait en compétence en recrutant des personnes plus expérimentées car c'est l'expérience que tu te fabriques dans la vie, au boulot, avec tes galères, qui te permet de développer tes capacités de réflexion face aux problèmes complexes de la société actuelle. Pas le cursus de prép'ENA qui t'a fait bouffer de la fiche cartonnée pendant un an.