Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.
13 Août 2007
Un soir de 2006, comme je regardais les
informations régionales, à ne pas confondre avec la soupe bien pensante servie par TF1 entre midi et deux, j’ai découvert qu’il y avait dans le douzième arrondissement de Paris une catégorie de
personnes encore plus boboïsantes que ce que je pouvais imaginer. Des gens qui se vantaient de manger des légumes bio, emballés dans rien du tout et échangés contre dix euros hebdomadaires chaque
mardi au fond d’une arrière boutique de coopérative de quartier. Chouette, des gens timbrés !
Je me souviens que ce devait être à peu près au même moment que le jour où des agriculteurs ont chaussé leurs bottes de cent lieues pour monter à la capitale, lui apprendre un peu la tête d’un
légume croûté de terre et pas vendu dans un supermarché, pour protester contre la hausse du prix de l’essence. Ou quelque chose comme ça. Eh ! bien, mes petits amis, dans Paris, cela
existait déjà.
Et pas seulement dans Paris : en banlieue aussi…
Le lundi suivant je déjeunais avec ma mère au Gramont, comme tous les lundis midi du reste, lorsqu’elle me dit « j’ai vu quelque chose pour toi aux info régionales, des coopératives bio pour acheter des légumes très vrais. »
Encore quelques semaines sont passées puis je me suis rendue sur Internet à la recherche de ces associations. J’ai essayé beaucoup de combinaisons Google avant de trouver la bonne, avec des termes comme agriculture, association, paris, bio, échange… ce n’était pas évident. J’ai fini par trouver le site des AMAP d’Ile-de-France.
Une AMAP est une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. C’est plus branché qu’agriculture agricole, agriculture paysanne… ça a ce petit goût du passé nécessaire à toute aventure moderne.
Généralement constituée autour d’une association 1901, une AMAP n'est ni plus ni moins qu’un groupement de consommateurs qui achètent leurs produits à un seul producteur dont le mode de culture et de vente est très rigidement encadré par un contrat d’AMAP. Depuis 2007, le terme AMAP désigne le contrat plutôt que l’association qui le conclut avec le paysan. Chaque membre de l’association s’engage pour une durée d’un an à acheter chaque semaine un « panier » de légume dont il ne connait ni la composition ni la consistance. En effet le rendement agricole varie avec la météo, je ne vous apprends rien, et les aléas climatiques et d’autres types d’ailleurs, sont partagés entre le producteur et les consommateurs. Vous pouvez avoir quatre kilos de victuailles une semaine et quelques patates la semaine suivante. En règle générale, un panier fait dans les trois à quatre kilos et nourrit sa petite famille pour la semaine. C’est le producteur avec lequel vous faites affaire qui décide du contenu des paniers mais libre à chaque association de s’orienter vers un producteur plutôt tradi (pomme de terre, chou, carottes, persil, bette rave…) que trendy (topinambours, fenouil, coriandre, pâtisson…).
Le producteur doit fournir des denrées cultivées à la mode bio. Cette mode est assez exigeante pour les agriculteurs qui doivent se faire certifier chaque année par des organismes « indépendants » (bling ! 400€), moyennant quoi ils peuvent estampiller leur production du sésame « AB ». On ne va pas s’en plaindre. L’exploitation du producteur de l’AMAP doit enfin se trouver à moins de 100 km du lieu de distribution et de partage de la production. Eh ! oui, à tous ceux qui sont très fiers d’acheter des tomates bio du Sud de la France, imaginez combien a coûté leur transport par camion mais aussi leur emballage dans du plastique ! Vous comprendrez bien qu’à l’AMAP, il n’y a pas de sac. Les produits arrivent en vrac dans des cagettes et c’est à tour de rôle que les sociétaires en réalisent le partage. Et votre rêve le plus ancien de jouer à la marchande se réalise enfin…
Si vous avez moins de cinquante ans et que vous souhaitez tenter l’aventure AMAP il vous faudra être courageux et pas timide. Vous risquez en effet de rencontrer exclusivement de vieux militants du Larzac convaincus du bien fondé absolu de leur manière de voir le monde, habitant dans les beaux quartiers de la belle banlieue et venant à l’AMAP en 4x4. Ou en vélo, plus chic, plus propre, plus dangereux. Les seuls moins de 25 ans dans les parages sont leurs enfants qui mangent au MacDo. Et on vous répète inlassablement qu’on ne comprend pas les jeunes, que font-ils de la terre, que vont-ils devenir, quand réaliseront-ils enfin, etc. C’est lassant, au bout de la troisième semaine, vous abandonnez l’idée de leur faire remarquer que vous êtes jeune, mangez bio, faites du vélo, lavez votre vaisselle dans un bac, proscrivez les sacs plastiques, etc.
J’ai beaucoup aimé l’AMAP mais c’est fini. Cette année, c’est décidé, on arrête l’AMAP.
Non que je sois prise d’une soudaine envie de tomates hollandaises ou de fraises en hiver. C’est plutôt que je ne suis pas convaincue de la maturité du système. Je lui reproche premièrement son
côté artisanal. Rien n’empêche lorsque l’on veut agir dans le sens de la sauvegarde de la planète et des légumes de saison, de le faire en bon ordre et avec un minimum d’organisation. Pour que
cette organisation se fasse jour, il faudrait que les vieux militants du Larzac acceptent de se remettre en question d’une part, de laisser entrer dans le bureau de l’association d’autres bonnes
volontés que les leurs, a fortiori si les idées sont novatrices et différentes.
Deuxième remarque, l’AMAP ne doit pas être centrée sur le producteur. Non plus sur le consommateur. L’AMAP doit se trouver au juste équilibre des aspirations des deux et il n’est pas question de rester en contrat avec un producteur qui ne produit pas. Car que ferait-il de consommateurs qui ne consomment pas ? Notre AMAP a décidé de changer de producteur car nous en avions mare du trendy et voulions du tradi. N’aimant pas le fenouil, je suis plutôt d’accord. Notre dernier panier trendy nous a été livré le 10 décembre 2006. Depuis nous n’avons eu aucune livraison. Je pense que vous faites dans votre tête le même calcul que moi : si nous n’avons rien le 13 août, nous n’aurons jamais rien… au-delà des mésaventures qu’a pu connaître notre producteur et dans lesquelles nous l’avons autant que possible soutenu, un certain nombre de remarques poignent. Une AMAP sans légume, ce n’est plus rien. Ensuite, notre producteur se proposait de fournir 20 paniers pour une quarantaine d’adhérents car il souhaitait vendre directement une partie de ses paniers. Nous n’avons pas compris cette tactique : il habite en zone rurale où tout un chacun cultive son lopin de terre, qu’ira-t-il leur vendre comme légume ? Alors que nous, quoi qu’un balcon = un potager, sommes très preneurs des 20 paniers manquants.
Lorsque l’AMAP sera plus organisée, plus structurée, plus efficace en quelque sorte, j’y retournerai sans doute. J’aimerais bien créer une AMAP organisée, structurée et efficace. J’ai seulement peur que les mangeurs de bio ne soient réfractaires à la notion de saine gestion.