Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

L'allaitement pour les nuls : ce qu'il faut savoir avant de se lancer

L'allaitement pour les nuls : ce qu'il faut savoir avant de se lancer

Que l'on hésite à allaiter ou qu'on y soit absolument résolu, il n'est pas tout à fait inutile de rappeler quelques caractéristiques basiques de l'allaitement (celles qu’on n’aura pas trop mises en lumière avant que vous ne vous lanciez dans l’aventure).

Allaiter, c'est quoi ?

Comme tous les mammifères femelles, la femme est capable de synthétiser pour son petit, à partir de sa propre alimentation et de ses réserves (l’allaitement est la seule manière, pour une femme, de faire fondre la réserve de graisse qu’elle constitue sur ses hanches depuis l’adolescence), une nourriture spécifique et adaptée : le lait maternel.

Allaiter, je dirais donc que c'est une combinaison de trois éléments : produire le lait, en nourrir son petit en le mettant au sein. Dans ce billet, on traitera uniquement des deux premiers points. La mise au sein est une activité prenant et complexe qui mérite son propre article...

Il est évident, d'emblée, que ces trois processus, totalement inédits dans l'emploi du temps et la praxis de la working-girlus vulgus occidentalis ne vont pas se mettre en place sur un claquement de doigts ni sans un minimum d'efforts.

En réponse à la première question, à laquelle toutes les officines de défense de l'allaitement maternel (desquelles j'avoue ne pas toujours comprendre les motivations profondes : intérêt de l'enfant ou lutte contre les lobbies agro alimentaire ou culpabilisation des jeunes mères en détresse...) répondent non, moi je vous réponds donc que SI, allaiter ça fatigue. Et ça fatigue même un maximum jusque à ce que l'on trouve son rythme de croisière avec bébé, soit environ pendant six semaines.

Si dans la vraie vie de la working girlus vulgus occidentalis, six semaines ne sont rien : "les vacances sont dans 6 semaines" se réjouit-elle ou alors "Oups ! Plus que 6 semaines pour boucler mon projet..." dans le monde merveilleux de l’allaitement où l'on dort au mieux 2h30 d'affilé et où on se demande, de manière quasi compulsive, si on pourra aller faire pipi la prochaine fois (et avec un peu de chance manger aussi quelque chose), six semaines semblent durer environ six siècles.

Ce n'est pas pour ça qu'il faut se priver de l'aventure de l'allaitement mais il me semble plus honnête de vous dire à toutes à quel point c'est fatiguant. Allaiter c'est un travail à temps plein, en 24-7, comme on dit maintenant, nuit, week-end et jours fériés compris. Et ceux qui disent le contraire n'ont, au choix : jamais allaité ou un intérêt personnel à ce que vous allaitiez ou font preuve de la mauvaise foi la plus évidente.

Ainsi si vous vivez dans un monde idéal où votre mère élit domicile chez vous pendant six semaines pour s’occuper des tâches ménagères (à votre sauce, évidemment, en vous écoutant, bien sûr et selon vos habitudes, cela va sans dire), où votre conjoint se lève la nuit pour aller chercher bébé puis le ramener dans son lit, où votre congé maternité dure davantage de dix semaines, alors peut-être qu’allaiter n’est pas fatiguant. Pour les 99,99% des femmes restantes, le risque d’être fatiguée est bien là. Maintenant que ceci est écrit et lu, passons aux fondamentaux de l'allaitement.

1. Produire du lait

Incroyable, non ? les seins produisent du lait. Moi qui les voyais jusque là comme une ornementation sympathique de mon buste, quoi que parfois gênant pour les sports extrêmes… ils ont une vraie fonction physiologique. Si j’ai bien suivi les débats, cela ne fait pas très longtemps que l’on a compris comment le sein est constitué, comment il produit du lait et comment la lactation se déroule (jusqu’à ce que, dans une démarche très poppérienne, on démontre que finalement tout cela n’était que des foutaises). C’est à cet égard édifiant de penser qu’on peut envoyer une sonde sur Mars sans savoir comment fonctionne le sein humain…

Pour appréhender ce qu’est un sein, rien de mieux que le site de Medela (une entreprise qui a construit tout son business model autour de la lactation humaine, certes, mais qui va rendre bien des services à vos seins, vous verrez. Elle s’est d’ailleurs construite en coopération avec les équipes du Dr Hartmann). Voici donc l’anatomie du sein :

Les conclusions proposées par Medela sont évidemment en lien avec l’expression du lait par tire-lait mais le dessin vous montrera surtout à quel point le sein et son système sont enfoncés en profondeur dans le buste. Ceci explique notamment pourquoi certaines douleurs liées à l’allaitement se ressentent dans le dos.

Les seins, tout d’abord sous l’effet de l’hormone de la lactation, la prolactine et de l’ocytocine vont donc se mettre à produire du lait (le lait, enfin du colostrum, peut être exprimé du sein de la future mère dès la 22ème semaine de grossesse paraît-il). C’est ce que l’on appelle la lactation endocrine (via les hormones) : en gros, l’ocytocine provoque l’éjection du lait et sa sécrétion est stimulée mécaniquement par la succion de l’aréole par le bébé (ou le tire-lait ou des massages aréolaires). La prolactine permet, quant à elle, la synthèse du lait et s’active au fur et à mesure que le sein se vide. Dans cet article, un schéma très intéressant sur le processus de production endocrine du lait maternel :

Plus bébé tète, plus maman fabrique de lait (en justes proportions, le plus souvent, rassurez-vous). Cet article, quoiqu’un peu ardu mais proposé par le Dr marie Thirion dont l’ouvrage sur l’allaitement maternel fait référence, explique bien comment le lait est synthétisé :

Dans les premiers temps de l’allaitement, il est donc essentiel de bien faire téter bébé, de bien vider les seins, de ne pas sauter de tétée, sous peine de voir sa production diminuer. La production va en effet s’adapter tout au long de l’allaitement aux besoins du bébé avec ce que l’on appelle les « montées de lait » ou « nuit de la java ». Certaines femmes (les bienheureuses), ne s’en sont même pas rendu compte, mais à trois jours, trois semaines, parfois six semaines, trois mois et six mois, le bébé et les seins se resynchronisent. Le bébé, dont les besoins s’accroissent du fait d’un pic de croissance, va demander à téter très fréquemment pendant 24 à 48h afin que les seins se mettent à produire la quantité de lait nécessaire.

A cette production endocrine succède une production autocrine, c’est-à-dire qui n’est plus sous contrôle hormonale. En gros ce n’est plus la prolactine qui va permettre de fabriquer du lait, mais la glande mammaire directement qui, en fonction du niveau de remplissage du sein, va produire plus ou moins de lait. Mais il faut attendre 4 à 6 mois pour en arriver là.

2. Nourrir son petit avec son lait

On entend beaucoup de chose sur la qualité du lait maternel. Je ne suis pas une maniaque de l’allaitement maternel au sens où quand les choses se corsent, je n’ai pas de scrupules à dévier de la doxa (voir mon utilisation des bouts de sein en silicone), mais je reste tout de même étonnée par certaines idées reçues qui sont très ancrées dans notre société.

Pas assez de lait pour nourrir son enfant ?

Avec ce que je viens de vous décrire plus haut sur la synthétisation du lait maternel, s’il est avéré que vous n’avez pas assez de lait pour nourrir votre enfant vous avez probablement un problème endocrinien sévère qui nécessite une consultation chez un spécialiste. Si on laisse l’enfant téter à sa guise, on a assez de lait et tout le problème est bien là. Combien d’entre nous croient-elles encore que la tétée c’est toutes les trois heures ? trop… ces fameuses trois heures correspondent à l’intervalle nécessaire au nouveau-né, entre deux tétées de lait industriel produit à partir de protéine de lait de vache, pour digérer ce fameux lait maternisé. Le lait maternel, quant à lui, se digère en moins de 50 minutes. Donc il faut que le bébé tète plus souvent qu’il ne prendrait un biberon, surtout au début car son estomac, assez petit, ne peut pas contenir beaucoup de lait qui est … vite digéré ! Plus vous laisserez téter bébé, plus vous aurez de lait.

A titre indicatif, voici les quantités de lait produites par la femme : 30 à 50 ml le deuxième jour ; 100 à 150 ml le troisième jour ; 600 ml vers deux semaines puis jusqu’à 800 ml en rythme de croisière. Si on compare aux quantités ingérées par les bébés nourris au biberon, on peut s’inquiéter. Mais sachez que le lait maternel est hautement digeste pour le bébé : la déperdition d’énergie liée à son assimilation étant faible, point n’est besoin de la compenser par de plus grandes quantités.

Un lait pas assez riche ?

N’importe quoi. Avec tout ce que comporte l’alimentation de la working girlus vulgus occidentalis, il est impossible que votre lait ne soit pas assez riche car si tel était le cas, vous seriez vous-même hautement carencée. Ce qui peut se passer en revanche, c’est que dans un souci de bien faire, vous alterniez trop rapidement les deux seins (selon la vieille idée qui veut que l’on donne dix minutes l’un puis dix minutes l’autre, même si je n’ai toujours pas compris pourquoi). La composition de votre lait va en effet évoluer au cours de la tétée : vous vous en rendez d’ailleurs facilement compte si vous observez sa couleur. Presque translucide au début, il devient franchement jaunâtre à la fin.

Penchons-nous donc sur ce lait : il contient entre 85 et 90% d’eau, des glucides (environ 7%), des lipides (environ 4%) et des protides (environ 1%) et des micronutriments (le reste, donc pas grand-chose). Ce taux de sucre élevé (alors qu’on nous a toutes embêtées avec les risques de diabète gestationnel) s’explique par le fait que le cerveau du bébé humain, qui n’est pas à maturation à la naissance, en aura besoin pour se construire.

La composition du lait évolue un peu au fil de l’allaitement : les trois premiers jours, le pré-lait ou colostrum est essentiellement désaltérant et apporte dans un faible volume, tous les éléments absolument nécessaires aux premiers jours du nourrisson. Il est notamment très riche en vitamines, en acides aminés et en anticorps : même si vous ne souhaitez pas allaiter, il peut être très intéressant pour la santé de votre bébé de le laisser téter le colostrum avant d’arrêter chimiquement votre lactation. En outre, les sels minéraux qu’il contient en grande quantité permettent de retenir l’eau dans le corps et donc de limiter la perte de poids du nourrisson les premiers jours (oui, le bébé perd du poids les premiers jours mais en fait il perd de l’eau). Suit pendant deux à trois semaines le premier lait auquel succèdera le lait mature qui sera distribué pendant le reste de l’allaitement.

En début de tétée, le lait qui est éjecté du sein correspond à une mise en bouche : aqueux (on voit bien quand perle une goutte qu’il est translucide, presque bleu), sucré, riche en sels minéraux, ce lait est supposé appâter le bébé le temps que le lait arrive. C’est un lait très désaltérant : l’été ou lorsque le bébé a chaud, lui donner fréquemment le sein pour des micro-tétées lui permet ainsi de maintenir son hydratation (il n’est pas nécessaire de donner un biberon d’eau à un bébé allaité à la demande). Au fil de la tétée, le lait s’épaissit et change de couleur (presque crémeux) car il s’enrichit en lipides. C’est ce lait de fin de tétée qui provoque la satiété du nourrisson (en plus d’une hormone, la cholécystokinine qui en plus contribue à l’endormir donc non, il n’est pas contre-nature de laisser son enfant s’endormir au sein, le lait est programmé pour ça) et lui permet de bien prendre du poids.

Pour tout savoir sur la richesse du lait maternel :

Et pour n’avoir aucun doute sur sa totale adaptation aux besoins de votre enfant :

Il n’y a donc pas de lait pas assez riche : en revanche il peut y avoir des pratiques d’allaitement qui vous amènent à ne donner à votre bébé que le lait de début de tétée, désaltérant mais pas gras. D’où une faible prise de poids. Cela se produit par exemple si vous changez systématiquement bébé de sein au bout de dix minutes. Certains bébés auront vidé le sein en dix minutes donc auront eu accès au lait de fin de tétée. D’autres non et les changer de sein ne favorise pas leur croissance ! C’est bébé qui vous « dira » quand changer de sein : moi aussi j’étais sceptique mais ses manifestations sont assez limpides (il chouine, il rejette le mamelon, il tourne la tête et en même temps on voit bien qu’il a encore faim car il cherche). Un bon moyen de savoir si vous changez de sein trop tôt, c’est de regarder les selles de bébé (si vous n’avez pas encore de bébé, vous trouvez la technique rebutante mais pour celles qui ont déjà un petit, vous savez qu’on passe son temps à regarder les selles de bébé, qui nous parlent à sa place). Si elles sont vertes (au lieu de jaune d’or pour un bébé allaité), le bébé ne reçoit pas assez de lait gras de fin de tétée.

Attention cependant à bien comprendre la notion de fin de tétée. Pour que le lait soit riche, il faut qu’il corresponde au dernier lait qui se trouve dans le sein (un peu comme le fond de la bouteille de lait) et pas aux dernières gouttes de lait bu par bébé au bout de x minutes. On considère généralement qu’il faut une vingtaine de minutes pour vider un sein mais ce n’est pas toujours le cas. C’est parfois moins, parfois plus. Il ne faut donc pas hésiter à laisser bébé sur le sein tant que celui-ci n’est pas vide et, pour le vider, à procéder pendant la tétée à de petits massages drainants (sans gêner la tétée). Si on ne parvient pas à vider le sein (bébé s’endort), pas de problème : à la tétée suivante, on repart sur ce sein là.

Si malgré cela vous êtes encore dubitative, c’est probablement parce que vous constatez que votre bébé ne grossit pas conformément à la courbe de croissance du carnet de santé. Mais jetez-là à la poubelle, cette courbe ! Elle a été élaborée sur des statistiques d’il y a plus de trente ans et portant sur des bébés nourris au biberon de lait industriel. Or le lait industriel fait grossir les bébés plus vite… c’est tout.

Moi j’allaite mon bébé depuis sa naissance il y a six semaines. De son poids le plus bas à 2,3 kg il est aujourd’hui remonté à 3,8kg. Évidemment c’est à la demande, mais cela fonctionne très efficacement. Ce qui m’amène à ma troisième surprise…

Comment être sûr que bébé prend assez de lait ?

Struggle for life… bébé ne va pas se laisser mourir de faim si vous lui laissez l’opportunité de se nourrir correctement. En gros, si vous réagissez à ses demandes en lui proposant systématiquement le sein, quel que soit l’intervalle de temps entre les tétées successives, si vous le laissez téter tout son saoul sans avoir les yeux rivés sur une horloge et si vous le stimulez lorsqu’il est au sein pour lui éviter l’endormissement (par exemple en lui chatouillant les joues, les pieds, etc. ou en changeant sa couche en milieu de tétée pour le réveiller), il ne devrait pas y avoir de problème. Un bébé bien nourri au sein va mouiller au moins 6 couches par jour et faire de 1 à 3 selles (de la taille de la paume de la main du bébé) ou plus encore !

Pour que cela fonctionne, il faut donc oublier les diktats des vendeurs de lait en poudre : la tétée ce n’est pas toutes les 3 heures, ça ne dure pas 10 minutes à chaque sein, etc. Ca peut être à 9h pendant 35 minutes puis à 10h45 pendant 10 minutes puis à 14h pendant 1 heure. D’ailleurs on a constaté que les bébés avaient tendance à téter davantage l’après-midi et en soirée. Mon bébé, depuis ses deux semaines environ, a ce rythme : les tétées de nuit finissent vers 6h et il dort jusqu’à 9h. Ensuite il tête puis se rendort jusqu’à midi. Puis il tête de midi à dix-neuf heures environ toutes les deux heures. Le soir, à l’heure de notre diner, il fait une bonne grosse tétée de 50 minutes. S’ensuivent les tétées de nuit (qui se sont progressivement espacées ces derniers jours). Je m’inquiète uniquement si mon bébé dévie conséquemment de ce rythme… Il faut donc être attentif aux signaux que le bébé nous envoie quand il a faim. Il pleure certes, mais aussi : il a les points en l’air, il essaie de redresser la tête, il a le réflexe des points cardinaux (si on lui caresse la joue, il tourne la tête du côté caressé à la recherche du sein), le réflexe de fouissement, etc. Quand j’ai un doute, je pose bébé sur mon torse. S’il cherche le sein (comme à la naissance à la maternité, c’est le réflexe de fouissement), mes doutes s’envolent.

Si vous avez encore des hésitations sur les bienfondés de l'allaitement, je vous laisse lire ce document très instructif.

L'allaitement pour les nuls : ce qu'il faut savoir avant de se lancer

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article