Concilier vie professionnelle de cadre, maternage proximal ou parentalité positive et agriculture biologique sur terrasse en ville.
14 Août 2013
... ou quelques éléments pris ça et là pour vous aider à y arriver.
Le choix d’un accouchement sans péridurale et le plus physiologique possible est le résultat d’une longue réflexion sur le sens de la vie, de la naissance et de la douleur éventuelle qui leur est associée.
Au fil de ma grossesse et même bien avant, j’ai lu de nombreux témoignages de soignants et de parturientes à propos de ce choix. Je ne suis pas certaine d’ailleurs que pour la plupart des femmes se pose vraiment la question du choix car les filières de prise en charge et les procédures administratives comme médicales liées à la naissance ne laissent pas de place à cette réflexion. Il est devenu tellement commun d’opter pour la péridurale qui représente le progrès, la libération de la femme, le confort moderne, que poser la question de son opportunité relève déjà de la fronde !
Qu’il s’agisse des séances classiques de préparation à la naissance ou du parcours de soin avec la visite obligatoire chez un anesthésiste (toutefois absolument nécessaire afin de s’assurer qu’aucune contre-indication médicale n’empêchera, le cas échéant, une analgésie péridurale, une rachianesthésie ou une anesthésie générale car tout ne se passe pas toujours comme prévu), on évoque assez peu la mécanique obstétricale avant son accouchement. C’est dommage car ce sont vraiment des éléments qui permettent de comprendre comment le corps fonctionne, comment la naissance se déroule, quelles en sont les différentes phases, comment la douleur pourrait alors se manifester et, conséquemment, comment on pourrait l’appréhender et la gérer.
A cette fin, je partage avec vous les quatre règles qui ont guidé ma grossesse et mon accouchement pour qu'ils soient les plus conformes à mes attentes.
Si vous savez expliquer pourquoi vous ne voulez pas de péridurale, vous ne passerez pas, auprès des soignants, pour une ignare effrayée par la grosse aiguille. Il se peut que la raison qui vous pousse à la refuser soit cette grosse aiguille, évidemment, mais là aussi il vaut mieux savoir l’expliquer de manière rationnelle (y compris quand cette peur est irrationnelle).
On peut ne pas avoir envie de subir cet acte médical présenté comme peu invasif. En fait, même si les risques sont minimes, il y en a quelques uns comme une analgésie trop importante qui va vous gêner pour la poussée, ou une analgésie latéralisée (un seul côté qui sera endormi), ou une brèche de la dure-mère (on se réveille avec des migraines très violentes et souvent une deuxième péridurale est nécessaire pour réparer la brèche au moyen d’un blood patch), etc. Se renseigner sur les effets de bord de la péridurale et pouvoir verbaliser ses craintes avec l’obstétricien, la sage-femme ou l’anesthésiste permet de se situer dans une relation équitable et d’échapper à l’étiquette « femme arriérée qui veut souffrir ».
Il se peut aussi que vos motivations soient très différentes, par exemple d’ordre physiologique. En effet, l’administration d’une analgésie péridurale va modifier la mécanique obstétricale classique, le rythme de l’accouchement, les positions qui vous seront accessibles, vos comportements, votre ressenti mais aussi celui de votre bébé. Les études montrent une corrélation entre l’administration d’analgésie péridurale, le ralentissement du rythme du travail donc la longueur de l’accouchement et la survenue d’une épisiotomie rendue nécessaire par un nombre plus élevé d’extractions instrumentales de l’enfant.
Si vous choisissez une analgésie péridurale et à moins que celle-ci ne vous soit administrée de manière ambulatoire ou par pompe (mais c’est assez peu fréquent apparemment), vous allez ainsi vous retrouver allongée sur le dos dès la pose du cathéter, avec les jambes endoloris donc impossibles à bouger pour adapter votre position aux différentes phases du travail. Au moment de pousser, vous sentirez nettement moins la poussée réflexe et risquez de subir une poussée dirigée plus fatigante et moins efficace. Le temps d’expulsion du bébé est compté, en France puisqu’on laisse en général 30 minutes à la parturiente avant d’agir : au-delà, c’est l’obstétricien qui prend le relai avec les instruments et … l’épisiotomie.
Enfin vous pouvez souhaiter accoucher sans péridurale parce que vous avez entendu des récits faisant passer l’accouchement pour une expérience quasi mystique intense, permettant à la femme de découvrir en elle des ressources insoupçonnées pour donner la vie et lui offrant de partager une expérience intime et unique avec son enfant, celle du cheminement vers la vie, du don de soi et de l’établissement de ce lien inaltérable qui les attachera à tout jamais.
Personnellement je souhaitais vivre cette expérience que ma sœur m’avait décrite. En outre il me semblait moins difficile de pouvoir mettre en œuvre des solutions physiologiques pour gérer les éventuelles douleurs de l’accouchement sans être clouée sur une table d’accouchement pendant 8 heures d’affilée. Et je n'aime pas les grosses aiguilles.
Accoucher sans péridurale c’est jouable, des millions de femmes le font partout dans le monde. C’est mieux d’être préparée : oui, partout dans le monde, ces femmes le sont. Elles sont préparées par leur mère, leur tante, leur sœur… nous devons nous aussi nous préparer mais il devient de plus en plus compliqué de trouver dans notre entourage des femmes qui sont passées par là. Il faut donc se préparer avec les moyens qui sont mis à notre disposition, les cours de préparation à la naissance mais pas seulement.
Se préparer à accoucher, c’est savoir ce qui va se passer et comprendre comment accompagner le mouvement.
La sécurité sociale rembourse six séances de préparation à la naissance mais soyons réaliste : en six séances, la plupart du temps en groupe, vous n’allez pas avoir le temps de saisir tout ce qui est important, de poser les bonnes questions, d’obtenir les vraies réponses. En outre sur ces six séances il y en a au moins une qui traite de la péridurale et une de l’allaitement maternel.
Très tôt j’ai commencé à lire des ouvrages plus ou moins grand public sur l’accouchement, et plus particulièrement, je ne savais pas encore que cela s’appelait ainsi, sur la mécanique obstétricale. J’ai trouvé fascinantes ces explications de la dynamique de l’accouchement, à grand renfort de planches anatomiques, de films en 3D, etc. afin de bien faire prendre conscience des forces et des mécanismes en jeu.
Une fois que l’on a compris comment l’accouchement devrait se dérouler, il devient évident qu’on n’a pas envie de passer 8 heures sur le dos. D’abord pour la dilatation et l’effacement du col : le plus efficace c’est de bouger et de marcher. Ensuite pour l’engagement de l’enfant : la gravité joue un rôle dans la descente du bébé au travers du bassin de sa mère, les positions qu’elle adopte également puisque les trois détroits du bassin présentent chacun une forme originale qui nécessite plusieurs manœuvres de retournement de la part de l’enfant. Si on peut l’aider en changeant de position, ça ira plus vite. Enfin pour la poussée, il faut garder de la force et l’utiliser bon escient pour épargner au maximum son périnée. Quand vous aurez lu ces ouvrages, vous aurez probablement découvert un muscle de votre corps que vous ne connaissiez pas, sauf à faire beaucoup de sport notamment postural (pas du fitness ni du stretching, plutôt de la danse ou du yoga) et vous aurez compris en quoi sa préservation est indispensable : votre périnée est votre meilleur ami pour soutenir vos organes, aller aux toilettes, connaître des relations sexuelles orgasmiques.
Normalement, à ce stade de vos lectures vous êtes convaincue qu’on ne peut pas accoucher sur le dos avec une perfusion d’ocytocine et une analgésie du bas du corps. Vous voulez donc accoucher autrement, si possible de manière physiologique.
Un accouchement physiologique, ce n’est pas un accouchement sans péridurale. C’est un accouchement sans péridurale ET qui respecte votre corps et celui du bébé. Un accouchement sans perfusion, sans fil à la patte, avec des postures choisies pour le travail, une position choisie pour l’expulsion, etc. Vous allez donc d’une part vous renseigner sur les maternités ou les obstétriciens qui encouragent ces pratiques, d’autre part mettre toutes les chances de votre côté en préparant votre corps. Quand je dis « mettre toutes les chances de votre côté », ce n’est pas en faisant une séance de sophrologie remboursée par la sécurité sociale, c’est en adoptant pendant les mois restant une hygiène de vie qui va vous permettre, à vous et à votre bébé, de courir ce marathon de la naissance.
Personnellement, je me suis initiée au yoga prénatal et j’y ai trouvé une grande satisfaction. Le travail postural comme le travail respiratoire m’ont été d’une grande aide pendant la totalité de ma grossesse ainsi que pendant et après mon accouchement. D’autres démarches surprenantes comme le chant prénatal peuvent vous aider. Pendant l’accouchement, vous aurez envie de vocaliser votre douleur et le choix des sons sera important pour vous soulager (vous recherchez des sons graves de préférence, comme le « ôm » du yoga). De la même manière, un apport sophrologique peut aider pour l’acceptation des contractions pendant le travail et l’haptonomie, en vous apprenant à communiquer avec votre enfant par le touché, vous permettra de le guider. Mais je reste persuadée qu’une bonne connaissance de son corps et des postures qui soulagent est la meilleure préparation. Jusqu’au sixième mois, de grossesse, j’ai fait une séance de yoga par semaine. Ensuite j’ai arrêté du fait de mon utérus contractile mais j’ai repris, chez moi, dix minutes tous les jours, à partir du huitième mois. Le yoga m’a permis de continuer à travailler la souplesse du bassin et la détente du périnée. Au moment des contractions, j’ai aussi adoptée assez spontanément des postures de yoga qui m’ont grandement soulagée.
Je pense aussi que le conseil de mon obstétricien qui était de ne pas trop grossir (souvenez-vous de mes tergiversations sur le juste poids) était judicieux. Il faut arriver à l’accouchement en forme et on a tous bien conscience que le surpoids est plutôt un frein aux performances sportives. Or, accoucher, c’est comme courir un marathon : il faut tenir sur la distance donc ne pas tout cramer au démarrage, trouver son rythme et le garder, ne pas craquer pour aller jusqu’au bout.
Enfin il est important, pour préparer sereinement son accouchement, d’accepter l’éventualité de la péridurale. Si jamais c’est trop difficile. Si le bébé est en souffrance et que l’équipe médicale doit intervenir. Sachez qu’il n’y a pas de limite de dilatation du col ("au-delà de 7, on ne fait plus") : c’est juste que dans les grosses structures où il y a un seul anesthésiste de garde, le temps qu’on le trouve, qu’il doit disponible, qu’il pose la péridurale et qu’elle fasse effet, il y a de grandes chances que vous ayez accouché. Renseignez-vous bien sur ces pratiques au sein de votre maternité.
Vous savez que vous voulez accoucher sans péridurale, vous vous être préparée intellectuellement et physiquement, vous devez maintenant vous organiser pour que cela soit possible. C’est bête à dire mais à mon avis de nombreuses femmes qui auraient voulu accoucher sans péridurale ont fini par accepter l’analgésie de guerre lasse du fait d’un souci d’organisation.
Tout d’abord, il est vivement conseillé, quelle que soit la structure que vous avez choisie pour votre accouchement, de rédiger un projet de naissance. Il s’agit d’un document qui reprend vos espérances pour cette journée exceptionnelle et qui liste ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas. A toutes fins utiles, voici une copie édulcorée du mien.
Pour qu’il passe bien, je vous conseille de ne pas être trop tranchante dans vos expressions et de bien émailler votre texte de « sauf urgence médicale ». Vous pouvez aussi indiquer que vous savez à quel point l’équipe médicale devra s’impliquer dans votre accouchement plus que dans tout autre se déroulant sous analgésie et que vous la remercier par avance de son soutien et de son aide. Evitez aussi les souhaits inconsidérés et irréalistes (par exemple n’essayez même pas de demander de ne pas avoir de cathéter posé pour une perfusion si nécessaire, car il s’agit d’une obligation médicale). Enfin évitez de montrer que vous avez super potassé le sujet, ça peut terrifier l’équipe médicale, donc exprimez-vous simplement comme n’importe qui. Ce projet de naissance sera versé à votre dossier de grossesse mais je vous conseille de venir avec une copie que vous mettrez dans votre propre dossier. Vous pouvez aussi demander au père, s’il est là, de vous aider à faire passer le message.
Accoucher sans péridurale c’est jouable si l’on reste libre de ses mouvements. Le mieux est donc de faire le gros du travail à la maison, bien au calme : un endroit où on peut se rouler par terre, se pendre aux poignées de porte, prendre un bain si on n’a pas perdu les eaux, vocaliser sans avoir honte, etc. Si vous perdez les eaux, il faut néanmoins partir à la maternité sans tarder (et sans prendre de bain, préférez une douche, vous n’en prendrez plus avant une dizaine d’heures) car vous courrez un risque d’infection.
Pour vivre au mieux votre accouchement sans péridurale à la maternité, vous aurez besoin de matériel qui ne sera peut-être pas mis à votre disposition. Personnellement j’ai été très surprise de tout ce qui m’a été proposé comme un fauteuil de relaxation, un ballon, un dock iphone pour écouter ma musique. Mais cela ne m’avait pas empêché de préparer mes bagages. J’ai déménagé toute ma maison :
Enfin à mon arrivée à la maternité, dès les premiers examens, j’ai précisé aux personnes que je voyais que je souhaitais accoucher sans péridurale et que je voulais pouvoir marcher. Quand l’anesthésiste de garde a pointé son nez, je lui ai souri chaleureusement et lui ai juste dit que j’allais essayer sans.
Pour accoucher, la femme doit se replier sur ses instincts les plus profonds. Ce n’est pas pendant le travail que vous allez deviser joyeusement de la place de l’artiste dans la dialectique hégélienne. Il peut donc être important de le préciser à toute personne qui vous accompagnera : elle ne devra pas vous solliciter, pas vous parler, pas vous faire rire. Elle ne pourra que répondre à vos demandes. Bref, la star c’est vous mais vous en aurez à peine conscience car c’est une partie inhabituelle de votre cerveau qui jouera le gros de la partition. Exit le néo cortex et l’adrénaline donc, pour laisser ce qu’il reste de reptilien en vous gérer les contractions, la production d’ocytocine naturelle et la descente du bébé.
L’important c’est de vous concentrer sur les contractions. Quand la contraction arrive, vous la sentez monter. Il faut l’accepter. Ensuite il faut l’inviter. Et puis il faut la souhaiter. Vous verrez qu’au fil du travail, même si cela devient de plus en plus dur, on trouve son rythme et on finit par ré-étalonner la douleur. Evidemment il y a un moment où ce n’est plus possible mais dites-vous bien que la première contraction, même si elle semble difficile, n’a rien de commun avec la dernière qui, si vous l’aviez en premier, vous achèverait sur place alors que celle-ci sera en fait très dure mais acceptable. C’est parce qu’il y a eu toutes ces contractions crescendo, qu’on les a accueillies pour qu’elles nous aident, que les dernières sont supportables.
L’accueil que vous allez faire aux contractions va s’exprimer à travers les positions que vous allez adopter. Au début du travail, alors que j’étais chez moi et que je n’avais pas encore perdu les eaux et que je ne savais pas que c’était le début du travail, j’étais en chien de fusil sur mon coussin de grossesse. Ensuite à la maternité j’ai passé deux heures sur le dos pour les premiers examens et le monitoring mais les contractions étaient relativement indolores. Puis quand je suis montée dans ma chambre pour faire le travail à mon aise, j’ai alterné : accroupie avec les bras croisés sur le ballon, assise sur le ballon, en prière mahométane, agrippée en extension à une barre de la salle de bain (celle qui permet de se relever des toilettes). Quand elles sont devenues plus intenses, je me suis mise sur le lit, en prière mahométane pour la partie du bas et les bras en appui sur mon oreiller de grossesse, en alternant détente la tête dans l’oreiller pour attendre la contraction et extension des bras pour l’accueillir et la laisser faire son travail. Quand je suis redescendue en salle d’accouchement, j’ai passé un bon moment à quatre pattes sur la table d’accouchement puis lorsque le bébé s’est engagé dans le bassin, je suis passée à genoux / accroupie sur le lit, mon bassin faisait des huit lents et je me balançais sur mes pieds ou mes genoux. Je devais donner l’impression de me dandiner en fait. Pour la poussée je me suis retournée sur le dos spontanément mais je me suis installée en extension, avec les bras tendus derrière la tête en poussant de mes mains sur la table. Je ne pense pas être restée dans la même position plus de 15 minutes...
Il paraît que souvent, à ce moment-là des contractions, quand elles deviennent si intenses, les femmes connaissent ce que l’on appelle la phase de désespérance, se disent qu’elles n’y arriveront jamais et réclament à corps et à cri la péridurale. Je n’ai pas connu ce moment car tout est allé très vite mais dites-vous bien que lorsque vous en arrivez là, c’est quasiment terminé. Lorsque vous avez une irrépressible envie de pousser, que, personnellement, j’ai interprétée comme une irrépressible envie d’aller à la selle, c’est que le bébé est très engagé et que vous allez entrer en phase d’expulsion.
Au moment de la poussée, les contractions ne sont pratiquement plus douloureuses car on se concentre sur l’expulsion qui occasionne d’autres sensations. On sent le bébé, on peut même le toucher de la main : une mèche de cheveux puis toute sa tête. Cette phase est normalement assez rapide, une trentaine de minutes mais on a le sentiment que ça dure nettement moins. Et puis une brûlure intense vous enflamme au moment de l’expulsion et c’est terminé. Plus rien. On n’a absolument plus mal nulle part. On a accouché.