Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.
1 Février 2018
Parce que quelqu’un de ma famille est en voie d’expatriation, je lui ai envoyé un petit récapitulatif de toutes les (bonnes et) mauvaises surprises qui ont jalonné notre installation outre-Atlantique. Je me suis dit que ce vadémécum intéresserait peut-être d’autres pionniers des temps modernes et pourrait leur éviter certains écueils à leur arrivée aux Etats-Unis.
J’aurais bien intitulé ce billet « L’expatriation pour les nuls » mais ce serait très présomptueux. Nous n’avons pas glorieusement réussi notre installation et je ne songe absolument pas à me reconvertir en coach à expat malgré mes difficultés à trouver un job localement et "cette formidable opportunité que constitue l’expatriation sans emploi pour se réinventer professionnellement".
J’en profite pour remercier au passage toutes les personnes qui, il y a douze mois de cela, ont eu cette même démarche et cette disponibilité pour nous aider à préparer notre décision et notre départ, un peu dans l’urgence (finalement on se demande bien pourquoi).
Quand on part en expatriation, on s’imagine plein de choses : des aller-retours gratuits en business classe, des défraiements pour un conteneur de 20m3, un service professionnel d’aide à la « relocation » qui va trouver la plus belle maison dans le meilleur quartier. C’est parce qu’on ne connait que des gens expatriés par Total en contrat de détachement. Pas des pauvres gens comme nous qui se voient offrir un contrat local avec des avantages, certes existants, mais très réduits… Il est évident que cela dépend des destinations mais force est de constater que la majorité des émigrants français aux Etats-Unis sont dans une situation similaire.
Notre premier réflexe a donc été d’évaluer le coût de la vie là où il nous était proposé de nous installer. Nous avons contacté des personnes de notre entourage qui étaient passées par là ou qui y vivaient et surtout nous avons passé une soirée à regarder les annonces immobilières pour estimer les loyers et charges afférentes à l’habitation. Avec deux enfants en bas âge, on n’allait quand même pas partir sans un toit sur la tête.
Nous avons donc calculé le salaire en-deça duquel il était impossible de nous expatrier, charge à mon mari, le « débauché », de négocier dans ce sens. En sus du salaire, il s’est vu accorder une prime de relocation d’un montant de $20 000. Je vous entends déjà dire « OMG » mais restez assis : d’abord on enlève les taxes et ensuite on pleure en se disant que ça ne paie même pas l’entrée dans la maison.
Bref, d’après nos calculs de l’époque désormais vérifiés après dix mois sur place, nous pouvons dire que le minimum est de $7000 mensuels, taxes déduites.
Ces $7000 couvrent les postes suivants :
Voilà, à la fin du mois il reste environ $0 (ZERO DOLLARS, pour les incrédules, ce n’est pas une faute de frappe)…
En outre nous pouvons désormais dire que la simple installation nous a coûté la rondelette somme de $42000. Si vous n’avez pas cette somme en disponibilité financière (soit en ressources propres, soit par votre employeur), ce n’est même pas la peine d’essayer car ce serait à perte…
Voici la liste des coûts que nous avons assumes pour l’installation :
En quittant la France on a beaucoup entendu : ah ! bravo, ce pays de libertés qui valorise l’entreprise et ne vous étouffera pas de taxes va forcément vous permettre de vivre mieux. Outre le fait qu’on n’avait pas vraiment besoin de vivre mieux (mais plutôt envie de vivre autre chose), on a surtout découvert qu’il y avait des taxes partout, tout le temps.
Les taxes américaines, c’est le mille-feuille administratif. Il y a les impôts fédéraux, ceux de l'état, ceux du comte et ceux de la ville.
Dans les magasins les prix sont toujours exprimés hors taxes et le prix TTC varie donc selon les endroits. Idem pour les achats en ligne. En Californie on ajoute environ 10% du prix sauf pour les denrées alimentaires qui ne sont pas taxées.
Il y a aussi évidemment les taxes sur les revenus du travail. Certains Etats en ont et d’autre non. En Californie il y a les taxes sur le revenu pour la Fédération et les taxes pour la Californie et du coup il faut réaliser deux déclarations de revenu différentes (vous avez dit « moins de paperasses ? » ). Au Texas par exemple, seule la Fédération prélève un impôt sur le revenu. Dans tous les cas on peut déduire un certain nombre de dépenses comme en France mais la plupart des gens qui ont des déclarations complexes passent par un CPA (un expert-comptable). Ici un CPA qu’on m’a recommandé m’a demandé 1700$ pour faire cet exercice et ce serait un prix tout à fait raisonnable.
Si on est propriétaire de sa maison, en Californie, on paie annuellement un impôt équivalent à notre taxe foncière. Cet impôt représente environ 1% de la valeur de la maison. La maison que nous louons vaut environ 800000$ donc notre propriétaire doit payer annuellement 8000$ de taxes. Une paille, n'est-ce pas ?
Enfin tous les ans il faut repayer son « plates renewal » c’est-à-dire le réenregistrement de son véhicule auprès du service DMV. Cela a un coût qui varie d’un Etat à l’autre mais aussi en fonction du véhicule. Ça ne vous rappelle rien ? Exactement, notre fameuse vieille vignette automobile… alors dire que la France est le pays des impôts me semble vraiment exagéré, là… bref pour 2018, avec nos deux véhicules moyenne gamme nous avons payé $370 d’enregistrement. Si on choisit un numéro de plaque fantaisiste (à base de "I love NY" ou autre jeux de mots et chiffres) on paie plus cher.
Il n'y a pas d'exclusivité immobilière comme en France. Tous les agents ont accès à un fichier national aussi disponible sur les sites comme Trulia ou Zilow. L'agent immobilier sert pour la recherche ou pour les transactions. En Californie le bail le plus courant est de 6 mois et le propriétaire à quasi tous les droits : il peut augmenter le loyer comme il veut à la fin du bail. Le doubler par exemple. Partir avant la fin du bail ne dédouane pas de payer la totalité du loyer pour la durée du bail. Normalement on paie deux mois de caution, le premier et parfois le dernier mois d'avance.
Il faut prendre une assurance logement évidemment… et la présenter dès l’entrée des lieux, comme en France,
Les charges sont reparties de manière super fantaisiste entre propriétaire et locataire. C'est vraiment comme le propriétaire l’entend. Parfois le locataire paie juste l'eau, l'électricité et le gaz. D'autres fois, le locataire ne paie rien en plus. Parfois le propriétaire paie un jardinier ou l’inclut dans les charges… Beaucoup de locations sont NO PET et NO SMOKING. Pour accepter Médor, le propriétaire peut demander un pet rent (loyer pour animaux) et un pet deposit (une caution spécifique).
Si le logement est équipé en électro-ménager, on peut avoir de grosses surprises avec des appareils antédiluviens… les vieilles plaques chauffantes en serpentin par exemple ou bien les combinés lave-linge sèche-linge en un seul bloc qui semblent tout droit importés d’ex-URSS.
De 5 à 18 ans c'est gratuit mais ça dépend d'une sectorisation (school district). D’où l’importance de bien identifier le quartier dans lequel on veut habiter. Les sites Trulia et Zilow donnent l’indication du school district, les écoles de rattachement et leur niveau. Les écoles sont évaluées annuellement et de manière nationale en fonction des résultats des élèves.
Avant 5 ans et après 18 ans l’école est super payante (c'est un doux euphémisme). Une preschool (de 2 à 5 ans) coûte dans les 1500$/mois et cela n’est pas forcément un gage de qualité ni de prise en charge intensive des enfants... Les horaires de l’école publique ou les “school day” des écoles privées sont souvent 9h/14h. Avant et après il est possible de bénéficier d’un before / after school program payant de 7h à 18h. Les écoles publiques proposent parfois ces mêmes facilités, mais pas toutes. Certains organismes privés peuvent s’occuper de vos enfants pendant ces périodes et ensuite les emmener à / ramener de l’école.
A noter pour le côté pratique des choses que les inscriptions se font assez tôt. Par exemple pour mon school district c'est au plus tard le 16 mars pour la rentrée 2018 et l’enfant doit avoir 5 ans révolus au moment de la rentrée scolaire.
Le salaire est taxé au moins par la Fédération. La paie est reçue en général toutes les deux semaines et l’impôt retenu à la source selon une évaluation réalisée par l’employeur (dans notre cas). Le récapitulatif est envoyé une fois par an, avant le mois de février sous forme d’une feuille de papier appelée le W2. C’est un bulletin de salaire annuel (et unique) qui sert pour remplir sa feuille d’impôt. On trouve uniquement le revenu global, les déductions liées au cotisation d’assurance maladie et les éventuelles primes.
Le salaire ne peut être versé que lorsque le bénéficiaire a un SSN ou Social Security Number. Ça n’a rien à voir avec d’éventuelles prestations sociales mais tout à voir avec le numéro INSEE français ou numéro de sécurité sociale : c’est en fait un identifiant administratif. Il s’obtient au SSA local (Social Security Agency) où il faut aller le demander de vive voix, faire la queue, remplir un formulaire et attendre deux semaines (oui, on peut critiquer la CPAM et Ameli, hein...). Les enfants doivent obtenir un numéro ITIN afin d’être inclus dans la déclaration de revenus pour le tax return (et pour ça il faut un monceau de papiers tels que l’original des passeports, un certificat scolaire, des certificats médicaux, etc.). Bref, pas de SSA, pas de salaire. Pas d’ITIN, pas de tax return. Il faut donc bien prévoir ses arrières.
Nous avons déménagé peu d'affaires. 240kg en valises en avion et 6m3 en conteneur partage (ça a pris 4 mois pour arriver).
Les appareils électriques fonctionnent sur un autre voltage donc à moins d’utiliser constamment un transformateur qui consomme beaucoup, il n’est pas possible d’emmener toutes ses affaires. Les Français ici ont tous leur appareil à raclette (même ceux qui n'en ont probablement jamais mangé en France, c'est un signe de reconnaissance et, probablement, de résistance à la pasteurisation) avec un transformateur (on peut pourtant en louer dans certaines enseignes). Moi j'ai juste pris ma machine à coudre et on a racheté le reste sur place, neuf ou d’occasion. Pas la peine non plus d'emmener son lecteur DVD ou Blu-ray, ils sont zonés mais il est possible d’acquérir sur internet un appareil US qui lira les films européens. Idem pour les téléphones : l'iPhone 6 de mon mari a bien supporté le desimlockage et la puce US mais mon vieux iPhone 5 non et j'ai dû en racheter un (d’occasion).
Les lits sont de format différent des nôtres donc soit il faut tout emmener (sommier matelas drap) soit il faut tout racheter sur place.
Pour faire simple, on paie en général une cotisation mensuelle (premium) exorbitante et on a en retour peu de prestations.
La plupart des assurances ont un "deductible" qui correspond à une franchise. Tant que ce montant n’est pas dépensé en frais de santé alors l'assurance ne rembourse rien. Le deductible s'applique souvent uniquement au "medical plan" c’est-à-dire aux visites et interventions médicales hors drug plan (prescriptions de médicaments), vision plan (optique) et dental plan (dentaire). Ça ne se compense pas. Ensuite il y a souvent un maximum out of pocket qui correspond au montant maximal à payer de sa poche et au-delà duquel l'assurance prendra en charge 100% des dépenses. Entre les deux il y a souvent un copay : soit on paie un forfait de 20$ et l'assurance le reste soit on paie 20% et l'assurance 80%. C’est uniquement ce que l’on paie effectivement dans ce copay qui rentre dans le calcul du maximum out of pocket (qui est du coup rarement atteint). Une copine m'a dit qu'elle n'avait atteint son maximum out of pocket qu'une seule fois, quand elle a accouché.
On combine tout ça avec du in network (choisir un praticien dans la liste de l’assurance) et du out of the network. En général les deux sont pris en charge par l'assurance mais avec un deductible (très) différent. En outre tous les médicaments qui sont disponibles sans ordonnance ne peuvent être ni prescrits ni remboursés.
Il est souvent possible de faire baisser le prix de l’assurance avec des examens médicaux. Les dépenses de santé peuvent être payées via un compte épargne santé défiscalisé (HSA).
A ce stade de ma prose vous vous demandez ce que nous faisons encore sur la côte pacifique... allez, la prochaine fois je raconterai des trucs plus positifs... enfin...