
Certains de mes lecteurs le savent, à mes moments
perdus je travaille pour plusieurs écoles de commerce et j'ai
déjà raconté dans ces pages comment je m'étais
retrouvée face à un étudiant qui, bien qu'ayant parfaitement compris les tenants et les aboutissants de son sujet de mémoire, avait jugé superflu de rédiger lui-même des conclusions que des
chercheurs patentés avaient fort bien formulées. Il avait toutefois omis les guillemets...
Eh ! bien je dois vous dire que j'ai passé une partie de ces week-end de fête à corriger des dossiers que des étudiants m'ont remis avant les vacances. Sur dix dossiers, j'en ai trouvé trois qui
souffraient réellement du syndrôme copier-coller (on ne dit plus
plagiat, ça ressemble trop à une maladie
incurable...).
Evidemment, c'est toujours la même chose : on commence par annoter le document, "oh ! comme vous y allez" ou "attention, modérez votre propos" ou "quelle idée !!! "
ou encore "bien, mais citez vos sources"... jusqu'à ce qu'une tournure trop avisée, une information trop pointue, une syntaxe visiblement hors de portée d'un étudiant de première ou
deuxième année nous mettent la puce à l'oreille.
On allume son ordinateur, on lance google et l'on inscrit entre guillement LA phrase qui nous a interpelée. Et puis l'on est très seul et l'on doit bien constater que, si, c'est bien le cas,
tout ce qu'on lit depuis plusieurs jours a déjà été écrit et que l'on a annoté l'article d'un journaliste, le blog d'un étudiant ou un rapport du sénat.
La question que je me pose toujours est la suivante : à quoi un étudiant pense-t-il quand il agit ainsi ?
Se dit-il : hop, ni vu ni connu je t'embrouille !
Ou bien : de toute façon ça n'a pas d'importance !
Parce que de deux choses l'une, ou les étudiants prennent réellement les enseignants / intervenants pour des benêts, ou ils sont eux-mêmes un peu crédules.... de la même manière que copier-coller
est si simple pour les étudiants, googler-vérifier est un jeu d'enfant. C'est le pendant de la libre circulation de l'information, tout le monde, même le prof (je sais, c'est fou), peut y avoir
accès ! Le correcteur qui ne se donne pas la peine de vérifier une tournure telle que "prendre appui sur ce fait pour conclure à l'efficacité du modèle républicain d'intégration, c'est
commettre une faute de raisonnement qu'on appelle le présentisme" (merci, Gérard Noiriel, pour cette belle phrase de votre article paru dans le Monde Diplo de janvier 2002) est un correcteur
qui bâcle son travail ou n'a pas envie de perdre ses illusions. Ou, oui, j'oublie cette éventualité, ne sait pas se servir de google.
J'en profite pour vous dire que sur ces dix dossiers il y en avait sept tout à fait originaux dont quelques uns tout à fait brillants.
Crédits : illustration d'après l'icône "copier" de MIcrosoftWord