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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Deux livres pour en finir avec les diktats imposés aux femmes enceintes

Les deux livres que je vous propose aujourd’hui m’ont été soumis par de fidèles lectrices / amies / sœur (pas de « s » car je n’en ai qu’une), probablement en résonnance de mes billets sur la kinder attitude. Il s’agit de L’Art d’accommoder les bébés de Geneviève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand… d’une part et de Les Enfants oui, l’eau ferrugineuse non, d’Anne Debarède d’autre part.

Quoiqu’ils soient absolument incomparables (démarche, style, volume, etc.) ces deux ouvrages ont pour point commun d’avoir été écrits peu ou prou à la même époque, c’est-à-dire dans les années 1980 et de chercher à en finir avec le diktat de la puériculture pour que les mères puissent enfin reprendre le pouvoir.

Deux livres pour en finir avec les diktats imposés aux femmes enceintes

L’Art d’accommoder les bébés est un ouvrage assez sérieux et extrêmement documenté qui passe au crible les manuels de puériculture publiés en France depuis les années 1880 et comparent les évolutions de pratiques, chacune imposée en leur temps comme la doxa absolue. Tout y passe : la mode vestimentaire de la femme gravide et son rôle sociale, son alimentation et la prise de poids associée, le rôle du père, l’habillement du petit enfant, les ustensiles d’élevage et l’alimentation du nouveau né, l’organisation de sa chambre, la reprise du travail et de la vie sociale. Les situations sont quasiment toutes éclairées d’exemples contradictoires de ce qui est fait ailleurs, qu’il s’agisse de sociétés dites primitives ou simplement des Etats-Unis. Petit bémol dans la présentation, les références sont indiquées en note de bas de page et très rapidement, à force d'op. cit. et d'ibid. on ne sait plus ni à quel ouvrage ni à quelle époque on se réfère.

L’intention louable et les phrases bien tournées rendent l’ensemble facile à lire. Pour autant, je suis restée un peu sur ma faim. Tout d’abord, le livre date de 1978 et si la postface rajoutée en 1998 essaie de remettre l’ensemble au goût du jour, je trouve que c’est trop lacunaire et finalement je ne me reconnais pas tout à fait dans les questions soulevées par les auteurs. Je pense également qu’écrire un tel ouvrage en 1978 avait certainement pour vocation d’objectiver les circonvolutions que la puériculture impose aux femmes qui deviennent davantage des objets que des acteurs du processus et, ce faisant, les auteurs font presque un manifeste MLF de leur recherche sociologique.

A la fin de l’ouvrage, je me sens quasiment forcée de ne pas procéder de certaines manières que j’avais imaginées comme étant bonnes, parce que les auteurs ont démontré l’ineptie des injonctions contenues dans les ouvrages de puériculture. Par exemple l’hygiène naturelle infantile : je trouve que c’est une bonne idée, de ne pas faire en sorte qu’un enfant se trimbale dans des couches moites et pleines de dérivés pétrochimiques jusqu’à deux ans révolus. Pourquoi dire à la mère qui souhaite procéder ainsi qu’il s’agit d’un esclavage inutile puisque à deux ans, de toute façon, l’enfant sera propre ? Autre exemple, la tétine. Pour plein de raisons inavouables, je trouve ça peu tentant et si je peux éviter, j’éviterai. Eh ! bien à l’issue de la lecture de ce livre, sensé me libérer des diktats de la puériculture, je comprends que si j’empêche mon enfant de sucer une tétine, je mettrai en péril son équilibre émotionnel au sombre motif que la tétine, c’est pas classe. Bon, et alors ? si moi je trouve que la tétine c’est pas classe et si je n’ai pas envie que mon enfant tête une tétine et qu’en plus je m’astreins 4 fois par jour à le faire se soulager en mode hygiène naturelle plutôt que dans des couches industrielles, est-ce que je suis une moins bonne mère et une femme moins libérée ?

Deux livres pour en finir avec les diktats imposés aux femmes enceintes

Finalement, ce sont ces questions qui poignent entre les lignes du petit livre d’Anne Debarède, Les Enfants oui, l’eau ferrugineuse non. En une centaine de pages, elle retrace l’expérience initiatique de sa premières grossesse alors qu’elle n’avait déjà plus trente ans et que bien installée dans la vie et dans le monde, elle avait aussi, n’en déplaisent aux bienpensants, ses propres idées sur les choses. J’ai beaucoup aimé ce livre parce qu’il est extrêmement drôle et bien troussé mais aussi parce qu’elle décrit infiniment mieux que moi les situations que je vis tous les jours. A vingt cinq ans d’écart mais on ne s’en rend guère compte…

Un des premiers chapitres évoque ainsi les difficultés et incongruités liées à l’utilisation des transports en commun (elle aussi a remarqué que ce sont les personnes qui sont debout et dégoûtées de ne pas être assises qui militent pour vous auprès des voyageurs assis pour qu’ils vous cèdent la place. Et elle aussi en rit). Un autre sa résolution à ne pas savoir, avant terme, si l’enfant à venir sera une fille ou un garçon avec toutes les remarques que cela implique : mais comment préparer la chambre ? mais comment choisir les vêtements ? A propos de vêtements, elle propose également un chapitre entier sur la mode du bébé (dans les années 1980, on est sur la mode Baby Prince de Galles apparemment) et la difficulté à trouver des articles sobres sans chichis ni inscriptions ridicules (tiens, je vous parlerai de ça la prochaine fois). Elle évoque aussi le séjour à la maternité avec l’horrible puéricultrice, les difficultés liées à l’allaitement, le retour à la maison avec un père légèrement dépassé et le recours salvateur à une nurse à domicile pour assurer les trois premières semaines (qui doit être le portrait craché de la nourrice auditionnée par Roland Giraud dans Trois Hommes et un couffin). S’ensuit les relations avec le pédiatre, l’ORL, la remise en question des bienfaits de l’homéopathie, l’ablation des amygdales, le deuxième enfant, l’entrée en maternelle ainsi qu’un chapitre particulièrement savoureux, mesdames, sur la répartition des tâches au sein du couple sous l’intitulé non moins savoureux « Allez ! je te fais TA vaisselle ! ». Je ne résiste pas à l’envie de vous en offrir ici un extrait.

(…) normal, donc de se répartir les tâches ménagères. Lorsque ce sont les hommes qui les exécutent, cela a cependant toujours un côté un peu exceptionnel qui se retrouve dans la formulation : ils aident ; mieux : ils participent. Ils acceptent d’offrir un peu de leur technicité et de leur organisation dans un domaine jusqu’alors laissé à l’improvisation, caractérisé par l’empirisme, voire les pratiques intuitives. (…) De cette longue observation d’une activité particulièrement contraignante, on peut déduire un schéma qui s’applique à toutes les activités ménagères et qui obéit à deux règles fondamentales :

1. La systématisation dans l’organisation. « Tout doit être à portée de main » s’entend comme un dogme. L’appartement est à concevoir comme un gigantesque établi avec des murs transpercés de clous d’où pendraient les objets usuels. (…)

2. Le moyen de gagner du temps par suppression des tâches inutiles. La justification est d’une logique imparable. Elle s’énonce toujours dans les mêmes termes : « C’est pas la peine. » Souvent précédé de « Ma pauvre fille, ce que tu peux te compliquer l’existence. » Donc ce n’est pas la peine :

- De faire le lit puisqu’on va se recoucher dedans le soir ;

- D’accrocher le manteau dans la penderie puisque je vais le remettre demain matin ;

- De passer l’aspirateur puisque de toute façon on va refaire des miettes ;

- D’aller en courses puisqu’il reste trois nouilles ;

- De cirer mes chaussures puisqu’il pleut journellement ;

- De fermer les tiroirs puisqu’il faudra les rouvrir encore…

L’analyse de cette argumentation élaborée m’a permis de me forger une théorie toute personnelle qui tend cependant à l’universalité. Depuis que l’homme a mis la main à la pâte, il n’a de cesse de prouver que les tâches ménagères n’existent pas (…) ce qui donne un sens aux expressions mystérieuses « je te fais TA vaisselle » ou « je te descends TA poubelle ».

(…) Pour éduquer un mari aux tâches ménagères, il faut l’esprit de sacrifice du militant qui sait qu’il ne travaille pas pour lui mais pour le bien-être des générations futures. Je n’ai pas cette abnégation.

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