
A tous on nous a déjà demandé : si
tu partais sur une île déserte et que tu ne pouvais emporter avec toi que trois choses, quelles seraient-elles ? Généralement, pour faire bonne figure on nomme
a minima un ouvrage de
référence comme
La Bible (LP+), ou un ouvrage consistant comme
Belle du Seigneur (LP++). Notez que la Bible fait également l'affaire comme ouvrage consistant.
Personnellement j'ai longtemps répondu sans hésiter
Le petit Prince (LP++) mais depuis plusieurs années je suis certaine que j'emporterais avec moi
Propos sur le
bonheur. C'est d'ailleurs le livre que me suit. Comme tous les gens qui ont fréquemment déménagé, j'avais lors de mes tribulations une boîte à chaussures assez petite (je ne chausse
que du 38) qui contenait divers objets (une
luciole MamyPuce, un
moulage du Petit Prince sur son mur avec son ami le serpent, une photo d'identité de pépé, un petit boulier offert par mon
père, mon réveil, le chapelet de ma profession de foi, la boîte métallique en forme de chat avec mes dents de lait ...) dont les
Propos sur le bonheur.
Je serai bien en peine de vous dire de quoi cela parle. Cela ne parle de rien. Il n'y a pas d'histoire, pas de démonstration très suivie à mon sens mais une foultitude de remarques dans
lesquelles je me retrouve. C'est comme une leçon de bon sens dont la lecture nous conforte. La notice nous dit d'ailleurs qu'Emile Chartier, dit Alain, "appartient à tous égards à la famille des
penseurs universels". Alain était professeur de philiosphie dans un lycée. J'aurais aimé que mes cours de philo ressemblent à ses chapitres brefs et francs. Ce ne fut pas le cas. Mon prof
monologuait fort car il était sourd, ce qui ne l'empêchait pas de s'écouter parler et haïssait les systèmes, ce qui me le rendait insupportable. J'ai eu de très très mauvaises notes en philo, je
dois bien l'admettre.
Ce que je préfère d'Alain, c'est donc son honnêteté. La phrase qui fit mouche dans mon adolescence me demanda du temps, du recul et ... de l'honnêteté : "
C'est l'institution qui sauve le
sentiment."
Cette phrase est difficile. Elle est difficile à lire et puis surtout à défendre. Il est peu commun, lorsque l'on vient de se marier de claironner à tout va que c'est l'institution qui sauve le
sentiment. Ce paragraphe illustrera bien mieux le propos.
"
L'ordre familial, c'est comme l'ordre du droit ; il ne se fait point tout seul ; il se fait et se conserve par volonté. Celui qui a bien compris tout le danger du premier mouvement règle
alors ses gestes et conserve ainsi les sentiments auxquels il tient. C'est pourquoi le mariage doit être indissoluble au regard de la volonté. Par là on s'engage soi-même à le conserver bon, en
calmant les tempêtes. Voilà l'utilité des serments."
Ainsi le mariage n'est pas acquis, son accomplissement est une oeuvre quotidienne. En lisant ces quelques mots, j'ai compris ce que signifiait le mariage mais également la valeur qu'il revêtait
en dehors du point de vue religieux. A tous ceux qui disent qu'il n'y a point de mariage hors de l'Eglise, je peux rappeler ces quelques lignes.
En lisant les
Propos, vous en saurez plus encore, sur l'art d'être heureux, la fatalité, la bonne humeur, l'hygiène de l'esprit, l'éloquence des passions... vous en lirez un peu et vous
le refermerez. Et puis vous recommencerez dans un mois, un an, dix ans. C'est un livre que l'on pose au pied de son lit et que l'on ne termine jamais.