
Jeudi 6
septembre. C'est la rentrée ! D'ailleurs il fait un temps de rentrée : gris, froid, automnal. Un temps de rentrée, je vous dis. Moi-même je me sens comme engoncée dans un déguisement, dans un
pantalon qui n'a plus servi depuis près de quatre semaines et je sais déjà que le poids de mon ordinateur, si petit soit-il, pendouillant autour de mon épaule, pèsera plus que les quelques
grammes de sa carcasse.
J'ai l'estomac un peu noué : c'est la petite angoisse du matin, disait ma mère il y a des années. A l'époque c'était l'appendicite mais maintenant que cette excuse s'est envolée, je sais bien que
c'est l'angoisse de la rentrée. Que vais-je trouver à mon retour ?
Deux phénomènes se conjuguent pour compliquer la rentrée des estivants. Tout d'abord, l'été est le terreau des changements menés à la va-vite et à l'ombre du mois d'août, quand il n'y a plus
personne pour protester. Augmentation du
prix du ticket de métro, changement des
logos musicaux de France Info, remplacement du code du portail d'entrée qui compromettra, ce soir,
votre retour au bercail, déplacement de votre caisson de bureau, adjonction d'un nouveau collègue dans votre open space (il a pris votre tasse, en votre absence), découverte que la plante laissée
aux bons soins de votre voisine de bureau est désormais constituée de bois mort et ornée d'une fleur en polyester (allez, je t'offre un café pour me faire pardonner).
Ces changements, qui ne sont que la face visible de l'ice berg, cèdent peu à peu le pas à de plus larges angoisses. L'alimentation d'ordinateur laissée au bureau y sera-t-elle encore ou
aura-t-elle été empruntée par quelque indélicat ? Mon ordinateur va-t-il redémarrer ? Combien de messages en attente se sont-ils accumulés dans ma boîte ? A quel moment des vacances ma boîte
mail, saturée, a-t-elle renvoyé aux expéditeurs leurs messages que je vais peiner à récupérer, d'autant qu'ils contiendront des indications sur des actions à entreprendre pour hier...
Le temps de réaliser tout cela, ce sera déjà l'heure du café. Et l'heure de raconter vos vacances. Les mensonges sont de rigueur : il a fait un temps superbe et j'ai bien bronzé (
merci au Point Soleil du coin) ; la gastronomie corse m'a bien profité (enfin surtout les glaces) ;
je n'avais pas ton adresse avec moi alors je n'ai pas pu t'envoyer de carte postale... d'ailleurs ce ne sont pas réellement des
mensonges, plutôt un embellissement de la réalité.
De retour de la cantine, où l'on comprend que retrouver un corps de rêve sera très simple au regarde des plats proposés (gulash, pizza aux frites ou salade verte) il est temps de se confronter à
la réalité de la rentrée : il faut
TRAVAILLER !
Heureusement les jours de rentrée sont souvent écourtés (bon, on verra ça lundi au calme) et l'on saute sans scrupule dans le métro de 18h. Déjà plein, bien sûr. Bien content d'arriver chez soi,
on réalise que comme c'est la rentrée, le code du portail a changé et le gardien qui a marné tout l'été pour nourrir les matous et arroser vos plantations est parti sur la côte s'offrir un repos
bien mérité...
Crédits : illustration "Martine - Vive la rentrée" Gilles Delahaye et Marcel Marlier