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Le quotidien de la vie

Le quotidien de la vie

Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.

Quand est-ce qu’on dort ? tout ce que l’on ne m’avait pas dit sur le sommeil des bébés

A la maternité, on est malgré tout dans un état de grâce. Bébé pleure, mais pas trop encore. Les couches, le liniment et l’éosine sont open bar. L’équipe médicale est à disposition. Le déjeuner se prépare tout seul et la chambre est faite tous les jours à notre insu.

Quand on rentre à la maison, on deuxième histoire commence et la jeune mère doit composer avec sa solitude, son bébé et leur désarroi commun. Mon bébé étant né « petit » en poids, il m’a été fortement conseillé de multiplier les tétées à la demande mais surtout aux signes d’éveil, afin de lui assurer un rattrapage maximal de sa courbe de croissance. Les trois premières semaines, je me suis retrouvée à donner le sein toutes les 1h30. D’où ma question lancinante « Rhâââ, mais quand est-ce qu’on dort ? » La majeure partie du temps, on me répondait « mais quand bébé dort, évidemment ». Oui mais si je lui donne à manger toutes les 1h30, et que ça me prend 30 minutes, je peux au choix dormir 45 minutes, aller aux toilettes, me doucher, manger mais pas tout ça en une seule vacation…

C’est parce que je dors dans la chambre de bébé (j’entends d’ici les cris d’orfraie des partisans d’une éducation stricte, ils noteront que ce n’est pas lui qui dort dans ma chambre) que j’ai commencé à me poser des questions.

Mon bébé est-il normal ?

Après la tétée, une fois que bébé s’est endormi, repu, sur mes genoux et git comme un bienheureux la bouche à demi ouverte, une goute de lait perlant sur sa joue, je le dépose précautionneusement dans son lit (je suis de ces mauvaises mères qui préfèrent zapper le rot pour se rendormir plus vite en se rappelant bien ce que la sage-femme a dit : « bébé tournera automatiquement sa tête sur le côté en cas de renvoi »). C’est là que le festival ventriloque commence et pendant 15 minutes, c’est une succession de bruits insensés qu’agrémente une valse de tortillements en tout sens ! Du petit gazouillis mignon au râle rauque et long en passant par des cris brefs et étouffés.

Je croyais que bébé avait du mal à s’endormir ou avait des coliques. Je le reprenais contre moi pour le bercer, lui masser le ventre ou, en désespoir de cause, le remettre au sein. C’est comme ça que j’ai passé les trois premières semaines de sa vie à me demander « Rhâââ, mais quand est-ce qu’on dort ? » Jusqu’à ce que je constate, en pleine journée et donc (cela a son importance) en pleine lumière, la reproduction de ces mystérieux phénomènes. Après avoir nourri et déposé bébé dans son lit et tout à fait certaine de son endormissement, je constate qu’il couine et bouge dans tous les sens, ouvre et ferme ses yeux très rapidement, fait des mimiques dramatiques ou très touchantes. Néanmoins il a l’air de dormir, ne remarque pas vraiment ma présence et quand je le fixe ne parvient pas à capter mon regard. Si je ne le sollicite pas (rappelez-vous, la tété aux signes d’éveil), il finit par se calmer et par dormir profondément. La question point : mon bébé est-il normal ?

Le petit train du sommeil

Eh ! bien, que nos lecteurs se rassurent. La réponse est oui. Seulement personne ne m’a expliqué comment fonctionne le sommeil du bébé. Un bébé, ce n’est pas un adulte en miniature, ça a ses propres règles de fonctionnement et son propre système de sommeil. Une fois qu’on connaît les règles du jeu, c’est plus facile et on comprend même certains préceptes de nos mères (« non, n’y va pas, laisse-le pleurer » sauf qu’en fait il ne pleure pas et que donc, effectivement, ça ne sert à rien d’y aller, sauf à vérifier malgré tout que ce gros râle rauque n’était pas provoqué par l’ingestion inopinée du doudou).

Quand, vous adulte, vous endormez, vous commencez votre nuit par une phase de sommeil très profond, à laquelle succède, en gros, une phase de sommeil léger, le sommeil paradoxal qui est celui des rêves. Ce sommeil est essentiel car c’est lui qui permet à notre cerveau d’agencer, ranger, analyser toutes les données qu’il a collectées pendant la journée. Le bébé connaît aussi cette phase de sommeil paradoxal : il s’agit du sommeil agité. Contrairement à l’adulte, le bébé commence son cycle de sommeil par une phase agitée puis entame une phase de sommeil profond. Cette étape du sommeil agitée lui permet à lui-aussi de faire travailler son cerveau qui, dans le cas du bébé, continue en fait son développement et sa maturation. Il est donc essentiel que le bébé connaisse ces phases de sommeil agité. Il ne faut pas le réveiller malgré l’agitation dont il fait preuve à ce moment-là : mouvements des bras et des jambes, de la tête, des yeux, cris, râles, etc.

Si l’adulte connaît des cycles de sommeil de 120 minutes, le bébé se contente pour sa part de 50 minutes par cycle. Il enchaîne 20 à 25 minutes de sommeil agité avec 20 à 25 minutes de sommeil profond puis, s’il n’est pas dérangé (un bruit violent, la faim ou une mère qui n’a pas compris le fonctionnement des cycles de sommeil du nourrisson) il peut ré-embrayer sur un nouveau cycle de 50 minutes. Et de cycle en cycle, bébé dort plus ou moins longtemps selon son âge et son poids (un poids minimum de 4,5 à 5kg est nécessaire à bébé pour endurer un jeûne de nuit).

Pour bien comprendre les spécificités du sommeil des bébés, je vous conseille la lecture de cet article proposé par la SFRMS (société française de recherche et de médecine du sommeil) :

Quelles conclusions peut en tirer la jeune mère fatiguée ?

Tout d’abord, que la tétée aux signes d’éveil ça ne veut pas dire dès que bébé chouine. Le meilleur signe d’éveil, avant le déluge de pleurs stridents, c’est quand bébé capte votre regard. Là, il est certain qu’il est réveillé.

Ensuite, qu’il ne faut pas interrompre le cycle de sommeil de bébé lorsqu’il est en sommeil agité car c’est à ce moment-là que son cerveau se perfectionne. Le bébé a davantage besoin de ce cycle que d’un câlin : il n’est pas en souffrance, il est en plein travail.

Enfin que lorsque nos mères nous disent « il faut le laisser pleurer 20 minutes avant d’aller voir » ou « laisse- le trouver son sommeil, même s’il pleure », probablement confondent-elles (mais elles sont comme nous, les pauvres, personne ne leur a jamais rien expliqué de la structure du sommeil du bébé) la phase de sommeil agité avec un épisode de pleurs. Au bout de 20 minutes effectivement, bébé aura cessé de faire du bruit et « trouvé son sommeil » puisqu’il terminera sa phase de sommeil agité pour entrer en phase de sommeil profond (et là, la jeune mère se dira qu’il met du temps à s’endormir alors qu’il dort déjà depuis 20 à 25 minutes). C'est important de comprendre qu'à ce stade, bien que visiblement agité, bébé a déjà dormi 20 à 25 minutes...

Laisser pleurer ou réveiller à bon escient ?

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut effectivement laisser pleurer bébé 20 minutes avant d’agir : il est donc essentiel, pour que tout cela fonctionne, de savoir reconnaître les bruits faits par son bébé et notamment à différencier les pleurs réels des bruits du sommeil agité. Les pleurs sont généralement ininterrompus et cessent souvent lorsque la mère ou le père viennent à l’enfant, alors que le sommeil agité occasionne des bruits irréguliers (une salve de 1 à 2 minutes suivie d'un grand silence très calme) qui ne s’interrompent pas en présence du parent.

Lorsque j’ai compris que bébé pleure, je n’attends pas 20 minutes pour aller voir ce qui se passe et lorsque les bruits du sommeil agité me semblent inquiétants ou anormaux, je reste à côté de bébé quelques minutes pour m’assurer qu’il dort et que tout va bien. Et puis en phase de sommeil profond je vais encore voir si bébé dort bien et ne fait pas d’apnée.

L’idée, avec la compréhension de la physiologie du sommeil, n’est donc pas de se débarrasser de bébé en le laissant dans son lit, mais plutôt de savoir quand, pourquoi, comment interagir avec lui sans perturber son sommeil ni créer d’angoisse d’abandon. Je reste persuadée que pour un bébé de quelques semaines qui a passé neuf mois dans un environnement ronronnant et sombre, se réveiller seul dans une chambre silencieuse et vide est angoissant et justifie des pleurs stridents. Je veux juste savoir à quel moment il est essentiel que je le rassure et à quel moment je dois le laisser dormir.

Bref, vous voici vous aussi, j’espère, parés pour quelques nuits plus longues…

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