
200 pages de philo pour en finir avec le calvaire du baccalauréat et réaliser à quelle point cette matière est métaphysique et quasiment hygiénique.
Presque tous les jours, nous vivons sans le savoir de grandes expériences de philosophie : pour les autres jours, il y a le manuel de Roger-Pol Droit.
En feuilletant les pages (on n'est pas obligé de lire dans l'ordre, on n'est pas obligé de tout lire, on n'est pas obligé de lire une expérience en entier, on n'est pas obligé de trouver
l'expérience pertinente : quelle liberté, non ?), on croise des expériences que l'on a déjà connues. On se replonge dans son souvenir et l'on se dit : mais oui, bien sûr, c'est exactement
cela.
Chaque expérience est dotée d'une appellation claire et d'informations sur son temps de réalisation (5 minutes, une journée, une vie), du matériel nécessaire (une pomme, un verre d'eau, un
téléphone, un lit, un voyage) et de son effet (éphémère, vitalisant, attristant, primitif, nul, homme invisible). Ainsi,
faire l'éloge du Père Noël, c'est revitalisant, ça vous prend dix
minutes et vous n'avez besoin que d'un auditoire. Pour vous calmer, vous pouvez vous isoler pendant 15 minutes avec un papier et un crayon et
imaginer les titres de l'actualité.
Mes expériences préférées, parce qu'elles me rappellent quelque chose, me parlent plus que les autres sont :
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tenter de ne pas penser : "à quoi tu penses ?" - éternelle question d'une femme à un homme, nous dit Drieu La Rochelle ;
- avoir trop mangé : qui, dans nos sociétés opulentes, n'a pas expérimenté cette situation et ses dessous ?
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s'éveiller sans savoir où : dans un train, chez sa grand-mère, dans son propre lit mais au beau milieu d'un rêve ;
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écouter sa voix enregistrée : non, je n'ai pas une telle voix de videuse de maquereaux ;
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regarder les gens depuis une voiture : il paraît que je vais finir par me faire frapper à un feu rouge si je continue ;
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boire en pissant : sans commentaire ;
- s'habituer à manger quelque chose qu'on n'aime pas : les brocolis, je n'aime pas, mais pas du tout et pourtant j'en mange quand il y en a à la cantine, ça me rappelle ma mère, c'est
chouette ;
- pleurer au cinéma : j'y parviens même dans mon salon : peut-on dire que l'élève à dépasser le maître ?
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imaginer qu'on va mourir : je sais que c'est stupide parce que ça n'a pas de sens et que c'est utopique au sens où jamais je ne saurai que je suis morte. Mais j'y pense.
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compter jusqu'à mille : je n'avais pas vraiment essayé. C'est très difficile.
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s'attacher à un objet : non, il n'est pas possible de jeter cet horrible vase. Non, vraiment, je regrette.
Crédits : le retour d'Ulysse, 1968, huile sur toile de Giorgio de Chirico pour la couverture de 101 expériences dephilosophie quotidienne, Roger-Pol Droit aux
éditions Odile Jacob.